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Marie, reine immaculée
Source : Christicity 20/05/2003

Déjà 15 prêtres «Fils missionnaires» issus de la Fraternité Marie Reine Immaculée, en plus des 90 frères et sœurs consacrés ! Fondée au lendemain de la guerre, cette communauté nouvelle vient nous révéler la place de Marie dans le plan divin, « sa maternité de grâce et sa royauté d'amour dans l'Esprit Saint ». Kate nous projette au cœur de l'intuition de Clémence Ledoux.


À l'origine de la Famille Marie Reine Immaculée, une personne humble et cachée, vivant dans l'intimité de la Sainte Vierge et du Christ : Clémence Ledoux. Qu'est-ce qui vous frappe dans sa vie ?
Ceux qui ont connu Clémence Ledoux, en particulier à Bois-le-Roi - où elle a vécu de 1955 à 1966, année de son Passage au Ciel -, l'ont bien vite appelée d'un nom qui résumait toute sa personne : «Mère». Elle était en effet devenue une vraie mère pour eux : une mère qui savait tout autant se préoccuper de leurs besoins matériels que de leurs attentes spirituelles. Vivant quotidiennement en intimité d'amour et de foi avec Marie, sa Mère et Reine Immaculée, elle était comme «pénétrée» de sa vie, de son Coeur, offrant à tous ceux qu'elle rencontrait une inlassable et toujours neuve charité, une foi et une espérance véritablement «contagieuses» ! Elle a toujours su, de manière inventive et audacieuse, subvenir aux besoins de ceux qui étaient dans la détresse ou dans la nécessité autour d'elle, depuis les filleuls de guerre à qui elle envoyait des paquets, jusqu'aux personnes seules ou âgées dans le village, à qui elle rendait visite ou envoyait des petits cadeaux ou des colis de nourriture. Elle avait un immense respect pour les personnes : elle savait les «apprivoiser», gagner leur amitié et, petit à petit, quand elle avait leur confiance, elle savait trouver le mot juste pour les remettre sur le bon chemin et leur faire retrouver la foi.
Marie, Reine Immaculée, fut le trésor de sa vie : c'est elle qui l'a éduquée et conduite de plus en plus profondément dans sa propre intimité avec son Fils Jésus. C'est dans l'émerveillement que Clémence Ledoux avait reçu et gardé dans son cœur le «dévoilement» ultime du mystère de Marie, actuellement dans la gloire : mystère de son Assomption et de son Couronnement par la Trinité Sainte. Elle devenait dès lors «messagère» de ce mystère à faire connaître aux hommes par sa propre vie, par sa présence aimante et par sa parole. En Marie, elle a contemplé l'œuvre accomplie de Dieu, sa victoire sur le péché et sur la mort, et elle a appris d'elle à vivre de cette victoire dans sa vie quotidienne, en enfant bien-aimée du Père. Les témoins qui ont rencontré Clémence Ledoux nous disent combien chaque visite auprès d'elle leur a donné une nouvelle espérance, des lumières nouvelles pour leur vie : ils en repartaient à chaque fois le cœur plus léger, ayant expérimenté combien ils étaient aimés de Dieu à travers la personne de cette «mère».

Y a-t-il, parmi ses écrits, un extrait qui soit une invitation - résumant toutes les autres ! - à être des témoins du Christ ?
Cette petite exhortation me semble bien répondre à votre question ; on y retrouve bien la manière dont Mère a vécu :
« Vous le savez bien, c'est avant tout par notre vie chrétienne réellement vécue, plus que par des mots, qu'on ramène ses frères à Jésus-Christ. Faites tout avec amour, car c'est l'amour qui élève la plus petite de vos actions, qui la transforme, qui la recrée, et qui en fait l'image et le reflet de l'action divine, de cette action divine qui n'est que Providence pour chacun des hommes. Soyez des signes vivants de l'amour, de la charité brûlante de Jésus. »

Il est original de constater qu'un mouvement a ainsi été lancé par une laïque. Etait-elle consacrée ? Qui l'a soutenu, encouragée et suivie ?
Il serait trop long de faire ici l'historique de notre Famille spirituelle, née de l'offrande «maternelle» et féconde de la vie de Clémence Ledoux. Parmi ceux qui l'ont entourée et accompagnée, il y a eu, bien sûr, un certain nombre de prêtres et de religieux et religieuses, en France et dans de nombreux pays du monde, ainsi que de très nombreux laïcs. La congrégation des soeurs de Saint-Joseph de Cluny, présente sur les 5 continents, a été associée de près à cette grande «aventure» missionnaire. Au coeur de la Famille, il y avait, autour de Mère, un petit noyau très uni et fervent, avec en particulier Père Claude Masurel. La Famille était vraiment - et le demeure - une grande famille !

La dévotion à Marie Reine Immaculée : une spiritualité nouvelle dans l'Eglise ?
Prier Marie et l'accueillir dans nos vies, dans l'univers entier comme la Reine Immaculée de l'univers, c'est, bien au-delà d'une dévotion, toute une «école de vie» ! Avec cette Mère et Reine, nous voulons vivre de plus en plus en communion avec la Trinité Sainte et avec tous ceux que le Ciel nous donne d'aimer et nous confie... Il faut préciser que, dans la Tradition de l'Église, Marie est honorée comme Reine depuis les temps les plus anciens : en 1854, l'Église s'est prononcée par un dogme sur sa Conception Immaculée ; en 1950, nouveau dogme de foi au sujet de son Assomption au Ciel en son âme et son corps, suivi, 4 ans plus tard, de la proclamation de sa Royauté maternelle et universelle par le Pape Pie XII. La fête liturgique de Marie Reine est instituée : depuis le Concile Vatican II, Marie Reine est fêtée dans l'octave de l'Assomption, chaque 22 août.

Le titre de « Marie Reine Immaculée » ne reprend-il pas et ne et contient-il pas tous ces mystères ?
« C'est au travers de son titre de Reine Immaculée qu'on retrouve tous ses autres titres, écrivait Clémence Ledoux en 1953... Dans ce titre se trouve la satisfaction de Dieu, tous les trésors de ses grâces et de ses lumières : en un mot, toute sa richesse. »
Après cette Proclamation de la Royauté de Marie par Pie XII, Mère a commencé à proposer l'intronisation de Marie Reine Immaculée dans les foyers, comme on connaissait l'intronisation du Sacré-Coeur. L'intronisation est une petite cérémonie familiale au cours de laquelle on remet un lieu de vie à la souveraineté de Marie, afin que s'y manifeste et s'y étende le Royaume de Dieu. Attentifs au don que Jésus fit de sa Mère à la Croix, nous l'accueillons en disciples bien-aimés, à la suite du disciple qui «la prit chez lui» (cf. Jn 19, 27).
La Fraternité réunit, au coeur de la Famille de Marie Reine Immaculée, des prêtres, des laïcs et des consacrés ?
La Fraternité est formée de prêtres et de frères et soeurs, tous célibataires consacrés. La Famille spirituelle de Marie Reine Immaculée - dont la Fraternité est comme le cœur - est plus large : elle réunit tous ceux qui ont intronisé Marie chez eux, tous ceux aussi qui ont scellé un Pacte d'Alliance avec Marie Reine Immaculée.
Au sein de la Fraternité, au coeur de l'Eglise, en lien avec les diocèses où nous nous trouvons, nous vivons avec émerveillement de la complémentarité du sacerdoce ministériel des prêtres et du sacerdoce royal des fidèles, cet aspect si heureusement souligné par le Concile Vatican II. De là sont nées ou ont mûri de nombreuses vocations sacerdotales : la Fraternité compte aujourd'hui 15 prêtres. Bien sûr, plus nous serons fidèles à notre charisme, à l'appel de l'Esprit Saint reçu dans notre communauté, notre Famille, dans la docilité de chacun, plus nous serons partie prenante du dynamisme de la nouvelle évangélisation, à la manière de la Reine des apôtres...

Qu'est-ce que Marie peut apporter à notre monde contemporain ?
Le «secret» - pour reprendre l'expression de saint Louis-Marie Grignion de Montfort - du Cœur de Marie, n'est-ce pas Jésus ? Marie veut que ses enfants partagent son trésor, la joie de son Coeur, et tout son office maternel et royal va consister à nous conduire avec autorité, «avec force et douceur», à son Fils Jésus, et, par lui, dans le Royaume, ce Monde nouveau qui vient.
Dans un monde blessé par les guerres, la division dans les familles, dans un monde meurtri par la souffrance, nous avons besoin d'une mère pour nous montrer le chemin qui conduit à la paix. Le Christ est «notre paix», selon le mot de l'Ecriture : au contact de Marie, notre foi en Jésus, présent dans l'Eucharistie, agissant dans les sacrements, présent dans le coeur de nos frères et soeurs en humanité, grandit. Dans un monde en mouvement, agité, et sans appui ferme, nous devons et nous saurons apprendre à nous écrier avec le psalmiste « Ma forteresse et mon roc, c'est toi, Seigneur ! » (psaume 30). Et la fécondité de nos vies, avec Marie et en elle, nous gagnera à la joie...

Selon vous, en quoi Marie est-elle un modèle de missionnaire ?
Un missionnaire est un être appelé à vivre en communion intime et active avec la Trinité. Vivant les béatitudes, artisan de paix et de joie autour de lui, laissant ainsi briller dans sa vie la victoire du Christ sur le mal, sur le péché et sur la mort, il manifeste et libère l'éclat de cette communion. N'est-ce pas en contemplant Marie, qui a mis dans sa vie l'amour et la communion au-dessus de tout (cf Col 3, 14), qui a vécu au nom de Jésus et est demeurée dans cette unité, que nous découvrons l'évangélisation dans sa source ? Selon l'expression de Jean¨Paul II, « la communion engendre la communion et se présente essentiellement comme communion missionnaire » (Christifideles Laici 32).
Marie, en tant qu'Immaculée, a vécu pleinement et comme aucune autre créature, le mystère des épousailles avec le Christ. Si nous la laissons faire, elle nous fait entrer dans cette alliance pour que nous aussi portions du fruit en abondance. « Si les hommes vivent de cet amour que Dieu et sa Mère ont l'un pour l'autre, écrivait Clémence Ledoux, ils s'aimeront entre eux et triompheront de leur difficultés, et feront épanouir ici-bas les fruits de l'amour divin ».