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Les Franciscains du Bronx |
Comment avez-vous rencontré les Franciscains du Bronx ?
Dans un bus qui, depuis Pittsburg, ralliait Denver en août 1993. Je me rendais aux Journées mondiales de la jeunesse à Denver. Des franciscains ont embarqué dans ces bus de pèlerins. Ils étaient jeunes, barbus, joyeux, en sandales, vêtus d’une bure grise reprisée. Ils devaient ressembler aux premiers disciples de saint François. Ils prétendaient vivre dans le Bronx, au milieu des plus pauvres. Quelques mois plus tard, une amie journaliste de Famille chrétienne et moi sonnions à leur porte pour faire un reportage sur leur communauté.
Qui sont-ils ?
Au départ, huit capucins « sécessionnistes ». Jugeant que leur Ordre s’était trop sécularisé et « embourgeoisé », ils l’ont quitté en 1987. L’archevêque de New-York, le cardinal O’Connor, les a acceptés dans son diocèse, et leur a dit : « Vous voulez vraiment vivre la règle de saint François de façon radicale ? Je vous envoie aux pieds de la Croix, dans le South Bronx… » Il leur a confié une paroisse qui battait de l’aile. Ils étaient huit en 1987; ils sont plus de soixante aujourd’hui.
Ils ont trouvé le Christ dans le Bronx ?
Oui. Pas toujours comme ils le pensaient, je crois. En résumé, ils ont découvert que le Christ se cachait dans deux tabernacles souvent ignorés des catholiques : le pain eucharistique et le cœur du pauvre.
Votre livre est à la fois à lire et à voir. Dans quel esprit l’avez-vous conçu ?
Dans un désordre très franciscain. A vrai dire, je n’ai jamais voulu faire ce livre. Je parle trop mal anglais pour ça. Il a fallu un éditeur très persévérant et un frère québécois-interprète pour que le projet puisse voir le jour. L’idée des Fioretti s’est imposée assez vite. Quand je n’arrivais pas à écrire, je prenais mon appareil photo. Et certains clichés en disent plus que bien des phrases.
Au retour, en regardant les planches contacts, une chose m’a surpris : la moitié des photos montraient des sourires et des regards magnifiques d’amitié. C’est la face ignorée du Bronx. On trouve une joie et une solidarité dans ce quartier cassé et miséreux qui n’existe pas chez les nantis.
Quel est l’événement qui vous a le plus frappé lors de vos séjours ?
Frappé ? Une baston ! Une nuit, en face du couvent, vers une heure du matin, je discutais avec cet ami franciscain de Montréal qui me guidait alors que nous revenions d’une distribution de sandwiches aux homeless de Manhattan. Une voiture s’est garée à côté de nous. Deux colosses ont sorti du coffre des battes de base ball et se sont rués sur les voisins qui prenaient le frais sur le perron de leur immeuble. Ils ont tabassé un homme en particulier, dans les cris, les hurlements, et sont repartis. Cinq minutes, plus tard, quatre voitures de flics cernaient le bloc dans des hululements. Et l’homme blessé, ruisselant de sang, avant de se laisser emmener à l’hôpital, a tenu à réveiller frère Terry, l’un des franciscains, pour lui parler. Je n’ai pas su le fin mot de l’histoire – peut-être une rivalité de trafiquants, ou une rixe entre amants jaloux,