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Enfants du Mékong
Source : La Nef n°99 - novembre 1999
Directeur général des Enfants du Mékong, Yves Meaudre nous présente cette association originale qui a fêté en 1998 ses 40 ans.

La Nef – Pourriez-vous nous expliquer l’origine des « Enfants du Mékong » ?

Yves Meaudre – Enfants du Mékong est né de l’histoire tragique du peuple indochinois, qu’un de nos soldats assumera jusqu’à la fin de sa vie. René Péchard, prisonnier en 1949, oublié dans les accords de Genève, s’évadera dans les conditions relatées par le livre Enfants du Mékong (Fayard) en 1957.

Il s’installe à Vientiane (Laos) et s’improvise dentiste. René Péchard n’avait pas de projet humanitaire, ni l’intention de défendre le droit des enfants eurasiens. Il avait trouvé à sa porte deux enfants abandonnés. Il leur a ouvert la porte et entre deux clients il leur apprenait leurs leçons. C’est ainsi qu’est né notre œuvre. En 1975, lorsque le Pathet Lao l’obligera à fuir ce qui était devenu son pays, 350 enfants étaient accueillis dans trois foyers. En France, il s’installera en banlieue parisienne avec quelques-uns d’entre eux. Quinze dans trois pièces ! Il part très vite pour Valence puis à Asnières où nous sommes encore. Il meurt en récitant son chapelet le 3 octobre 1988 dans une chambre prêtée par un enfant. Exilé comme ses enfants. Pauvre, il n’avait pas de maison car il vivait au foyer au milieu de ses garçons.

Il avait jusque-là accueilli d’innombrables familles réfugiées, placé près de mille enfants dans des familles d’accueil, lancé des centaines de parrainages dans les camps de Thaïlande. Ces parrainages dont il est le premier inventeur, ont été vitaux pour ceux qui se croyaient abandonnés du monde et voyaient à travers ce geste tendresse et fidélité. L’argent, passé à travers les barbelés grâce à la complicité de prêtres ou même de gardiens a permis à des familles de survivre, à des filles de ne pas être violées, à des pères de famille d’échapper à une exécution sommaire, à des mères de se procurer l’immodium qui sauvera leur enfant. 

La Nef – Vous-même, peut-on vous demander pourquoi vous vous êtes consacré totalement à cette œuvre ? Aviez-vous une affinité particulière pour les pays de l’ex-Indochine ?

 Yves Meaudre ‚ Pour ma part, je ne connaissais pas l’Asie. Pour me mener en Indochine, un petit vietnamien du nom de Marcel Van surgira dans ma vie alors que rien ne m’y préparait. A la suite de l’éclatement d’une magnifique équipe, un de mes amis, séminariste, me dit d’écrire au Père Daniel-Ange que je ne connaissais pas. Ce dernier me répond en une ligne : « Prie-le ». Jointe à cette lettre laconique, la photo d’un martyr des prisons d’Hanoï en 1956. Quatre ans plus tard, le président de la société à laquelle j’appartenais me demande de me mettre en relation avec le directeur du secteur religieux de Fayard, Jean-Claude Didelot.

Ce dernier me demande de devenir administrateur de l’association dont il était le vice-président depuis vingt-cinq ans. Marcel Van est le protecteur d’Enfants du Mékong dont une des maisons porte le nom. Jean-Claude Didelot, venait d’éditer en trois livres les manuscrits de Marcel Van découverts au Canada par Daniel-Ange et commenté par le Père Marie Michel (carme).

La Nef – Quelles actions concrètes menez-vous et comment s’organisent-elles ?

 Yves Meaudre ‚ L’action de notre œuvre est complètement empirique. Elle est celle que mènerait un père de famille qui colle au plus près des réalités d’un monde mouvant et difficile pour assurer la vie de sa famille. C’est la raison pour laquelle je vous précisais que nous n’avions pas de projet. Hier nous avions au Laos des foyers pour des enfants eurasiens. Nous avons répondu aux drames des personnes internées dans les camps en Thaïlande. Nous avons aidé et aidons toujours les familles de réfugiés renvoyées dans leur pays. Il faut imaginer l’état moral de ces personnes 

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