Marion Cahour a 14 ans lorsque son père meurt, alcoolique, à 34 ans. Le jour de ses 90 ans, elle confiait : « C'est l'alcoolisme de mon père qui est à l'origine de mon combat. Quand je l'ai vu mort, jaune comme un Chinois... Je me suis dit que je le vengerai. « Devenue médecin, elle fonde en 1978 l'association « Les Pèlerins de l'Eau vive « qui œuvre pour la guérison des malades de l'alcool. Depuis 2 ans, Bernard Dayer est engagé dans ce mouvement. Aujourd'hui guéri après 20 ans d'enfer, il témoigne et veut propager l'espérance de la guérison pour les alcooliques et leurs familles. Sa vidéo intitulée « De l'esclavage de l'alcool à l'ivresse de l'Amour « retrace ses vingt années de dépendance et d'esclavagisme, le processus qui l'y a conduit et les différentes étapes qu'il a dû traverser jusqu'à sa guérison.
L'alcoolisme : sujet tabou. Y a-t-il une population « à risque » qui serait davantage concernée par ce drame ? Pourquoi parle-t-on de « maladie » ?
L'alcoolisme peut toucher n'importe qui, n'importe quelle société. Parmi les gens les plus exposés, on pourrait toutefois citer les faibles ou les mal-aimés... toutes les classes sociales peuvent donc être concernées.
On parle de maladie car c'est quelque chose qui nous atteint dans tout notre être. L'alcoolisme atteint nos organes et crée une dépendance physique. Celui qui n'est pas malade peut boire un verre ou deux et s'arrêter. Mais l'alcoolique ne s'arrête pas et n'a qu'une obsession : boire. En consommant de l'alcool, on change de comportement, on se sent bien, mais malheureusement cela nous détruit. On voudrait s'arrêter et on ne peut pas...
Comment tombe-t-on dans cette spirale ?
Il y a des dizaines de possibilités : notre milieu social, professionnel, familial... mais aussi nos soucis, car on s'imagine que l'alcool va les résoudre, alors qu'au final il ne résout rien.
Dans mon cas, par exemple, j'ai commencé à boire à l'âge de 14 ans lorsque je travaillais dans les alpages suisses comme berger. Entraîné par les anciens, j'ai pris goût à la bouteille, car dès le petit matin, on attaquait la journée au schnaps !! C'est à ce moment là qu'inconsciemment, je suis entré dans l'engrenage.
J'imaginais qu'un alcoolique était forcément un clochard qui couchait sous les ponts et je ne me rendais pas compte qu'une dépendance se créait en moi.
Quand y a-t-il eu un déclic en vous, un sursaut, une volonté de vivre et de vous en sortir ?
J'étais devenu une plaie pour la société. Les services sociaux ont tout essayé : hôpital psychiatrique, ateliers protégés, homes pour personnes âgées, thérapies diverses... mais chaque tentative se soldait par un échec et je recommençais à boire. Le 5 novembre 1996, j'ai été condamné à 6 mois de prison car l'alcool m'avait rendu irresponsable et les services sociaux étaient arrivés à court de solutions.
Un jour, j'ai demandé à sortir pour aller chez le coiffeur et j'en ai profité pour boire. De retour en prison, mon frère qui était mon tuteur m'a dit : « Si tu continues comme ça, tu n'as qu'à crever «. J'ai été bouleversé et c'est là que je me suis dit qu'il fallait que je prenne mes responsabilités face à ma maladie.
Vous avez alors entamé un long chemin de guérison. Quel a été votre parcours ? Combien de temps a-t-il duré ? Quand vous êtes-vous considéré guéri ?
J'ai rencontré un chanoine du Grand Saint-Bernard qui était aumônier à la prison de Granges. Nous nous voyions régulièrement et, un jour, je lui ai demandé de m'aider. J'avais une grande soif, mais cette fois-ci elle était spirituelle.
Il m'a conseillé d'aller voir la Communauté des Béatitudes à Venthône. J'y suis allé le 23 juillet 1996 et j'y suis resté. En arrivant, j'étais encore très malade et j'avais envie de partir. Mais la Communauté m'a aidée par ses prières et son soutien.
En une nuit, j'ai été guéri. Depuis, je n'ai plus touché une goutte d'alcool. C'était il y a 8 ans. Pour