Une grande prière pour la Vie
L’abbé Hubert Lelièvre, issu d’une famille de sept enfants dont trois prêtres, a récemment fondé près de MoulinsFraternité de prière l'Evangile de la Vie qu’il nous présente ici.
La Nef – Comment avez-vous été amené à fonder la Fraternité de prière l'Evangile de la Vie?
Abbé Hubert Lelièvre – Le 25 mars 1995, le Saint-Père a publié l’encyclique Evangelium Vitae. J’ai été bouleversé par cette Lettre « qui m’était adressée ». Au paragraphe 100, Jean-Paul II dit ceci : « Une grande prière pour la vie qui parcourt le monde entier est une urgence ». Cette phrase m’a profondément touchée. J’ai donc rédigé un petit document pour préparer ce qui allait être une réponse à cet appel, avec « la Fraternité de Prière l’Evangile de la Vie », qui est née il y a tout juste 6 ans, dans la chapelle de la rue du Bac à Paris, le 7 octobre 1995. Nous proposons à tous ceux qui le désirent de vivre une contemplation au service de la vie. Chacun s’engage pour un an à prier une dizaine de chapelet chaque jour; beaucoup ajoutent le jeûne ou quelque chose de plus particulier comme « d’offrir sa vieillesse » ou « de rester pur jusqu’au mariage », ou encore « de prier en famille chaque jour un Ave Maria pour la vie ». Aujourd’hui, la Fraternité de Prière est présente dans 25 pays du monde.
La Nef – Et la Cité de la Vie ?
Abbé Hubert Lelièvre – Quelques semaines après la parution d’Evangelium Vitae, j’ai été nommé aumônier dans le deuxième Centre Européen de Recherches sur le Sida. C’est un cadeau merveilleux que le Seigneur m’a fait. J’ai rencontré plus de 3000 malades du sida et j’étais présent au moment de leur départ vers la Vie, pour plus de 300 d’entre eux. Beaucoup de ces jeunes, de ces jeunes adultes, à travers leurs souffrances ont découvert ou redécouvert un appel à tout quitter pour suivre Jésus. Aussi, ils sont nombreux à m’avoir demandé d’ouvrir une maison où, autour de l’Eucharistie, des personnes en fin de vie pourraient venir se préparer à aller à la Maison, faisant un choix de vie. Je résume beaucoup, mais c’est ainsi que Monseigneur Barbarin nous a accueillis dans son diocèse et a célébré la Messe d’ouverture de la Cité de la Vie Jean-Paul II, en la fête de saint Joseph de l’Année sainte. Il y a bientôt deux ans.
Pour le moment, nous nous enracinons dans la prière et accueillons de petites retraites ou temps de formation, et aussi des jeunes et des familles attirés par cette grande prière pour la Vie. Nous remettons aux normes la Maison qui nous a été prêtée par une Association amie, avant de construire une chapelle et un petit couvent autour pour accueillir des personnes dans les dernières semaines de leur vie sur la terre, sous forme de petite communauté.
Nous sommes encouragés par les pauvres et les blessés par la vie eux-mêmes ou par l’Eglise. Nous avons un comité de parrainage. Nous sommes surtout portés par la prière de 100 communautés religieuses en France et 25 au Vietnam. Sur le plan de « l’intendance », c’est saint Joseph notre sponsor ! Nous vivons grâce à la générosité suscitée par la Providence.
La Nef – Quels sont précisément les buts et les activités de la Fraternité de prière l'Evangile de la Vie?
Sur un même site donc, une vie de famille : des jeunes, des familles, des groupes qui viennent prier ici, se former, donner un coup de main et dès que ce sera possible, des personnes qui entreront dans la Vie.
Nous avons trois axes importants : prière, formation, témoignage. L’été dernier par exemple, nous avons vécu la première Université d’été Jean-Paul II sur le thème de « la première semaine de la vie humaine ». 32 jeunes ont participé à cette formation de qualité dans un climat de prière et d’amitié. En 2002, nous vivrons cette Université d’été Jean-Paul II du 3 au 9 août sur le thème de « la dernière semaine de la vie humaine », un peu comme une Semaine Sainte. Nous préparons pour les 16-17 mars un deuxième Festival de la Tendresse de Dieu, une fin de semaine où rencontrer des témoins de l’Evangile et proposer une nuit d’Adoration où chacun peut rencontrer la Miséricorde de Dieu et se laisser guérir par Lui.
La Nef – Comment analysez-vous l’importance de l’encyclique Evangelium Vitae et comment percevez-vous sa réception dans l’Eglise elle-même ?
Abbé Hubert Lelièvre –C’est en 1991, que les cardinaux, tous réunis autour du Saint-Père, lui avaient demandé d’écrire un texte sur ce sujet. Jean-Paul II a ensuite écrit une Lettre importante à tous les Evêques du monde le jour de la Pentecôte de la même année, ne cachant pas que si le XIXe siècle avait été marqué par le défi de la question sociale, avec la même force et la même urgence, c’était la question de la vie qui se présentait à notre génération.
Il y a ces deux phrases de Jean-Paul II qui répondent à votre question : « Il semble bien que la Providence m’ait placée sur la chaire de Pierre pour que je sois un avocat passionné au service de la vie » (18 novembre 1999). «Je considère Evangelium Vitae comme étant le cœur du Magistère de mon Pontificat » (14 février 2000).
La question de l’accueil de la vie depuis sa conception jusqu’à sa mort naturelle et son entrée dans la Gloire est au centre du pontificat, est le cœur de la nouvelle évangélisation, doit être avec plus de rayonnement encore le cœur de notre engagement dans l’Eglise et la cité.
Jean-Paul II est ce prophète de la vie, au sens biblique du terme. C’est à nous d’annoncer à temps et à contre temps avec charité et miséricorde ce qu’il nous enseigne. Le monde en a tellement besoin. Je souffre bien souvent de ce décalage entre ce que dit réellement notre Père bien-aimé Jean-Paul II et ce « qu’on dit qu’il a dit » ! La situation de tant de familles, de tant de cœurs de jeunes nous suffit pour tout faire à travers la prière et notre propre formation, afin qu’ils découvrent cette beauté du don de la vie, la vocation du corps.
La Nef – Cette encyclique a été contestée en raison de la prétendue rigidité morale qu’elle manifesterait : comment le pape peut-il faire passer son enseignement quand il est contesté au sein même de l’Eglise ?
Abbé Hubert Lelièvre – Comme Humanae Vitae à l’époque. Paul VI s’était retrouvé contesté bien plus que ne l’a été Jean-Paul II. A l’époque, Paul VI s’est retrouvé tout seul, vraiment comme Jésus, abandonné des siens les plus proches. Mais 20 ans après, en 1988, le monde entier, dont les plus hautes instances scientifiques, l’a remercié pour son acte prophétique.
Je crois qu’il faudrait d’abord lire cette encyclique avant de juger. On découvrira alors que ce texte ouvre le cœur et l’intelligence à l’Espérance, au pardon, à la miséricorde. Ouvre sur le désir qui s’inscrit petit à petit dans le cœur du lecteur de s’engager à faire des choix de vie dans sa propre vie, dans ses propres responsabilités quotidiennes. C’est un texte lumineux qui n’accepte pas que l’on blesse de quelque manière que ce soit la personne humaine créée à l’image de Dieu et appelée à la vie éternelle.
Ensuite, le pape dans son enseignement reprend des paroles de la Bible et les développe avec un éclairage qui permet à l’homme de notre temps de cheminer vers la Vérité sur lui-même, sur son corps, sur sa dignité de personne.
L’Eglise est contestée aussi parce que recevoir au plus profond de mon cœur et de mon intelligence cette parole de vie m’oblige à m’ajuster sur le Cœur de Dieu. Ce n’est pas facile de devenir des justes ! Ce n’est pas facile de poser des actes de volonté, de sortir de telle ou telle zone d’ombre et de marcher vers la lumière. Lorsque l’Eglise parle, souvent on pense qu’en même temps elle nous juge. Ce qui est complètement faux. L’Eglise est Mère.
La première façon de « faire passer le message », c’est le propre témoignage de cohérence, d’unité de vie que je donne au quotidien.
Jean-Paul II contesté ? Oui, le disciple n’est pas plus grand que son Maître. On le conteste peut-être, mais au fond on l’admire. C’est le cas du journal Marianne il y a quelques semaines encore. Contesté pas tant que cela, car l’homme a soif de Vérité. Soyons ces serviteurs de cette Vérité sur la vie… en écoutant qui peut être blessé. Regardez nombre de jeunes qui prennent la contraception ou avortent : ils entendent un discours à sens unique. Mais qui leur a fait découvrir, pour reprendre la parole du Psaume, « la merveille qu’ils sont ». Qui leur a fait découvrir l’extraordinaire voyage de l’enfant à naître depuis le moment de la conception jusqu’à la nidation. A nous plus que jamais d’être des témoins pour éviter un « service après vente » douloureux : quand un jeune pleure sur son oreiller, qui vient le consoler ?
La Nef – Comment faire pour lutter concrètement contre l’avortement, notamment au plan politique ?
Abbé Hubert Lelièvre – Il ne s’agit pas de lutter d’abord contre l’avortement. Il s’agit avec urgence de prier. Ensuite de nous former. Alors nous nous engagerons pour la vie ! Trop longtemps les catholiques ont lutté contre l’avortement, en restant souvent assis dans leurs fauteuils, se contentant de critiquer, de juger. Une des grandes révolutions culturelles opérées par Jean-Paul II est de nous avoir donnés d’être pour d’abord. Cela n’est pas se voiler la face. Je prends un seul exemple : comment l’Eglise est-elle présente au moment de l’accueil de la vie ? On critique et juge la « culture de mort », mais en face que faisons-nous ? Il y a urgence d’ouvrir dans chaque diocèse de France un « centre d’accueil à la vie » sous la protection de la bienheureuse Jeanne-Beretta Molla, si l’on veut que les choses changent. Avec la prochaine loi sur l’euthanasie, et dans 10 ans l’euthanasie de nécessité comme en Hollande, les lieux d’accueil catholiques pour les personnes en fin de vie ne sont pas assez nombreux. Il y a beaucoup à faire… et en plus cela crée des emplois. Soutenons particulièrement en ce moment, par notre prière et nos moyens financiers – je pense aux bas de laine avec l’arrivée de l’euro –, les mouvements et associations qui œuvrent au service de la vie.
Sur le plan politique : cela risque de changer bien plus rapidement que l’on ne pense par le simple fait que trop de blessures et de souffrances, c’est trop ! Bientôt des lois viendront à cause de l’extrême détresse de femmes, de jeunes.
La Nef – Un dernier mot ?
Abbé Hubert Lelièvre – Duc in altum ! C’est l’appel que Jésus nous lance aujourd’hui. Avançons en eaux profondes, au large pour entrer dans cette nouvelle saison au service de la vie, tous ensemble. Je suis heureux de voir combien les mouvements et associations au service de la vie vivent davantage une profonde communion depuis 1995.
Duc in altum ! C’est d’abord la prière, puis « sur ta parole je vais jeter les filets », c’est-à-dire forts de la Parole de Jésus, nous pouvons nous engager les uns et les autres, ensemble pour entrer dans cette nouvelle saison au service de la vie.
Duc in altum ! Jésus, l’Evangile de la Vie, est notre Bonheur !
Propos recueillis par Christophe Geffroy