christicity.com Actualité Eglise en France
L’église baillonée
Denis Sureau

le lundi 18 décembre 2006

L’EGLISE A-T-ELLE ENCORE DROIT DE S’EXPRIMER sur la scène publique ? Certaines réactions intervenues lors de la controverse provoquée par le Téléthon permettent d’en douter. Revenons sur quelques déclarations symptomatiques d’une laïcité peu apaisée. Il y a d’abord eu, affirmée par Jacques Chirac, l’assimilation du légal au moral. Le législateur ayant autorisé les recherches sur l’embryon, et puisque « c’est dans le strict respect de cette loi que le Téléthon agit », aucun problème moral ne se pose. On retrouve ce légalisme dans le propos du pasteur Jean-Arnold de Clermont, président de la Fédération protestante de France : « c’est une polémique qui n’a pas lieu d’être : une loi a été votée en 2004 et je ne vois pas pourquoi on reprocherait à des scientifiques de suivre la loi ». Même argument au Parti socialiste qui qualifie de « choquante » la critique de recherches sur l’embryon qui s’inscrivent « dans le cadre des lois de la République, votées démocratiquement par le Parlement ».

CE A QUOI LE CARDINAL BARBARIN A REPLIQUE : « Ce n’est pas parce que c’est légal que c’est moral. Pour nous l’embryon humain n’est pas une chose. Un embryon, on ne peut pas le produire, on ne peut pas le détruire, on ne peut pas l’utiliser, on ne peut pas le trier, non et non ! Même si la loi le permet, il faut arrêter de faire ça. » Mais Didier Sicard, président du Comité national consultatif d’éthique, a déclaré que l’Eglise « a bien évidem-ment le droit de porter un jugement. Pour autant, elle n'a pas vocation à l'imposer dans l'espace public, ce qu'elle fait aujourd'hui » ; et de répéter que l’Eglise « a pleinement le droit, tout à fait respectable, de considérer l’embryon humain comme sacré. Mais elle n’a pas le droit d’en faire une manifestation publique » (Le Monde, 1/12).

ALLANT ENCORE PLUS LOIN DANS LA SURENCHERE, Bernard Barataud, vice-président de l’Afm organisatrice du Téléthon, est allé jusqu’à dire : « Critiquer publiquement les lois de la République en disant qu’elles ne sont pas morales, c’est donner de la nourriture à ceux qui ont perdu le sens de la société et du droit ! Il n’appartient pas à l’Eglise de dénigrer ces lois alors que se sont développées des zones de non-droit dans les cités, que tant d’enfants et de citoyens ont perdu leurs repères » (Le Figaro, 6/12). Assimiler l’appel à l’objection de conscience lancé par l’Eglise à un encouragement des « incivilités » des voyous de banlieue est très révélateur de la déraison laïciste dominante. Au secours Antigone, ils sont devenus fous !