L’affaire des caricatures de Mahomet est révélatrice de la peur qu’inspire désormais l’islam à nos élites. Certes, nous chrétiens, qui subissons régulièrement les foudres d’un antichristianisme virulent et omniprésent, sommes les premiers à rejeter l’irrespect à l’égard des religions ; la dérision en ces matières blesse inutilement des consciences et ne participe en rien au nécessaire débat d’idées. Mais ne faut-il pas aussi raison garder ? La disproportion entre les malheureuses caricatures danoises et les réactions enflammées du monde musulman est telle que l’on regrette la lâcheté de la plupart des gouvernements européens qui, au lieu de se déculotter devant les exigences de l’islam, auraient dû remettre les choses à leur juste place en ignorant fermement les exigences de pardon des États musulmans : car à la différence de la plupart de ces États où les droits de la personne ne sont pas respectés, où les religions autres que l’islam n’ont pas le droit de cité, ceux de l’Europe ont institué une liberté politique et religieuse qui ne donne pas au pouvoir un droit illimité d’intervenir à tort et à travers dans des affaires simplement passibles des tribunaux.
Et puis cette lâcheté occidentale est d’autant plus insupportable que nos gouvernements qui abondent ici dans le sens du fanatisme musulman se moquent totalement des calomnies que subit sans cesse le christianisme. Le 17 mai prochain, par exemple, sortira le film phare de l’année adapté du roman Da Vinci Code : imagine-t-on pareil scénario en remplaçant Jésus par Mahomet ? Et pourtant, l’irrespect à l’égard du Christ dans ce film est autrement plus blessant que celui des caricatures danoises à l’égard de Mahomet ! Mais nul gouvernement européen n’ira s’en plaindre et personne ne s’excusera de rien. Il est interdit de caricaturer l’islam, mais on peut impunément cracher sur le christianisme. Triste spectacle de nations qui ne s’aiment plus et qui se renient elles-mêmes.
La réaction du monde musulman à ces caricatures pourrait faire croire qu’il est fort et sûr de lui-même. Mais est-ce bien la réalité ? Marcel Gauchet n’a-t-il pas raison d’affirmer que « ceux qui lancent des fatwas contre un simple dessin humoristique révèlent d’abord par cette susceptibilité exacerbée un profond sentiment de vulnérabilité » ? Et il poursuit : « Une religion sûre d’elle-même pourrait-elle donner lieu à une colère si disproportionnée ? » (1). D’une certaine façon, c’est bien là le drame. Humilié d’avoir été dépassé et jadis soumis par l’Occident, l’islam entretient une rancœur et une agressivité latentes qui alimentent l’extrémisme et l’islamisme. Ainsi, après avoir été bien remontées par des chefs irresponsables, les foules musulmanes n’ont-elles d’autre exutoire que d’assassiner des chrétiens, comme en Turquie ou au Nigéria ? C’est la faiblesse même de l’islam qui en fait un danger, surtout lorsqu’il se trouve en face d’une civilisation qui a rejeté Dieu et qui ne croit plus en rien, qui a érigé le relativisme en norme morale et qui se vautre dans le « matérialisme mercantile » (Jean-Paul II).
La pression de l’islam est devenue en Europe même un grave problème. Ne nous faisons pas d’illusion, les incidents comme cette affaire des caricatures vont d’autant plus se multiplier dans l’avenir que nous serons plus faibles. Max Gallo a raison (2) : face à des comportements inadmissibles, la politique d’apaisement à tout prix a des relents de lâcheté aux tristes souvenirs…
(1) Interview au Figaro du 3 février 2006.
(2) Cf. son excellent article du Figaro du 8 février 2006, « Islam : ne rien abandonner à la politique d’apaisement ».