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Nouvelle revue Kephas : joie et vérité
Source : Christicity 6 décembre 2001

Une nouvelle revue théologique et spirituelle est en train de naître. Elle s'appelle Képhas. Loin d'être une « revue de plus », elle est à la croisée des mouvements qui travaillent à la Nouvelle Evangélisation, au réveil de l'Eglise catholique en France et en Occident. Entretien avec l'abbé Le Pivain, son directeur.

1 - A quel appel répond la création de cette nouvelle revue ? Pourquoi «Képhas» ?
Merci tout d'abord de poser la question sous cet angle... A quel appel ? Certes, il existe déjà beaucoup de revues ou publications diverses et variées, dans le monde catholique comme ailleurs. Dans la phase de préparation de ce projet, qui aura un an au moment de la parution du premier numéro, en janvier prochain, j'ai d'ailleurs rencontré un certain nombre de responsables de publications, qui m'ont aidé de leurs conseils et de leur soutien.
Mais plus exactement, il s'agit effectivement d'un appel, ressenti comme tel par un groupe d'amis. En quelques mots : malgré l'influence jalouse des magistères médiatiques, grandit une réelle et profonde soif de Vrai, de Beau, de Dieu simplement, en même temps que disparaissent certains clivages, spécialement dans les nouvelles générations de prêtres. L'Eglise et le monde sont à la croisée des chemins. L'intelligence catholique, avec tout ce que cela suppose de hardiesse et d'humilité, de vraie et saine liberté, de bienveillance et d'humour, doit réapprendre que « la victoire sur le monde, c'est notre foi. » (1 Jn 5, 4)
Rapidement s'est constitué un comité de rédaction, responsable de la revue, avec deux curés de paroisse, un dominicain en poste à l'Ecole biblique de Jérusalem, un autre prêtre de la Fraternité Saint-Pierre, un éditeur, un vigneron, un universitaire scientifique... et mon « vieux » professeur de philosophie (qui a d'autres cordes à son arc). On en compte beaucoup d'autres, occasionnels ou plus réguliers, basés en France ou en Suisse, à Rome ou à Jérusalem.
Kephas ? « Tu es Simon, le fils de Jean : tu t'appelleras Kephas, ce qui veut dire Pierre. » (Jn 1, 42). Voici un extrait de la charte : « Les ‘'tendances'' ecclésiales reproduisent trop souvent un schéma dialectique, comme si l'Eglise était une société politique purement humaine, et non l'Eglise du Verbe Incarné, Corps mystique organisé, dont la Tête invisible, le Christ, est rendue visible en la personne du ‘'doux Christ de la terre''(Sainte CATHERINE de SIENNE), le Souverain Pontife, et en son ‘'Corps tout entier [qui] reçoit nourriture et cohésion, par les jointures et les ligaments, pour réaliser sa croissance en Dieu'' (Col 2, 19). »

2 - Comment Képhas s'intègre-t-elle dans le mouvement de la Nouvelle Evangélisation voulue par le Saint Père ?
Cette intégration suit naturellement le principe énoncé plus haut. L'objectif premier est d'aider les chrétiens, prêtres, religieux ou laïcs désireux de progresser dans la ‘'sainteté de l'amour'' par la ‘'connaissance conceptuelle'' du message de l'Eglise (Cf. Ch. JOURNET, L'Eglise sainte, mais non sans pécheurs, Parole et Silence, Saint-Maur 1999, p. 119 ss), à recevoir sans complexe cette lumière dans le rayonnement continu de la Chaire de Pierre. C'est au-dessus de la tombe du pêcheur de Galilée que le pèlerin peut lire : ‘'D'ici une seule foi resplendit sur le monde; d'ici naît l'unité du sacerdoce'', Hinc una fides mundo refulget, hinc unitas sacerdotii exoritur. Cet attachement inclut une adhésion généreuse au service d'unité du ministère de Pierre. Il vit de cette ‘'spiritualité de communion' (Cf. Lettre Apostolique Novo Millennio ineunte, 6 janvier 2001, Chap. IV), ecclésiale, missionnaire et œcuménique, de l'Orient à l'Occident, dont le Saint-Père a voulu faire la pierre d'angle de son programme d'évangélisation à l'aube du nouveau millénaire. »

3 - Quelle en est l'originalité ?
Prenons deux éléments.
L'une des originalités de Kephas est de favoriser la rencontre de prêtres et de laïcs issus de diocèses, pays, communautés, mouvements ou entreprises d'Eglise divers, unis dans l'amour de la Chaire de Pierre et de la catholicité, au sens le plus fort du terme. Les encouragements déjà reçus de plusieurs cardinaux ou évêques nous confortent dans cette volonté de communion ecclésiale.
Un autre point important est l'accent mis sur la fécondité de l'interaction entre la culture et la foi, souvent ressentie comme vitale aujourd'hui à l'heure où l'on se laisserait convaincre de leur divorce : il s'agit de témoigner, selon l'exhortation du Cardinal Castrillon Hoyos, à la fois des implications pratiques du christianisme, de sa capacité de créer et de régénérer la culture - il est savoureux, il est délectable, il est généreux, il procure la vraie joie, il est inventif - et dans le même temps, en témoignant de la vie éternelle, de la transcendance de Dieu.

4 - Vous dites «Il lui arrivera d'être incisive». En quel sens l'entendez-vous ? Pensez-vous qu'il existe un religieusement correct ?
Indéniablement, la renaissance vive de la soif de Dieu et de l'amour de l'Eglise s'accompagne d'un goût non moins vif pour une réelle liberté, tant vis-à-vis de la « pensée dominante » savamment élaborée par les media que de ce que vous appelez justement un ‘'religieusement correct'' qui n'intéresse plus beaucoup. Le moment n'est plus d'entretenir des clivages qui procèdent plus d'une vision horizontale et politique de l'Eglise, où les structures et les intérêts particuliers, un certain conformisme facile prennent le pas sur les hommes... et éventuellement sur le Christ présent dans son Corps mystique. Précisons : ce goût de la liberté ne cherche son accomplissement ni dans le libéralisme, ni dans un quelconque anarchisme, qui ont fait leurs preuves l'un et l'autre. Ce n'est pas « La liberté vous rendra vrais », mais « La vérité vous rendra libres ». Pourquoi pas simplement un catholicisme qui n'a pas peur de son nom et qui, en vérité, vit de l'infinie richesse de ses virtualités, dans la paisible certitude de n'avoir -encore et toujours- qu'à annoncer le Christ, hier, aujourd'hui et demain ?

5 - Vous-mêmes êtes membre de la Fraternité Saint Pierre, qui est très attachée à la grandeur de la liturgie. Képhas entend-elle contribuer à nourrir le «nouveau mouvement liturgique» appelé de ses vœux par le Cardinal Ratzinger ?
Pour sa petite part, et même si ce n'est pas le tout de l'objectif de la revue, Kephas sera présente, sans polémique, mais en se nourrissant de l'intention du Magistère, pour prolonger et nourrir la réflexion autour de ce thème capital.. A l'évidence, La liturgie est le lieu le plus visible, le plus essentiel à la rencontre entre Dieu et l'homme, entre les hommes eux-mêmes en Dieu. Kephas entend servir un approfondissement de la foi et de la culture ; la liturgie est l'expression la plus haute de l'une et de l'autre. Plus qu'un thème à traiter, Ainsi que le rappelait le Concile Vatican II, « la liturgie est le sommet auquel tend l'action de l'Eglise, et en même temps la source d'où découle toute sa vertu. » (Sacrosanctum Concilium n° 10)
Il se trouve que la version française du livre « L'esprit de la liturgie » a été produite par les éditions « Ad solem », qui éditent également Kephas, et que j'ai été amené à participer à l'établissement de cette version. Ce fut l'occasion d'admirer avec quelle pédagogie et quelle hauteur de vue le Cardinal fait resplendir les beautés de la liturgie et celles de l'Eglise, au-delà des raideurs qui essoufflent les âmes.

6 - De plus en plus de messes sont célébrées dans l'esprit du Renouveau Charismatique et face à Dieu, dans une liturgie très soignée, qui fait une place entière au mystère et à la sacralité. Qu'en pensez-vous ? N'y a-t-il pas là une «alliance» étonnante, source d'espérance ?
Je partage pleinement votre point de vue. C'est en prenant les choses de haut, par les principes, que l'on peut avancer. L'alliance dont vous parlez, pressentie depuis quelques temps, est maintenant visible. Nous avons pu nous en rendre compte abondamment dans la préparation de cette revue. L'article récent du P. Daniel-Ange dans l'Homme Nouveau (21 octobre 2001) en est une illustration vivante et enthousiaste : « Immense, mon désir, ardente mon attente d'un nouveau souffle liturgique pour les fidèles catholiques de rite latin et romain. » Oui absolument, elle est source d'espérance et de joie profondes.