Si l'intelligence humaine est capable d'accéder à la connaissance de Dieu, à quoi bon la foi ?
Certes, l'intelligence - et toute intelligence humaine - est capable d'atteindre par ses seules forces quelque chose de Dieu. Si tout homme est créé à l'image de Dieu, il est naturel que chacun soit apte à reconnaître son Modèle, son Semblable. Notre Dieu est avant tout Intelligence et Amour, Intelligence amoureuse, Amour intelligent. C'est aussi notre nature profonde, notre aspiration essentielle, la vraie source du bonheur humain. C'est exactement ce que veut dire «être à l'image de Dieu». Cette voie mystique et contemplative, mais naturelle, de l'intelligence amoureuse découvrant la Divinité à force de méditation, est offerte à tout homme de bonne volonté. Elle n'appartient pas à la foi révélée, mais à la fine pointe de la vertu de justice : la religion, le devoir aimant de culte envers le Maître de l'Univers et de l'homme. Ce respect religieux est infiniment plus répandu que l'athéisme militant, et se reconnaît même chez beaucoup d'agnostiques soucieux d'une certaine hauteur de vie. Les «Réunions d'Assise» successives sous l'inspiration de notre pape en sont l'expression la plus grandiose. Voilà la connaissance rationnelle de Dieu offerte à l'image, au serviteur.
Mais Dieu veut nous élever à une dignité infiniment supérieure, celle de fils, d'ami, d'égal. «N'est-il pas écrit dans votre Loi : J'ai dit : vous êtes des dieux ?» (Jn 10, 34). «Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ne sait pas ce que fait son maître; mais je vous appelle amis, parce que tout ce que j'ai entendu de mon Père, je vous l'ai fait connaître.» (Jn 15, 14). Il veut que nous nous servions de notre intelligence et de notre amour, non plus pour contempler la Création que nous découvrons autour de nous, mais pour L'écouter, Lui, Dieu, l'Auteur de ce monde.
Benoît XV envisage les 24 thèses thomistes comme doctrine préférée de l'Eglise. Pourquoi alors celui qui est devenu le Docteur angélique fut-il si décrié à l'époque ?
L'Eglise n'est pas une armée en ordre de bataille, où chaque petit soldat obéit au moindre clignement d'œil de son chef. C'est un Univers où les constellations sont innombrables et immenses. L'expression de la liberté personnelle y est entière. Certes, Rome exprime ses préférences, mais fait une grande différence entre conseil et obligation. L'enseignement de la doctrine de Thomas d'Aquin n'a été posé comme vraiment impératif que pour la formation de base des séminaristes. Il a été également demandé comme l'une des filières nécessairement proposées dans les facultés catholiques. Et ceci dans un but non pas de fermeture, mais bien parce que l'Eglise pense offrir, avec le thomisme, la meilleure initiation pour aborder ensuite toutes les autres pensées.
Les 24 thèses