christicity.com Actualité Vatican
Changements à la Curie
Bruno Nougayrède
Journaliste, directeur du Forum Diffusion

Source : La Nef n°170 d'Avril 2006

Depuis l’élection en avril dernier du pape Benoît XVI, Rome et la curie bruissent de rumeurs de remaniement et de réformes. Il est vrai que Joseph Ratzinger, ancien cardinal de curie, connaît son monde et prend le temps de la réflexion. Le consistoire du 24 mars dernier, les quelques premières nominations du pontificat et les restructurations de la Curie déjà mises en place, annoncent le gouvernement du pape allemand.
Au-delà des caricatures médiatiques et journalistiques, le Saint-Père est un homme doux qui connaît à merveille le fonctionnement et la nature de l’Église. Il ne peut donc être un homme de rupture affichée.
Ainsi la nomination de Mgr Jean-Pierre Ricard au rang de cardinal s’inscrit dans cette logique. En le choisissant, plutôt qu’un autre, le pape désigne le président de la Conférence épiscopale de France, élu par ses pairs et non désigné par Rome. Une manière habile de gagner la confiance de l’épiscopat français. De plus, le cardinal Ricard passe pour un homme pragmatique, ce qui ne peut manquer d’aider l’Église en France à reprendre son souffle. Il se susurre même dans les couloirs romains que cette nomination jouerait un rôle important dans le cas où serait convoqué à Rome un synode exceptionnel des évêques français, comme cela avait été fait pour l’épiscopat hollandais par le pape Jean-Paul II.
Tout le monde sait parfaitement que la liturgie a beaucoup d’importance dans la pensée et la vie du Souverain Pontife. Aussi, n’est-il pas très étonnant que l’un des premiers changements de la Curie ait été le remplacement de Mgr Domenico Sorrentino par Mgr Albert Malcolm Ranjith, au poste de secrétaire de la Congrégation pour le Culte divin, le second passant pour avoir des opinions beaucoup plus conservatrices en ce domaine que son prédécesseur. Dans le même ordre d’idée, la nomination de Mgr Fitzgerald, ancien président du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, à la nonciature du Caire, n’a pas été accueillie comme une promotion, le privant par là même de barrette cardinalice ! De la même manière le rapprochement entre le Conseil pontifical de la culture et le Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, placés maintenant tous les deux sous la houlette du cardinal français Paul Poupard, donne un signe fort sur la manière dont le pape entend traiter des autres religions. Chaque homme est pris dans sa composante culturelle dont la religion est une part éminente. Mais il est clair que la réunion pour la paix de type Assise, n’est plus la priorité du pontificat.
De toutes les réformes à venir, il en est une qui importe beaucoup à Benoît XVI, celle de la liturgie. Dans les mois à venir – certains vaticanistes parlent d’octobre – sera publiée l’exhortation post-synodale du pape sur le thème de l’Eucharistie. Il est vraisemblable que le pape y proposera plusieurs pistes de réformes de la liturgie, notamment par un retour plus grand à l’usage du latin et du chant grégorien. Enfin l’usage plus grand de la messe tridentine est aussi pris en considération par Rome qui souhaite bien distinguer cette question de la « réintégration » de la Fraternité Saint-Pie X dans le giron de l’Église. Aussi cette question a-t-elle été évoquée lors de la réunion de cardinaux du 24 mars dernier. Attendons maintenant avec confiance les décisions romaines. Le gouvernement de l’Église a pris une tournure nouvelle avec le pape Benoît. Il sait que l’Église a l’éternité devant elle mais qu’il est aujourd’hui bien nécessaire de la réformer. Pour cela, il se hâte lentement !