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STEVEN GUNELL : des lumières des podiums à celle de l'Esprit
« Baïla, te quiero amor, ton souvenir me sourit encore ! » Des paroles qui resurgissent d'un coin de mémoire, bien enfouies sous le sable des plages de l'été 1997. Les paroles d'un boys band en vogue à l'époque, le groupe Alliage. A part un vieux poster, relégué de la première place sur la porte d'une chambre d'adolescente aux affres du grenier, qui se souvient des Brian Torres, Roman Lata Ares, Quentin Ellias et autre Steven Gunnell ? Personne. Chez le disquaire, je demande le nouvel album de ce dernier. « Steven quoi ? » me demande la caissière surprise. « Steven Gunnell, l'album intitulé « In Terra ». Il est vrai qu'entre temps, le jeune homme de 27 ans a changé de registre. Il est passé de la musique préfabriquée pour ados au rock chrétien. Excusez du peu... et pardonnez l'ignorance de la vendeuse. Pourtant, Steven Gunnell nous livre un album plein d'énergie et chargé d'espérance. Il faut dire que le parcours du chanteur est plutôt atypique. Rencontre.
Un chemin qui mène à la tristesse
« Ma mère est croyante, remplie d'amour. Elle m'a fait baptiser quand j'étais enfant. Mon père est un érudit, athée mais spirituel doux, aux valeurs nobles et sages. Il me disait « regarde les étoiles, c'est avec cette immensité qu'on se situe ».
Je suis parti à Paris plein de joie et d'espérance. C'était en 96, j'avais 20 ans. J'étais arrivé à Paris depuis quinze jours, je vivais comme je pouvais, comme un clochard. Je suis tombé sur l'annonce du casting pour la composition d'un groupe. Au dernier moment, le producteur en a remplacé deux pour me prendre moi. J'ai succombé à la facilité. Je me suis révélé, scéniquement et vocalement. J'avais un producteur lucide, cohérent, qui m'a inspiré confiance. Il nous a bien dit de nous attendre à rien. Tout est préfabriqué, on dit le strict minimum sur nous, ce qu'il faut pour plaire aux adolescents et surtout aux adolescentes pour qu'ils se reconnaissent. Et d'un coup, tu te retrouves N°4 du Top 50, tu as vendu 500.000 singles, des albums par milliers. Tu ne comprends pas ce qui se passe, tu perds tout sens des valeurs, tu touches un paquet d'argent, tu passes à la télé avec des cachets énormes.
Quatre mois après, c'était le bagne. Je suis un être humain, on succombe, on tombe dans la tentation. Là, j'ai pété une durite, avec l'alcool, le monde de la nuit, la haute couture, les objets de valeur. Je suis devenu matérialiste. Je ne suis jamais devenu quelqu'un de mauvais, simplement quelqu'un de triste, à mon insu. En plus, depuis tout jeune, j'étais plus branché Rolling Stones ou Deep Purple. Mon icône, c'est Curt Cobain, le chanteur de Nirvana. Et je chantais des paroles pour adolescentes, les mêmes que celle de la musique préfabriquée d'aujourd'hui. Je me bourrais la gueule pour oublier ce que je faisais comme musique, j'allais me taper des meufs avec mes copains rockers ».
Mais l'aventure allait rapidement tourner court : « Du jour au lendemain, on a dit ‘stop, on arrête, c'est la fin du contrat, on a fait le tour, le mouvement boys band s'essouffle'. Moi, j'aurais préféré que ça dure, mais avec un parcours cohérent. Après une victoire, c'est parfois intelligent de s'arrêter. J'avais la pertinence de croire que c'était ‘un coup' et c'est tout. Perso, je voyais vraiment cette expérience comme un tremplin à titre individuel, je n'ai jamais pris le groupe Alliage au sérieux, même si j'ai été pro jusqu'au bout, pour ne pas trahir ni le producteur ni les autres du groupe. On nous a pourris gâtés. Je n'ai rien gardé de tout ça, on ne le méritait pas ».
De l'amour éphémère du public à l'Amour de Dieu
Nouvelles dépressions, nouveaux doutes. Puis vient le renouveau. « Le vrai changement s'est fait après une rencontre avec Dieu, puis avec des prêtres. Je suis exactement le même qu'il y a six ans. Mais à l'époque, je ne savais pas que je portais une croix. Aujourd'hui, je suis dans une démarche professionnelle, je fais un vrai métier avec une vraie identité, et sans une grosse machine derrière. Bien sûr, il y a aussi un aspect promotionnel, avec la presse écrite, mais aussi la télévision.
Aujourd'hui, j'ai un regard d'espérance. Aujourd'hui, je prie. J'ai enfin compris la force de la prière. Je le dis dans ma musique et je parle directement à Dieu (joignant un clin d'œil à la parole) :
« J'ai cherché au fond de moi, j'ai trouvé ce qui n'allait pas :
Il me manquait le courage... J'ai affronté avec rage.
J'ai pourtant rien oublié, j'ai pourtant tout réparé
Si tu veux encore de moi... Regarde, j'ai bâti autour de toi
Si tu me redonnes encore une chance, Je stoppe le temps je me lance »
En fait, il faut toujours regarder à l'intérieur de soi, essayer de comprendre, s'auto critiquer et admettre ses faiblesses. Tu le fais, toi ? Je me remets toujours en question, je doute de moi, c'est ça qui maintient en vie, qui pousse à aller de l'avant. Celui qui ne doute pas est mort.
A un moment, j'étais dans mon désert. J'étais dans ma tempête de sable, mes peurs et mes angoisses ».
La dépression que ressentent certaines stars, dont son idole Curt Cobain qui l'a conduit au suicide, Steven Gunnell en a souffert aussi. « Je comprends mieux que personne la détresse des artistes. Je le sais après avoir vendu des millions de disques : il n'y a rien de plus chiant que cette surmédiatisation. La célébrité, c'est comme un pacte avec le diable. Tu n'as plus rien à toi, et après, tu ne reçois rien en échange. Juste l'amour éphémère du public. Aujourd'hui, je reçois l'amour de Dieu. C'est quand même autre chose... »
« Je viens comme témoin ! »
Quand on lui parle de la relative confidentialité du rock chrétien, Steven Gunnell s'emporte :
« Dans le Raï, on parle énormément de la vie religieuse musulmane, et personne n'est choqué. Je ne vois pas pourquoi on ne le ferait pas, nous, les chrétiens. Le mouvement rock chrétien existe aux Etats-Unis depuis cinquante ans, ils vendent des millions d'albums. Mais nous, en France, on est encore les derniers. Enfin, il était temps ! Quelqu'un qui croise un musulman en prière dans son pays d'origine trouve ça touchant. Alors qu'un catho qui entend les cloches de l'église, on se moque de lui. Je ne suis pas d'accord.
C'est beau un homme qui prie, c'est merveilleux. Et il faut le dire. Et pour ça, je suis très fier d'avoir signé avec Rejoyce, parce qu'ils me laissent une liberté artistique en la matière, que je n'aurai jamais pu avoir avec une autre maison de disques. De plus, des gens renommés et de talent ont travaillé avec moi, souvent gratuitement, pour réaliser cet album ».
Traçant une croix sur ses millions de disques vendus avec le groupe Alliage, et même s'il reconnaît que l'expérience lui a apporté la connaissance du milieu, le chanteur ajoute dans un sourire : « C'est mon premier bébé, j'en suis fier. Il sonne du feu de Dieu ! »
Steven Gunnell, c'est un peu la parabole du fils prodigue en version rock. L'histoire d'une conversion en musique. Alors qu'une tournée française se prépare pour janvier 2004, le chanteur se défend de faire passer un message d'évangélisation, et préfère cette formule : « Je viens comme témoin. Je fais partager mon expérience. Ce chemin que j'ai vécu n'est pas le bon. Je délivre simplement un message d'espérance, de bon sens. Je dis aux gens d'aspirer à la réussite interne, intègre, celle du cœur ». Et d'insister : « Si moi qui ne suis rien qu'un homme sur six milliards, si moi j'y arrive, alors toi aussi. Le tout, c'est de ne pas se planter de route ».
Et lorsqu'on lui demande précisément de définir la sienne, Steven répond sans hésiter. « Le trajet était parfait ». « Parfait, parce qu'il y a eu des moments amers, douloureux, mais que l'histoire se termine bien. Mais pourtant, je garantis qu'il n'y a rien de positif quand on est dedans. Aujourd'hui, je prie, je communie, je prends du temps, je contemple. Et que Dieu me garde de la popularité, que Dieu me garde dans le calme. Avec la célébrité, tu ‘pètes un boulard' rapidement et ça, je ne veux pas le revivre ».
« Dans ces moments là, je sais
Que tu es bien ce que j'ai tant cherché »
Ces paroles, vous ne les trouverez pas dans l'album « In Terra ». Ce sont celles d'un groupe aujourd'hui disparu, Alliage, dont la quête se résumait à la séduction féminine. Steven Gunnell les qualifie d'ailleurs de « conneries ». Mais reprises au goût du jour, il avoue volontiers qu'elles pourraient correspondre à une recherche bien plus profonde qui est la sienne, celle de Dieu.