1. Nous ne possédons plus les textes originaux de l’Ancien et du Nouveau Testament. Cela n’est pas surprenant puisqu’il ne nous reste aucun autographe non plus des grands écrivains de l’antiquité. On écrivait alors sur papyrus. Le papyrus était une plante des bords du Nil, mais on finit par utiliser aussi la moelle de roseaux pressée et réduite en feuilles. Accolées bout à bout, ces feuilles formaient des bandes (dix mètres pour l’Evangile de saint Luc) qu’on enroulait autour d’un bâton. Dès le second siècle on s’ingénia à plier les feuilles de papyrus à la façon d’un livre. Le papyrus est malheureusement très fragile; friable au sec, il se corrompt à l’humidité. Rien d’étonnant donc si les textes primitifs des livres ne se sont pas conservés longtemps, d’autant plus qu’il fallait sans cesse les dérouler pour les lire ou les transcrire. Le parchemin, fabriqué avec des peaux de chèvre et de mouton lissées, était presque inaltérable mais revenait fort cher : les trois cents feuilles doubles du Codex sinaïticus représentent un nombre égal de peaux.
2. Les plus vieux manuscrits de l’Ancien Testament qui nous étaient connus récemment encore ne datent guère que du neuvième siècle après Jésus-Christ. Le texte en est homogène. Les “ Massorètes “ (transmetteurs), les savants de l’époque, l’avaient soigneusement établi d’après la plus authentique tradition. Les découvertes réalisées, en 1947, près de la Mer Morte, révélèrent des manuscrits des principales parties de l’Ancien Testament, dont un assez grand nombre remontent à plusieurs milliers d’années, par exemple un manuscrit complet d’Isaïe, antérieur à Jésus-Christ.
Abstraction faite des erreurs de copistes, toutes ces découvertes confirment l’autorité des textes massorétiques.
L’Ancien Testament, à l’exception de quelques écrits postérieurs (les Livres des Macchabées, la Sagesse, existaient déjà au troisième siècle avant Jésus-Christ, témoin les anciennes versions que nous en possédons. Il y a la Version des Septante, écrite en grec ancien en Egypte pour les Juifs de la diaspora. (Septante, soixante-dix, nombre supposé des traducteurs.) En dépit des perturbations naturelles et de la “ chasse aux Saintes Ecritures “ pendant plusieurs siècles de persécutions (Dioclétien ordonnait encore en 303 de détruire tous les écrits des chrétiens), l’héritage réussit à se transmettre. Passé les persécutions, les manuscrits sur parchemin se multiplièrent. Les plus anciens, où figurent à peu près complets les textes de l’Ancien et du Nouveau Testament, sont le Codex Vaticanus, ainsi nommé parce qu’il se trouve à la Bibliothèque Vaticane, du IVème siècle, et le Codex Sinaïticus, presque aussi ancien, retrouvé au Sinaï par Tischendorf, en 1844, et actuellement au British Museum de Londres.
Au total il nous est parvenu 4680 manuscrits grecs du Nouveau Testament. Il y faut ajouter un nombre incalculable de petits papyrus du Nouveau Testament, datant du IIème au IVème siècle, exhumés au cours des dernières décades, des sables secs de l’Egypte, où ils étaient enfouis depuis plus de quinze siècles. Le plus important est sans doute un papyrus découvert en 1935 (papyrus 52), qui contient quelques versets du chapitre 18 de saint Jean. Ce fragment remonte, au dire des experts, à l’an 125. Par conséquent, l’Evangile de saint Jean était déjà répandu en Egypte 25 à 30 ans après sa composition. Un autre fragment de papyrus, remontant à 140, raconte l’histoire du tribut et la guérison du lépreux. En 1956, on a publié la première partie du papyrus 66, récemment découvert, contenant les dix-neuf premiers chapitres de l’évangile de saint Jean. Il date de l’an 200 environ. Très importante est aussi la série des 123 feuilles des papyri Chester Beatty, reproduisait des passages des Evangiles, des Actes des Apôtres, de l’Apocalypse et la plupart des Epîtres de saint Paul. Découverts en l930, ils proviennent du début du IIIème siècle, comme le prouve la paléographie.
3. Les versions anciennes confirment aussi l’authenticité des versions postérieures. Comme le christianisme se répandait dans des pays où le grec n’était pas parlé, il apparut bientôt nécessaire d’entreprendre des traductions en syriaque et en latin (IIème siècle), en éthiopien et en copte (IIIème siècle). Les douze Martyrs scillitains par exemple, qui souffrirent le 17 juillet 180, possédaient, comme en font foi les actes de leur martyre, les Epîtres de saint Paul et les Evangiles en latin. Nous connaissons plus de 9000 manuscrits de ces versions. (Au IVème siècle également, la Bible d’Ulfila.) En outre, nous connaissons plus de 1600 lectionnaires avec des extraits de la Bible pour l’office.
Enfin peuvent nous être encore utiles les nombreuses citations de l’antiquité. Clément de Rome, dans son épître aux Corinthiens, composée aux environs de 96, donc contemporaine de l’Evangile de saint Jean, cite déjà six fois les trois premiers Evangiles. Au temps de l’empereur Trajan, l’évêque Ignace d’Antioche, transporté de Syrie à Rome, où il fut exécuté en l’an 107, écrivit durant son voyage sept épîtres où figurent plusieurs citations des Evangiles et des Epîtres de saint Paul. Polycarpe, qui avait vu et connu saint Jean au temps de sa jeunesse, possédait déjà la collection complète des Epîtres de saint Paul, comme l’atteste son Epître aux Philippiens écrite peu après 110. Les oeuvres de Justin (vers 150) contiennent 300 citations de la Bible; Irénée (vers 180) en donne jusqu’à 1800; Clément d’Alexandrie, environ 2400. Tertullien (vers 200) cite 925 fois les Evangiles. Quarante ans plus tard, Origène écrivait des commentaires sur tous les livres du Nouveau Testament. On y trouve des citations scripturaires en I 8.000 endroits.
En résumé nous pouvons dire que les livres du Nouveau Testament se présentent à nous avec des garanties plus sérieuses que n’importe quel autre ouvrage de l’antiquité. Les plus anciens manuscrits de l’Iliade et de l’Odyssée du poète Homère (VIIIème siècle avant Jésus-Christ) datent du XIème siècle, par conséquent 1800 ans après leur composition. Pour les oeuvres de Platon, écrites entre 427 et 347 avant JésusChrist, le plus ancien manuscrit que nous possédions est de 895 de l’ère chrétienne, un écart de 1300 ans. Le plus ancien manuscrit d’Horace est du VIIIème siècle; celui de César est du Xème siècle, celui de Tacite, du XVème siècle, postérieur de 1400 ans au texte primitif. Le fragment le plus ancien du Nouveau Testament est postérieur de moins de trente ans à la date de sa composition; le manuscrit complet le plus ancien, de 250 à 300 ans.
4. Naturellement des fautes se sont glissées dans ces versions; parci parlà un mot répété, une lettre passée. Parfois, pour plus de clarté on a ajouté un mot. Au lieu de “ il dit “, exprimé en grec par un seul mot, on lit : “ Jésus dit “. Ces variantes finalement sont nombreuses; mais mises part les fautes et les substitutions de mots dont nous venons de parler, elles n’atteignent pourtant qu’un millième des textes du Nouveau Testament, et ces hésitations ne portent pas sur la substance du texte. La tradition historique est incertaine au sujet des derniers versets de l’Evangile de saint Marc et de l’histoire de la femme adultère (Jean, VII, 53s).
Chacune des lettres du Nouveau Testament a été scientifiquement examinée à la loupe. Aucun livre au monde n’a été si minutieusement étudié. Dans l’édition grecque de Nestle (évangélique) ou de Merk et Vogel (catholique) figure sous le texte l’appareil scientifique où sont notées toutes les variantes importantes de chaque verset, avec mention précise des manuscrits où elles se présentent.
L’antiquité ignorait les signes de ponctuation. On ne séparait pas les mots entre eux; les alinéas étaient presque inexistants. Le sectionnement en chapitres, toujours admis depuis, a été imaginé au début du XIIIème siècle par Stephen Langdon, chancelier de l’Université de Paris, puis archevêque de Canterbury et cardinal. La division en versets est due à l’imprimeur Robert Estienne qui l’inséra dans son édition du Nouveau Testament latin-grec, en 1551.
On compte par milliers les manuscrits qui reproduisent le texte de la Vulgate, partiellement ou dans sa totalité, et dans un état plus ou moins pur; 700 environ sont antérieurs au XIème siècle. C’est, semble-t-il, par le Psautier qu’on a commencé à traduire la Bible en français. Le premier, en dialecte normand, date des environs de l’an 1100. Après 1150, l’Apocalypse fut à son tour traduite dans le dialecte normand. Le siècle vit paraître une Bible française complète. Au XIVème et au XVème siècle remontent plusieurs autres versions de la Bible complète. Le XVIème siècle, le siècle de la Réforme, en fit paraître plusieurs nouvelles, dont celle de Le Fêvre, la célèbre “ Bible de Louvain “, en 1550.
La première Bible imprimée fut celle de Gutenberg - ou Bible Mazarine, du nom de la bibliothèque où elle se trouve - qui parut à Mayence, en 1455 OU 1456.
La première traduction de la Bible en français imprimée fut publiée à Paris vers 1487.
Certains livres de la Bible sont actuellement (1963) traduits et publiés en 1202 langues, soit 37% de plus qu’en 1961.