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L'homme nouveau
Source : Christicity 7 mai 2002

L'Homme Nouveau est un titre qui compte dans le paysage médiatique catholique francophone. Depuis plusieurs mois, des choses ont changé au sein du prestigieux journal...Découverte impertinente, sur le mode marin, avec Philippe Maxence, son rédacteur en chef.

ChristiCity - Nouvelle équipe depuis un an, nouvelle maquette depuis un mois : l'Homme Nouveau avance au large. Avec quel cap ? Quelle route ?
Philippe Maxence - Le cap reste résolument le même. Nous sommes « aimantés » sur Rome qui ouvre pour nous les grands axes à explorer. Nous continuons donc à analyser les évènements religieux et politiques à la lumière de l'enseignement de l'Église et singulièrement de sa doctrine sociale. Nous sommes ainsi sur la route rappelée par Jean-Paul II dans Christifideles laici sur la mission des laïcs. Nous avons la chance de bénéficier d'un rythme bimensuel, ni trop éloigné de l'actualité comme le mensuel, ni trop pressée par elle comme pour les quotidiens et les hebdomadaires. Nous avons le temps de sérier les sujets, de donner la parole aux acteurs de la vie de l'Église (le cardinal Ratzinger, Didier Rance, Jean-Marie Le Méné, Paul de Viguerie, etc.), de proposer des dossiers de fond (ainsi celui que vient de réaliser pour nous le Père Blet sur Pie XII) ou de lancer des enquêtes sur des sujets délicats : la liturgie par exemple, à partir des récentes propositions du cardinal Ratzinger dans L'Esprit de la liturgie. Cap romain donc, sur la route d'un laïcat fidèle au Christ. Nous restons ainsi dans le sillon tracé par nos fondateurs, le père Fillère et l'abbé Richard : l'unité du monde passe par l'Église catholique. Ils ont créé l'Homme Nouveau en 1946 pour diffuser ce message. Prophétique non, à l'heure de la mondialisation ?

ChristiCity - La nouvelle formule a-t-elle pour but de correspondre d'avantage à l'Eglise d'aujourd'hui et à ses forces vives - la génération JMJ, les communautés nouvelles, le renouveau charismatique, le réveil paroissial ?
Philippe Maxence - L'Église d'aujourd'hui, comme celle d'hier et de demain, est avant tout l'Église, le corps mystique du Christ. Nous ne séparons pas ce que Dieu a uni. Notre nouvelle formule désire servir l'Église, en la faisant aimer, parce que nous avons pour elle une réelle passion. Nous souhaitons la voir mieux connue dans sa réalité historique comme dans sa réalité actuelle, pour préparer, si Dieu le veut, son avenir. Nous pourrions avoir comme devise : tout ce qui est catholique est nôtre. Dans ce sens, oui, la nouvelle formule cherche à correspondre aux forces vives de l'Église, même à celles que vous avez oubliées de citer. Par communautés nouvelles, nous entendons toutes les communautés, instituts, monastères, fraternités, etc. qui sont nés au sein de l'Église ces dernières années, et qui vivent selon son enseignement. Et mieux : au rythme de son cœur. Mais nous souhaitons aussi poser un regard lucide. Comme l'a écrit Henri Hude dans l'Homme Nouveau, « il n'y a pas cent mille jeunes dans les églises le dimanche, même s'il peut y en avoir un million à Longchamp... ». La Génération JMJ est aussi une génération à évangéliser, à former.

ChristiCity - Votre ligne éditoriale est toujours assez anti-américaine et anti-mondialisation. Ne pensez-vous pas qu'à l'heure des JMJ, vous serez obligés de la renouveler autant que la maquette ?
Philippe Maxence - J'avoue ne pas bien comprendre le sens du rapprochement entre une ligne éditoriale qualifiée d'« anti-américaine et anti-mondialisation » et les JMJ. Il s'agit d'un rapprochement entre deux réalité étrangères l'une à l'autre. Les JMJ répondent au devoir d'évangélisation, toujours actuel. C'est un reflet concret de la demande du Christ, transmis par l'Église au fil des siècles, d'aller évangéliser toutes les nations. Comme au moment de la Pentecôte, les JMJ permettent de toucher des jeunes venus de tous les continents et de toutes les nations. Le phénomène de la mondialisation, quel que soit le regard que l'on pose sur lui, dépasse infiniment le cadre de l'évangélisation. Phénomène politique, économique, financier et culturel, il apparaît d'abord comme un fait. Qu'on l'approuve ou non, ce fait s'impose à nous et ne peut être nié. En revanche, une analyse doit être porté sur ce phénomène multiforme pour en cerner les différents aspects, positifs et négatifs. Ce qu'a remarquablement réalisé notre Président Denis Sureau dans le dossier publié dans le premier numéro de notre nouvelle formule (n°1275). Approche d'autant plus originale et intéressante pour des catholiques qu'elle englobe la dimension théologique. Alors anti-américanisme primaire ? Ce serait aller un peu vite en besogne. Nous portons sur la politique internationale américaine un regard qui est loin d'être unanimement positif. Dans le même temps, et sans contradiction, nous regardons avec une attention particulière les belles réalisations de l'Église américaine, qui ne peut se résumer à la crise actuelle touchant certains prêtres pédophiles. Le catholicisme américain nous semble contenir des richesses qui méritent d'être mieux connues. C'est pourquoi nous sommes certainement l'un des seuls journaux catholiques français a avoir une correspondante permanente aux Etats-Unis. Nous avons récemment parlé de l'une des plus grandes organisations de laïcs catholiques américains, Les Chevaliers de Colomb. Et nous publions dans notre prochain numéro le portrait de l'un des principaux éditeurs catholiques américains, le Père Fessio. Faut-il d'autres exemples ? Notre collection témoigne de notre intérêt pour ce pays contrasté que sont les États-Unis. J'ai moi-même rendu hommage dans mon dernier livre (« Au jardin de notre piété », chez Dominique Martin Morin) à un professeur de littérature américain, John Senior, à l'origine de centaines de conversions.

ChristiCity - Equilibre financier, taux de réabonnement important, collaborateurs prestigieux et fidèles : l'Homme Nouveau semble être un bateau assez solide. Comment le voyez-vous dans trente ans : paquebot de croisière, vieux gréement, yacht jet-set ?
Philippe Maxence - L'Homme Nouveau sera ce que nous en ferons, rédacteurs et lecteurs. S'il doit encore servir l'Église dans trente ans, il occupera la place qui doit être la sienne. Sinon... L'avenir n'appartient qu'à Dieu. À nous de poser les actes nécessaires au quotidien en nous trompant le moins possible. Et si en chemin, nous nous trompons, espérons que nous aurons l'humilité de le reconnaître (pas facile ce dernier point...). J'invite en tous les cas les internautes qui voudraient découvrir davantage l'Homme Nouveau à demander un exemplaire de découverte. Qu'il sache que nous leur proposons un abonnement d'un an au prix de 50¤ au lieu de 69¤. Pour aller au large. Et je vous remercie d'occuper avec d'autres, comme catholiques, ce vaste domaine à évangéliser qu'est Internet.