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Le violon de l'ame
Source : Christicity 

Patricia Reibaud, violoniste de réputation internationale, a le caractère bien trempé d'une battante. Qui a souffert. Et qui ne retient pas ses larmes. A 45 ans, elle témoigne de ses combats, de sa quête éperdue de ce qu'elle nommait « l'Ineffable », l'expérience du vide et du non sens qui touche tant de personnes aujourd'hui. Son cheminement est celui d'une virtuose qui, par l'art, va retrouver Dieu. Chaque histoire est sacrée qui permet à Dieu de développer des trésors d'ingéniosité pour nous y rejoindre, personnellement. L'histoire d'une vocation... Saisie par Bach Ses yeux d'un vert d'eau profond se font tour à tour interrogatifs, pénétrants, rieurs. Les souvenirs affluent. « La Chaconne « de Bach, œuvre de référence pour les violonistes, Patricia la jouait à 13 ans et l'avait déchiffrée pour ainsi dire seule. Elle voit à présent en cette pièce une clé de sa conversion. « J'ai été littéralement saisie par cette œuvre « se souvient-elle, rêveuse. Aujourd'hui elle le sait : Bach signait toutes ses œuvres pour Dieu, « soli gloria Deo ». Cette pièce la propulse dans une carrière de violoniste concertiste. A 16 ans, la jeune virtuose entre au CSM, Conservatoire de Paris ; ils sont 8 sélectionnés sur 150. Et pour obtenir le diplôme, ce fut l'enfer jusqu'à ses 19 ans : « On ne sait pas ce que cela signifie. Tu es pris en main, tu ne t'appartiens plus. C'est un stress permanent qui découle de l'impératif de l'efficience et de la concurrence... «. Jusqu'à son accident de voiture qui lui paralyse les membres supérieurs. A 23 ans, elle se retrouve immobilisée sur un lit d'hôpital, à regarder le plafond pendant un an, sans pouvoir toucher un violon, et sans même espérer pouvoir y jouer à nouveau. « Du jour au lendemain, plus personne ne voulait du jeune prodige... «. Désespoir, «je suis foutue !», tentative de suicide. Mais une main l'a retenue, une voix intérieure a résonné, impérieuse : « Non ! Tu dois aller jusqu'au bout ! «. Alors, du fond de sa détresse, elle a crié. « Qui pourrait m'aider ? «. « L'Ineffable... « se dit-elle. Le silence est propice à la quête. Et une musique intérieure a empli cette solitude, jour après jour. « La musique m'a portée dans le silence ; c'est elle qui fut mon moteur de vie «. La lutte pour la vie a commencé, quotidienne, douloureuse. Chaque jour, il fallait tenter de faire revivre ce corps inerte, lui redonner vie. La rééducation se fait lentement. Mais le miracle se produit. 18 mois après l'accident, Patricia se redresse, prend l'archet... et ferme les yeux. En quête de beauté, à l'école des maîtres russes Tout change dès lors. Nous sommes en 1981. Après avoir frôlé la mort de si près, Patricia déborde de vie. Et veut en trouver le sens. Encore sous minerve, elle devient professeur de musique et se donne à fond pour ses élèves dont l'accueil l'encourage. Puis elle poursuit son rêve d'enfant : travailler avec les plus grands maîtres russes. Rien ne peut l'arrêter ! Arrivée en URSS... dans un autre monde. Un foyer de 1000 jeunes sans douche, où grouillent les cafards, les interminables queues pour acheter du pain, la faim, le froid. L'amie avec qui elle était partie supporte 2 mois avant de déclarer forfait et de rentrer en France. Patricia en rit presque, la larme à l'oeil : « Dans cette misère indicible, je jouais le concerto de Tchaïkovsky. Je n'ai jamais compris d'où je tirais l'énergie pour faire jaillir la beauté dans cet enfer. Quand je jouais du violon, je partais. La seule échappatoire pour survivre là-bas, c'était l'art «. Elle rejoignait en cela la souffrance des artistes russes et leur quête inlassable qu'ils expriment par l'art. Leur liberté intérieure aussi : « Là-bas, j'ai senti que mon âme grandissait... «. Sans pouvoir encore l'exprimer, sa recherche de la beauté par l'art la conduisait petit à petit à Dieu. Le retour en France est très difficile : « Tout était futile alors que je voulais aller à l'essentiel «. S'ensuit alors le grand combat, livré en solitaire pendant 25 ans. Issue d'une famille de tradition chrétienne, Patricia avait rejeté la religion en bloc à 11 ans, préférant travailler son violon plutôt que de colorier des stations de chemin de croix. « J'ai tout misé sur l'amour de l'art «. Avec du recul, elle se rend compte qu'on touche ici du doigt le problème des artistes : « tout est focalisé sur notre ego ; on nous façonne comme ça... Je voulais que ma vie soit une œuvre d'art. « Elle devient la « femme Turbo « ainsi qu'on la surnommait, emportée par sa vie d'artiste, sa carrière qui la mène en tournée internationale, concerts, galas, croisière, séjours en Relais et Châteaux... mais sa solitude grandit : « Je ne comprenais pas : ça ne remplissait pas ma vie «. « Ephata : ouvre-toi ! » Un jour, un ami violoncelliste lui apprend qu'il s'était inscrit à une session organisée par une communauté religieuse. « J'ai cru qu'il était dans une secte ». Mais il parvient à la persuader de l'accompagner. « Ce jour-là, Dieu m'a prise par la main ». C'était en avril 2002, à la session Ephphata animée par un prêtre de la Communauté Saint-Jean. Le Père l'interroge : « Est-ce que tu crois en quelque chose ? » « Oui : en l'Ineffable, quelque chose que je ne peux pas toucher. « « Sais-tu ce que c'est qu'adorer ? » « Oui, oui, moi j'adore mon Dieu. « C'était une nuit de pleine lune ; et, pour la première fois, Patricia s'est dit en la contemplant : « Si ça se trouve, il y a vraiment quelque chose d'autre... ». Patricia est interpellée par ce prêtre. Elle le voit souriant, vivant, bien dans sa peau. Ses sermons lui transpercent le cœur et lui tirent des larmes. « Mon Dieu, s'inquiète-t-elle, je vais devenir dévote... ». Au cours de la session, elle est si touchée par une Parole de Dieu qu'elle est obligée de s'allonger par terre, le cœur battant à toute vitesse, la Parole résonnant dans sa tête. La fin approche et elle se retrouve désignée volontaire pour raccompagner le Père à Saint-Jodard, Maison de formation des Frères. « Le choc ! Tu découvres 80 jeunes tous plus beaux les uns que les autres, d'une pureté, d'une joie et d'un rayonnement à tomber par terre. « Patricia se trouve confrontée à un autre monde qui n'a plus rien à voir avec celui de la star system. Elle bredouille : « Père, je crois qu'il faut que je me confesse... » La première fois depuis plus de 30 ans. « Vas-y, pose tes bagages... ». Et l'artiste qui a voulu porter seule pendant des années ses fardeaux, ceux des autres, la souffrance de la Russie, du monde entier, ne comprenant pas que certains de ses élèves à qui elle donnait tant partent en live, tombe à genoux. « Ce fut l'un des plus beaux moments de ma vie. Une porte s'est ouverte. « De terne et inquiète qu'elle était, Patricia rayonne. Son ami violoncelliste n'en revient pas ; ses élèves peinent à la reconnaître. On fait appel à elle pour jouer un quatuor de Messian dans une salle prestigieuse : la Philarmonie de Saint-Pétersbourg. Elle découvre que la pièce s'intitule « Louange à l'éternité de Jésus « et parle de Dieu pendant 45 minutes... Pour Patricia, lassée de cette star system qui réduit l'artiste à un produit et tue sa vie spirituelle, il s'agit de son dernier concert. Au milieu du morceau, la sensation d'étouffement récurrente depuis l'accident commence. Là, elle crie « Ah non ! s'adressant à Dieu pour la première fois. Cette fois-ci, ce n'est pas pour moi que je joue, mais pour les artistes souffrants. « La toux s'arrête, elle poursuit. Tout le monde a pleuré dans la salle. « Pour la première fois, j'ai eu conscience que ce qui venait de se passer me dépassait «. De l'art à l'âme Et ça continue... Son rêve aujourd'hui ? Créer un Centre artistique et spirituel où artistes et chrétiens, artistes chrétiens, puissent se ressourcer. Une sorte de pont entre l'art et l'âme, une façon d'unifier la personne : corps, âme et esprit. Par le chemin de la musique, l'artiste découvre que le mystère se dévoile, qu'un chemin s'ouvre à lui. Et il a besoin d'emprunter une voie balisée pour se restructurer et avancer, besoin de rencontrer d'autres personnes en quête, besoin d'écouter celles qui peuvent lui donner la Nourriture. Enormément d'artistes aspirent à devenir chrétiens et ne le savent pas. Aujourd'hui, vers qui peuvent-ils se tourner ? Où peuvent-ils s'abreuver ? Le musicien avancé brûle du désir d'une rencontre. Sa quête d'absolu rejoint celle du philosophe et du religieux. Or, quand on cherche, on a besoin de silence et de repos. Voilà le désir de Patricia : un lieu où il puisse rencontrer Dieu. Adorer avant de créer. Enraciner sa vie spirituelle. L'art est au service de la gloire de Dieu. Telle est sa vocation, son essence. L'artiste a besoin de silence, de contemplation, car Dieu est la source de tout art. Et l'excellence dans l'art permet au Saint Esprit d'agir. Il y a un lien entre la beauté qui se dégage d'une œuvre d'art et le sacré qui la transcende. Exemples : les sonates de Bach, les icônes de Saint-Pétersbourg qui fascinaient Patricia avant même sa conversion, ou encore, pour ne citer qu'elles, les fresques de Fra Angelico. « En les contemplant, j'ai rencontré Dieu « assure-t-elle. Aujourd'hui, Patricia peut en témoigner : chercher Dieu n'est pas une perte de temps ! Message pour nous qui courons toute la journée sans parvenir à réserver une plage horaire, si minime soit-elle, à Celui qui nous fait don de ce temps, message adressé aux artistes, quel que soit leur niveau. « On trouve des couleurs en priant, en écoutant la Parole. Notre palette sonore est comme nourrie et la mémoire aérée. Et puis la Bible, c'est de la poésie ! Et je ne découvre ça que maintenant ! «. A partir de 14 ans, Patricia jouait 4 h par jour ; 8 h depuis ses 20 ans. Aujourd'hui... « Hum ! Je n'ai pas dû toucher mon violon depuis 3 jours «, s'amuse-t-elle. Mais en priant, en louant, elle arrive maintenant à improviser librement, ce qu'elle n'aurait jamais fait auparavant. Elle a gagné en liberté d'être... Et une flamme l'habite, qui la conduit à partager en musique, à transmettre par l'art, cette Rencontre qui change une vie. Contact l'Art à l'Ame : 06 63 73 98 93