Le 31 janvier 2003, la Communauté des Béatitudes fêtera sa reconnaissance officielle par le Conseil Pontifical pour les Laïcs. Les Béatitudes en chiffres, c'est : 30 ans d'existence, 1500 frères et sœurs, 75 implantations dans 32 pays et sur 5 continents. Son ancien modérateur général, Fernand Sanchez, nous invite à un voyage au coeur de la Communauté...
Le pardon au cœur de la vie communautaire
Je fais partie de la Communauté, avec mon épouse, depuis 26 ans. C'est vous dire si nous la connaissons de l'intérieur !
Médecin généraliste dans les Bouches du Rhône c'est à l'âge de 39 ans que le Seigneur est venu nous chercher dans notre confort bien installé. Notre entrée en Communauté s'est un peu faite à la manière de Lévy derrière son bureau de change à qui Jésus dit « Viens et suis moi !». Dans l'enthousiasme de la découverte du Christ vivant dans nos vies, nous avons tout lâché.
Ces 26 années n'ont pas été un long fleuve tranquille. Nous avons compris, par l'expérience, pourquoi les mots témoin et martyr avaient la même racine !!! Oh, il ne s'agit pas du martyr de sang mais de celui du quotidien, de l'exigence de la vie communautaire. La vie commune nous provoque au pardon. Pardon pour les erreurs qui blessent chaque jour, pour nos indélicatesses, pour nos refus d'accepter l'autre tel qu'il est.
J'aime beaucoup cette analogie attribuée à un père du désert qui disait en parlant des moines : « ils sont comme des cailloux ramassés sur le chemin, plein d'aspérités et blessants ; lorsqu'on les met dans un sac et qu'on marche très longtemps, à force de se frotter les uns sur les autres ils finissent par devenir lisses et brillants ! »
Je crois que le Seigneur nous a fait une grande grâce d'avoir à partager au jour le jour notre vie avec des prêtres, des consacrés, des laïcs nous révélant tout à la fois la richesse de chacun, ses limites, nous ouvrant à la différence de celui qui est étranger, révélant du même coup notre identité propre qui nous invite à une tolérance, à un amour plus grand.
Image du peuple de Dieu dans son unité et la diversité de ses appels
La Communauté des Béatitudes est fondée en 1974 par Ephraïm Croissant, son épouse Josette, et un autre couple en recherche spirituelle. C'est une « communauté nouvelle » née dans la période post-conciliaire, dans la mouvance du renouveau charismatique catholique. Son originalité ? Il s'agit d'une communauté de vie résidentielle contemplative et missionnaire dans la grâce de Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus. Elle porte un intérêt spécifique aux racines hébraïques de notre foi chrétienne, ce qui donne une place particulière à la prière pour le peuple juif et pour l'unité des chrétiens.
Elle se développe dans un premier temps à Cordes dans le Tarn. Les chemisiers blancs y fleurissent au fil des ans et le Cardinal Robert Coffy, alors archevêque d'Albi, donne à la Communauté un statut d'Eglise en la reconnaissant comme « pieuse union ». Le 8 Décembre 2002, elle est reconnue par le Conseil Pontifical pour les Laïcs comme « association internationale privée de fidèles de droit pontifical avec personnalité juridique ». Le décret de reconnaissance sera officiellement remis à la Communauté le 31 Janvier 2003, au cours d'une cérémonie au siège du Conseil Pontifical pour les Laïcs à Rome.
La communauté des Béatitudes, signe de la communion des états de vie, comprend des laïcs, des consacrés et des prêtres, des célibataires et des familles. Elle se veut ainsi réalité ordonnée à la bienveillance d'un gouvernement unique ; image du peuple de Dieu dans son unité et la diversité de ses appels. En tant que membres, nous avons le même désir de vivre l'Evangile de manière radicale selon une forme de vie innovante, tout à la fois dans le monde et mis à part, proche du modèle de la communauté chrétienne primitive : vie commune, partage des biens, pauvreté volontaire, pureté du cœur, vie sacramentelle et liturgique intense, dont le sommet est l'Eucharistie quotidienne et l'adoration du très Saint Sacrement.
Elle est présente aujourd'hui sur les cinq continents dans 32 pays dont 46 maisons en Europe, 11 en Afrique, 7 en Asie, 3 en Amérique latine, 3 en Amérique du Nord, 2 en Océanie, 3 au Moyen Orient animées par 1 500 frères et sœurs résidentiels et une communauté d'alliance dite : «Famille Béatitudes».
Spiritualité : oraison, pauvreté, obéissance
Lorsqu'à l'origine le Seigneur a mis au cœur des deux premiers couples de vivre en communauté, Ephraïm reçut que celle-ci était appelée à vivre le mystère de la Transfiguration par l'union à Jésus dans son mystère pascal. Cette intuition fut matérialisée par l'image de trois arbres comme trois croix correspondant aux trois personnes transfigurées sur le Mont Thabor : Jésus, Moïse et Elie. Chacun manifeste un fondement de la spiritualité communautaire. Dans notre désir d'anticiper le ciel, il nous était montré le mystère de la croix déployé sous trois modalités inséparables, exprimant aussi les trois conseils évangéliques. Jésus représente toute la dimension de la prière, vocation centrale de la Communauté. Moïse exprime l'obéissance sous toutes ses formes : - aux commandements de Dieu - aux supérieurs - aux frères et sœurs - à l'Eglise. Elie nous introduit à l'existence prophétique avec la dimension de la pauvreté, du détachement des biens de ce monde, de sa volonté propre mais aussi à ce souci de chercher la gloire de Dieu, car le disciple fait les mêmes oeuvres que le maître : évangélisation et compassion. Cette pauvreté peut conduire au martyre d'amour pour le Christ.
La spiritualité de la communauté donne la première place à la vie d'oraison d'inspiration carmélitaine et à la recherche de la prière continuelle. Elle est fortement imprégnée de la grâce, expérimentée dès les débuts, que le Seigneur vient et que l'on peut anticiper cette venue pour la hâter, mettant au cœur de chacun le désir de faire de la vie présente, à travers la louange, la beauté de la liturgie, la vie fraternelle, une anticipation du Royaume à venir.
Bâtir la civilisation de l'Amour
Par sa vérité de vie, sa présence caritative, missionnaire, pastorale, la Communauté est un instrument de formation et d'évangélisation auprès des plus pauvres ; selon l'encyclique Redemptoris Missio (n°51) : elle cherche à être «un point de départ pour aboutir à une nouvelle société fondée sur la civilisation de l'amour».
L'internationalité de la communauté nous semble une chose importante. C'est un défi et surtout une réalité prophétique de pouvoir vivre en frères et sœurs dans une même maison, de plusieurs races, langues, peuples, cultures. Le «mélange» nous oblige à progresser dans la connaissance intime des cultures, des traditions, des moyens utilisés ailleurs pour rencontrer l'autre et pour rencontrer Dieu. Ce véritable chemin de construction du Royaume est exactement l'inverse de la mondialisation. Cette dernière conduit tous les peuples à penser, agir, être en fonction de ce que décide le leader. La tension vers le Royaume est une ouverture extraordinaire à l'autre tel qu'il dans le respect, la Miséricorde et l'Amour, pour que lui même parvienne à son épanouissement.
Dr. Fernand Sanchez
Porte parole de la Communauté