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Les missionnaires de la charité
Stephen Vallet
Journaliste

Source : La Nef n°110 - avril 2001

L’Ordre des Missionnaires de la Charité fondé par Mère Teresa est aujourd’hui réparti dans le monde entier. Avec discrétion, l’Ordre continue à rayonner de l’amour de Jésus pour les plus pauvres.

Le 16 août 1948, la petite religieuse qui pousse les portes de Loreto House est seule. Avec elle, une petite mallette d’effets personnels. Et en poche, cinq roupies. Autant dire, rien. Quelques années après, la même petite religieuse est mondialement connue. Elle se trouve à la tête d’une vaste multinationale de la charité, formée de religieuses, de religieux et de laïcs. Du monde entier, des jeunes viennent se mettre à sa disposition. Du monde entier les dons affluent. Que s’est-il passé ? « Si le grain ne meurt… ». Pour sœur Teresa, l’abandon de sa Congrégation d’origine, les Sœurs de Lorette, ressemble à une mort. Elle plonge seule dans l’inconnue, abandonnant pour l’amour du Christ et des pauvres, le confort d’une vie religieuse assise et celle de responsabilités importantes. Peu à peu, pourtant, cette « mort » porte ses fruits. Dès 1949, sœur Teresa est rejointe par une ancienne cuisinière du collège Sainte-Marie puis par l’une de ses anciennes élèves, Subashini Das. Rapidement d’autres suivront. L’Ordre des Missionnaires de la Charité se met sur pied. L’arrivée de ces jeunes filles auprès de sœur Teresa pose le problème de leur statut au regard de l’Eglise. Conseiller par son directeur spirituel, le père van Exem et son confesseur, le père Julien Henry, sœur Teresa s’attelle aux statuts de sa Congrégation. Principalement consacrées aux pauvres, les religieuses de la Congrégation naissante se spécialisent-elles dans l’action sociale, les soins ou l’enseignement des enfants abandonnés ? Toutes ces tâches peuvent rentrer dans le cadre de leur mission. Mais avant tout, les Missionnaires de la Charité sont des religieuses. Lors de la cérémonie de profession de foi des premières sœurs, le 12 avril 1953, Mère Teresa expliquera : « Nos vies sont totalement orientées vers Jésus et à Son service. 

Nous vivons pour Lui, pour le servir et l’aimer, pour faire que tous le connaissent et l’aiment ». Dans ce cadre, le vœu de pauvreté occupe une place centrale dans la vie et la spiritualité de la Congrégation : « Nous essayons d’aider les novices à comprendre que la pauvreté, non seulement d’esprit, mais aussi de biens matériels, est liberté. Une fois qu’elles ont compris ce qu’est la pauvreté et en quoi elle consiste, elles peuvent progresser spirituellement moyennant la foi en Jésus et en l’eucharistie ».

A l’automne 1950, la Congrégation pour les religieux approuve la fondation de la Congrégation des Missionnaires de la Charité. A partir de là, et pour répondre aux besoins grandissants des pauvres, l’Ordre se développe peu à peu. Installée d’abord 14 Creek Lane à Calcutta, la maison mère déménage, en 1953, à Lower Circular Road. Pour l’aider dans la direction spirituelle de ses religieuses, Mère Teresa fait aussi appel à un prêtre, le jésuite Edouard Le Joly. Lors de leur première rencontre, Mère Teresa trace la frontière de l’action du prêtre : « Je vous demande de ne pas vous mêler des problèmes internes de la maison ». Au plan spirituel, Mère Teresa veut que l’accent soit mis sur le silence et la charité : « Je redis encore et encore la même chose : silence et charité. Le silence de la langue nous enseigne beaucoup pour parler au Christ. Le silence des yeux nous aidera toujours à voir Dieu. Nos yeux sont comme deux fenêtres à travers lesquelles le Christ ou le monde vient à notre cœur. Souvent, il nous faut un grand courage pour les tenir fermés ».

Dix ans après sa reconnaissance, l’Ordre des Missionnaires de la Charité a ouvert 25 foyers en Inde. Dans les années soixante se pose pour Mère Teresa le problème de la branche masculine de son Ordre. Le 23 mars 1963, une dizaine de jeunes Indiens, réunis autour de Mère Teresa et du nouvel archevêque de Calcutta, 

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