L’Ordre des Missionnaires de la Charité fondé par Mère Teresa est aujourd’hui réparti dans le monde entier. Avec discrétion, l’Ordre continue à rayonner de l’amour de Jésus pour les plus pauvres.
Le 16 août 1948, la petite religieuse qui pousse les portes de Loreto House est seule. Avec elle, une petite mallette d’effets personnels. Et en poche, cinq roupies. Autant dire, rien. Quelques années après, la même petite religieuse est mondialement connue. Elle se trouve à la tête d’une vaste multinationale de la charité, formée de religieuses, de religieux et de laïcs. Du monde entier, des jeunes viennent se mettre à sa disposition. Du monde entier les dons affluent. Que s’est-il passé ? « Si le grain ne meurt… ». Pour sœur Teresa, l’abandon de sa Congrégation d’origine, les Sœurs de Lorette, ressemble à une mort. Elle plonge seule dans l’inconnue, abandonnant pour l’amour du Christ et des pauvres, le confort d’une vie religieuse assise et celle de responsabilités importantes. Peu à peu, pourtant, cette « mort » porte ses fruits. Dès 1949, sœur Teresa est rejointe par une ancienne cuisinière du collège Sainte-Marie puis par l’une de ses anciennes élèves, Subashini Das. Rapidement d’autres suivront. L’Ordre des Missionnaires de la Charité se met sur pied. L’arrivée de ces jeunes filles auprès de sœur Teresa pose le problème de leur statut au regard de l’Eglise. Conseiller par son directeur spirituel, le père van Exem et son confesseur, le père Julien Henry, sœur Teresa s’attelle aux statuts de sa Congrégation. Principalement consacrées aux pauvres, les religieuses de la Congrégation naissante se spécialisent-elles dans l’action sociale, les soins ou l’enseignement des enfants abandonnés ? Toutes ces tâches peuvent rentrer dans le cadre de leur mission. Mais avant tout, les Missionnaires de la Charité sont des religieuses. Lors de la cérémonie de profession de foi des premières sœurs, le 12 avril 1953, Mère Teresa expliquera : « Nos vies sont totalement orientées vers Jésus et à Son service. Nous vivons pour Lui, pour le servir et l’aimer, pour faire que tous le connaissent et l’aiment ». Dans ce cadre, le vœu de pauvreté occupe une place centrale dans la vie et la spiritualité de la Congrégation : « Nous essayons d’aider les novices à comprendre que la pauvreté, non seulement d’esprit, mais aussi de biens matériels, est liberté. Une fois qu’elles ont compris ce qu’est la pauvreté et en quoi elle consiste, elles peuvent progresser spirituellement moyennant la foi en Jésus et en l’eucharistie ».
A l’automne 1950, la Congrégation pour les religieux approuve la fondation de la Congrégation des Missionnaires de la Charité. A partir de là, et pour répondre aux besoins grandissants des pauvres, l’Ordre se développe peu à peu. Installée d’abord 14 Creek Lane à Calcutta, la maison mère déménage, en 1953, à Lower Circular Road. Pour l’aider dans la direction spirituelle de ses religieuses, Mère Teresa fait aussi appel à un prêtre, le jésuite Edouard Le Joly. Lors de leur première rencontre, Mère Teresa trace la frontière de l’action du prêtre : « Je vous demande de ne pas vous mêler des problèmes internes de la maison ». Au plan spirituel, Mère Teresa veut que l’accent soit mis sur le silence et la charité : « Je redis encore et encore la même chose : silence et charité. Le silence de la langue nous enseigne beaucoup pour parler au Christ. Le silence des yeux nous aidera toujours à voir Dieu. Nos yeux sont comme deux fenêtres à travers lesquelles le Christ ou le monde vient à notre cœur. Souvent, il nous faut un grand courage pour les tenir fermés ».
Dix ans après sa reconnaissance, l’Ordre des Missionnaires de la Charité a ouvert 25 foyers en Inde. Dans les années soixante se pose pour Mère Teresa le problème de la branche masculine de son Ordre. Le 23 mars 1963, une dizaine de jeunes Indiens, réunis autour de Mère Teresa et du nouvel archevêque de Calcutta, Mgr Albert De Souza, forme le premier noyau d’une branche masculine. Problème : ils ne peuvent dépendre de l’autorité d’une femme. Le droit canon l’interdit. Mère Teresa doit donc trouver un prêtre à qui confier cette branche masculine. Mais qui ? « Le même jour, à la même heure, à quatre cents kilomètres de Calcutta, écrivent Estelle Saint-Martin et Frédéric Lenoir dans leur biographie de Mère Teresa (Plon, 1993), un jeune jésuite australien est ordonné prêtre dans la cathédrale de Ranchi ». Deux ans après, Ian Travers-Ball, lors d’une retraite spirituelle d’un mois pour se préparer à sa profession perpétuelle, apprend l’existence du groupe d’hommes réunis pour vivre dans l’esprit des Missionnaires de la Charité. Il demande à effectuer sa retraite parmi eux. Avertie de cette démarche, Mère Teresa y voit un signe de Dieu. Elle demande au Père Ian de prendre la tête de la communauté. Attiré par cette vie radicale, celui-ci hésite. Il doit entrer définitivement dans la Compagnie de Jésus. Finalement, il donne la seule réponse vraiment possible : il s’en remet à ses supérieurs. Le Père Ian reçoit du Général des jésuites, l’autorisation de s’engager pour trois ans. Au bout de ces années, il décidera s’il reste ou s’il revient dans le giron de la Compagnie de Jésus. En 1968, il décide de rester et prononce ses vœux définitifs au sein des Missionnaires de la Charité. L’année précédente, il a rédigé avec Mère Teresa une règle de vie qui reçoit l’approbation de Rome. Reconnue officiellement, la communauté est prête à prendre son essor. Très vite cependant les relations entre le Père Ian, qui a pris le nom de frère Andrew, et Mère Teresa vont devenir assez difficiles. Ils n’ont pas toujours les mêmes conceptions. Celles de Mère Teresa sont davantage traditionnelles, plus axées sur la prière et une vie communautaire conventuelle. La question de l’habit religieux a créé de vive tension. Les frères n’en portent pas; Mère Teresa ne conçoit pas de religieux sans habit. Après avoir montré son désaccord, Mère Teresa conseille finalement aux frères d’obéir à leur supérieur. Comme elle ne conçoit pas de religieux sans habit, elle n’imagine pas un seul instant des religieux désobéissants. Peu à peu, pourtant, les liens se distendront entre les frères et les sœurs, sans jamais se rompre totalement.
Dans son rôle de fondatrice rien n’arrête Mère Teresa. En 1965, sa Congrégation est devenue une société de droit pontifical, dépendant directement du Saint-Siège. Son expansion internationale va pouvoir commencer. La place de la prière, l’aspect contemplatif, notamment, dans un monde en perpétuel mouvement, lui semble de plus en plus important. Les Sœurs du Verbe sont le fruit de ce souci. Fondée en 1976, cette nouvelle branche des Missionnaires de la Charité est principalement vouée à la prière silencieuse. Les Sœurs du Verbe ont au moins trois heures de prière solitaire par jour, une heure de prière à l’Eglise tout en passant deux heures de la journée en dehors de leur monastère dans les rues, les foyers ou les hôpitaux. Pour annoncer l’Evangile. Premier lieu d’implantation envisagé ? L’Himalaya. Ce sera, en fait New York, en plein cœur du Bronx. Histoire de montrer que la misère du monde moderne appelle le silence, la prière et… la charité. Une branche de frères contemplatifs se créera également par la suite. Au total, l’Ordre des Missionnaires de la Charité compte huit branches : les Sœurs actives, les Sœurs contemplatives, les Frères actifs, les Frères contemplatifs, les Pères missionnaires, les Missionnaires laïcs, les volontaires et les assistants malades et souffrants. Les volontaires existent en fait depuis 1950. Ils servent aux côtés des membres de l’Ordre, selon un profond engagement spirituel. Ils aident les Sœurs pour un temps donné, en cherchant à aider les pauvres par-dessus tout. Lancés par Jacqueline de Decker en 1969, les assistants malades et souffrants offrent leurs souffrances pour les pauvres et pour le travail des Missionnaires de la Charité. C’est le poumon spirituel de cette œuvre. A son amie Jacqueline de Decker, Mère Teresa écrira : « Le travail est très difficile, mais si des êtres souffrants sont avec la Congrégation, elle sera capable de faire de grandes choses pour l’amour de Jésus. Je me sens personnellement très heureuse de t’avoir pour mon autre moi-même, et une nouvelle énergie submerge mon âme… Avec toi et les autres, que ne pourrons-nous pas réaliser pour Lui ? Ta vie est comme un cierge allumé qui se consume pour les âmes ». Enfin, plus récents puisqu’ils remontent à 1986, les missionnaires sont des laïcs consacrés, directement associés à l’œuvre d’apostolat des Missionnaires de la Charité. Ils font les mêmes vœux que les sœurs dans les mêmes délais.
La spiritualité de l’œuvre de Mère Teresa est profondément enracinée dans l’adoration de Jésus dans le Saint-Sacrement, dans la prière silencieuse et dans une grande dévotion à Notre-Dame. Le 7 octobre, date de la fondation des Missionnaires de la Charité, date aussi de Notre-Dame du Rosaire, est une grande fête pour la Congrégation des Missionnaires de la Charité. « C’est un jour de prière et d’action de grâces » pour tous les membres de toutes les branches de l’Ordre. A la Vierge Marie, les Missionnaires de la Charité adressent souvent cette prière : « Marie, Mère de Jésus, donne-moi ton cœur, si beau, si pur, si immaculé, si plein d’amour et d’humilité, afin que je puisse recevoir Jésus dans le pain de la vie, l’aimer comme tu l’as aimé et le servir sous le déguisement misérable des plus pauvres d’entre les pauvres ».