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La révélation surnaturelle de Dieu
M. l'abbé Francis Paul Cappiello


Au sujet de la Révélation de Dieu, il convient de distinguer la Révélation naturelle et la Révélation surnaturelle.

La Révélation naturelle est la Révélation de Dieu à travers les œuvres de la Création. L'univers est un grand Livre ouvert qui nous parle de Dieu. Les êtres de ce monde reflètent plus ou moins les perfections divines. Dieu offre aux hommes, dans les choses créées, un témoignage incessant sur Lui-même (Rm. 1,19-20). A travers les œuvres de la Création, c'est Dieu qui nous fait signe.

Il y a encore une révélation de Dieu à l'intime de l'homme. Dieu parle dans l'intime du cœur beaucoup plus qu'on ne le soupçonne ordinairement. La conscience qui dicte à l'homme la conduite à tenir et lui fait distinguer le bien du mal, en est une preuve manifeste. C'est ce qui explique la montée de certaines âmes, en dehors même du Christianisme. Cette révélation intime est déjà une aurore. A l'homme de ne pas se rendre opaque, mais de rester transparent à cette lumière qui veut l'imprégner tout entier.

 

Il y a enfin la révélation surnaturelle de Dieu dans le déroulement de l'Histoire. Il a plu à Dieu, dans sa Sagesse et sa Bonté, de se révéler en Personne et de faire connaître le mystère de sa Volonté (Eph. 1,9). Dieu s'est manifesté. Il s'est fait connaître aux hommes. Il a communiqué ses pensées, ses désirs, ses volontés. Dieu est intervenu dans l'histoire des hommes.

A travers l'histoire humaine se réalise une histoire sainte, une histoire d'amour, l'histoire de l'Amour de Dieu pour les hommes et de l'amour des hommes pour Dieu. Dieu s'ouvre à l'humanité, pour que l'humanité entre dans le circuit de Dieu et vive de Dieu.

Dieu a un dessein éternel sur le monde. La vie humaine a une signification. L'homme n'est pas le jouet d'un aveugle destin, mais chaque personne humaine, dans le grand jeu du monde, a une valeur et une vocation. L'histoire humaine a un sens, une destination providentielle. Elle est orientée vers le grand rassemblement de tous les élus, dans la Cité céleste, où Dieu sera Tout en tous.

La Révélation divine s'est faite en paroles et en actes, aussi bien par la prédication des messagers divins que par les événements de l'histoire de notre salut, paroles et actes qui se compénètrent et s'éclairent mutuellement.

La Révélation divine, en sa phase première, a commencé avec nos premiers parents. Après leur chute, Dieu leur a promis une Rédemption. La Révélation divine s'est poursuivie par l'assistance divine accordée à l'humanité. Elle a pris forme avec la vocation d'Abraham, destiné à devenir le Père d'une race élue, porteuse des promesses divines. Elle fut continuée, précisée par Moïse et les prophètes qui furent les porte-parole du Seigneur, en vue de la formation du Peuple de Dieu, qui préfigure et prépare' la venue du Sauveur.

« Après avoir à bien des reprises et de bien des manières, parlé jadis aux Pères par les prophètes, Dieu, dit saint Paul, en ces jours qui sont les derniers, nous a parlé par son Fils » (Héb. 1,1-2). Il a envoyé son Fils, le Verbe éternel, pour qu'il demeurât parmi les hommes et leur fît connaître les secrets de Dieu (Jn. 1,1-18). Notre Seigneur achève en la complétant, la Révélation. Il la confirme en attestant divinement que Dieu Lui-même est avec nous, pour nous arracher aux ténèbres du péché et de la mort, et nous ressusciter avec Lui. La profondeur de vérité que la Révélation manifeste, sur Dieu et sur le Salut de l'homme, resplendit pour nous dans le CHRIST, qui est à la fois le MÉDIATEUR et la plénitude de toute la révélation (cf. Vat.II).

A cette Révélation, nous devons adhérer d'une adhésion absolue, soumettant notre intelligence et notre volonté à Dieu qui parle. Nous le pouvons avec la grâce prévenante et aidante de Dieu, ainsi qu'avec les secours intérieurs du Saint-Esprit qui meut le cœur et le tourne vers Dieu, ouvre les yeux de l'esprit et donne la douceur de consentir et de croire à la vérité.

La Révélation de Dieu se présente avec des signes divins qui nous garantissent son authenticité.

Aux secours intérieurs de sa grâce, Dieu a voulu joindre des preuves extérieures de sa révélation : ce sont des faits divins, en particulier les prophéties et les miracles. Tout en nous montrant clairement la Toute Puissance et la Science infinies de Dieu, les prophéties et les miracles constituent des signes très sûrs de la Révélation divine à la portée de toutes les intelligences.

Une prophétie, au sens propre du mot, est la prédiction certaine d'un événement futur, qui ne peut d'aucune manière être connu par les causes naturelles. L'Ancien et le Nouveau Testament sont divinement marqués par la réalisation de prophéties.

Le miracle est un fait sensible, extraordinaire et divin. Le miracle se présente comme un signe de Dieu. Le miracle est le sceau de garantie de l'authenticité de la Révélation. Il est comme une signature divine qui nous atteste, nous confirme que c'est là l'œuvre de Dieu qui s'accomplit.

LA TRANSMISSION DE LA RÉVÉLATION DIVINE par LA SAINTE TRADITION, LA SAINTE ÉCRITURE et par LE MAGISTÈRE DE L'ÉGLISE.

La Révélation a été donnée pour le salut de toutes les Nations. Avec la même bienveillance, Dieu a pris des dispositions pour que cette Révélation demeurât toujours en son intégrité et fût transmise à toutes les générations.

Notre Seigneur Jésus-Christ, après avoir proclamé l'Évangile, a ordonné à ses apôtres de le prêcher à tous, comme la source de toute vérité salutaire et de toute règle morale. Les apôtres ont été fidèles à leur mission, par leur prédication, leur exemple et les institutions qu'ils devaient fonder. Ils ont transmis l'Évangile qu'ils ont reçu de la bouche, des entretiens et des actions du Christ, ou encore appris de l'Esprit-Saint qui le leur suggérait. Sous l'inspiration du Saint-Esprit, des apôtres et des hommes de leur entourage ont consigné par écrit le message du salut.

Mais, pour que l'Évangile fût toujours gardé intact et vivant dans l'Eglise, les apôtres ont laissé comme successeurs les évêques auxquels ils ont remis leur propre fonction d'enseignement. Les apôtres ont donc transmis ce qu'ils ont eux-mêmes reçu, et ils ont engagé les fidèles à garder les traditions qu'ils avaient apprises soit de vive voix, soit par écrit (2 Thess. 2,15).

La Tradition qui vient des apôtres fait, sous l'inspiration du Saint-Esprit, des progrès dans l'Église.

De même, qu'au cours des âges, les sciences humaines font des progrès, grâce aux études des savants qui arrivent à mieux connaître les lois qui régissent les êtres de l'univers, de même, avec le temps, l'Église prend mieux conscience des richesses du Dépôt révélé.

« La perception des choses, aussi bien que des paroles transmises s'accroît, soit par la contemplation et l'étude des croyants qui les méditent en leur cœur (cf. Luc 2,19 et 51), soit par la profonde intelligence qu'ils éprouvent des choses spirituelles, soit par la prédication de ceux-là qui, avec la succession épiscopale, reçurent un charisme certain de vérité » (Vat. II).

La veille de sa mort, Jésus disait à ses apôtres : « J'ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais vous ne pouvez pas les porter maintenant. Quand Il viendra, Lui, l'Esprit de Vérité, il vous conduira vers la vérité tout entière» (Jn. 16,12-13). Le Saint-Esprit qui couronna l'éducation des apôtres, poursuit de siècle en siècle l'éducation des générations chrétiennes.

Ainsi, les lumières se sont progressivement allumées à la conscience de l'Église. Ce qui était obscur et ambigu est précisé. Ce qui était encore dans l'ombre est éclairé. Ce qui était en discussion est défini. Ce qui était épars est réuni en un corps de doctrine. Il y a donc dans l'Église un développement, mais il n'y a pas de coupure avec le passé. Une continuité et une unité intérieure vitale subsistent. La croissance de l'Église est analogue à la croissance du germe qui se développe, se transforme même, sans cependant cesser d'être identique à lui-même. Le Christ a comparé le Royaume de Dieu à un grain de sénevé qui se développe et devient un grand arbre. Ainsi, l'Église, tandis que les siècles s'écoulent, tend constamment vers la plénitude de la divine Vérité, jusqu'à ce que soient accomplies en elle les paroles de Dieu.

TRADITION, ÉCRITURE et MAGISTÈRE.

La sainte Tradition et la sainte Écriture sont reliées et communiquent étroitement entre elles. Elles jaillissent de la même source qui est la PAROLE DE DIEU. « LA SAINTE ÉCRITURE est la Parole de Dieu en tant que, sous l'inspiration de l'Esprit Divin, elle est consignée par écrit » (Vat. II).

« LA SAINTE TRADITION est la Parole de Dieu, confiée par le Christ Seigneur et par l'Esprit-Saint aux apôtres, transmise intégralement à leurs successeurs, pour que, illuminés par l'Esprit de Vérité, en la prêchant, ils la gardent, l'exposent et la répandent avec fidélité » (Vat. II).

L'Église ne tire donc pas de la seule Écriture Sainte sa certitude sur le contenu total de la Révélation. D'ailleurs, au témoignage de Saint Jean, l'Écriture ne rapporte pas tous les détails de la vie de Jésus. L'apôtre conclut son Évangile par ces paroles : « Jésus a accompli encore bien d'autres actions. Si on les relatait en détail, le monde même ne suffirait pas, je pense, à contenir les livres qu'on en écrirait » (Jn. 21,25).

La sainte Tradition et la sainte Écriture doivent donc être reçues et vénérées avec un égal sentiment d'amour et de respect.

« La Sainte Tradition et la Sainte Écriture, dit le Concile Vatican II, constituent un unique dépôt sacré de la Parole de Dieu, confié à l'Église ; en s'attachant à lui, le peuple saint tout entier uni à ses pasteurs demeure constamment dans l'enseignement des apôtres et la communion fraternelle, la fraction du pain et les prières, si bien que, dans le maintien, la pratique et la confession de la foi transmise, s'établit entre chefs et fidèles, une singulière unité d'esprit ».

La charge d'interpréter de façon authentique la Parole de Dieu, écrite ou transmise, a été confiée au seul

Magistère vivant de l'Église dont l'autorité s'exerce au nom de Jésus-Christ. Pourtant ce Magistère n'est pas au-dessus de la Parole de Dieu mais il la sert, n'ensei­gnant que ce qui fut transmis, puisque par mandat de Dieu, avec l'assistance de l'Esprit-Saint, il écoute cette parole avec amour, la garde saintement et l'expose aussi avec fidélité, et puise en cet unique dépôt de la foi tout ce qu'il propose à croire comme étant révélé par Dieu.

Il est donc clair que la sainte tradition , la SAINTE ÉCRITURE et le MAGISTÈRE de l'ÉGLISE , par une très sage disposition de Dieu, sont tellement reliés et solidaires entre eux, qu'aucune de ces réalités ne se tient sans les autres, et que toutes ensemble, chacune à sa façon, sous l'action du seul Esprit-Saint, contribuent efficacement au salut des âmes.