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La science et l'évolution
Jacques Vauthier

Source : La Nef 

L’évolution est depuis Darwin un sujet qui déchaîne les passions. Plus qu’une théorie scientifique, elle s’apparente pour beaucoup à une idéologie. Qu’en est-il réellement d’un point de vue scientifique ? La notion même d’évolution est-elle compatible avec une vision chrétienne de l’origine de l’homme ? Telles sont les questions auxquelles ce dossier tente de répondre.
Tout homme cherche à organiser les observations qu’il fait; c’est l’activité scientifique primordiale. Le savant a donc une activité neutre tant qu’elle ne pose pas des interrogations éthiques du type : ai-je le droit de faire telle ou telle expérience ou ai-je le droit de créer tel ou tel outil qui peut avoir une utilisation néfaste pour mes contemporains ? Les commentaires pseudo-scientifiques que certains s’autorisent à faire doivent être soigneusement distingués des faits qui sont mis en évidence dans les laboratoires. Beaucoup de mythes sortent de cette absence de distinction dont le Big-Bang est un des archétypes contemporains. Quand on touche à la vie et surtout à l’homme, on voit poindre toute la subjectivité de ces hommes qui sont des savants dans leur branche mais qui veulent à tout prix que la théorie qu’ils échafaudent, recouvre la réalité et s’y substitue. L’anthropologie physique est certainement le domaine le plus vulnérable aux influences psychologiques. C’est donc dans ce contexte que nous devons relire l’histoire de la paléontologie et des théories de l’évolution qui ont été proposées essentiellement depuis le Siècle des Lumières, en étant vigilant sur ce qui est vraiment science et donc sur ce qui est le plus proche d’expériences reproductibles et peut être réfuté au sens de Karl Popper.
Si Aristote avait préparé, par un usage très judicieux de l’analogie, un début d’organisation des êtres vivants, il fallut attendre le XVIIIème siècle pour que Linné (1707-1778) propose une classification des différentes espèces végétales et animales connues à l’époque. 

Celui-ci en classa plus de neuf mille et l’on commença à voir plus clair dans l’étonnante diversité du vivant. Son travail eut un retentissement universel. En parallèle, Buffon (1707-1788), dans son opus magnum l’Histoire naturelle, est un des premiers à proposer une hypothèse évolutionniste. Il était un parmi d’autres qui souhaitaient affirmer leur indépendance d’esprit par des prises de positions matérialistes. Le fixisme voulait que les espèces ne varient pas. Mais des exemples de monstres dans les règnes animal et végétal étaient là pour s’inscrire en faux contre lui. On sait que Pierre-le-Grand à Saint-Pétersbourg avait la plus grande collection de tératologie de l’Europe… Seul Maupertuis (1698-1759) était partisan d’un mutationnisme proche de celui qui prévaut actuellement et interrogeait : « si tous les animaux d’une espèce étaient déjà formés dans un seul père ou une seule mère […] observerait-on ces alternatives de ressemblances ? » Dans un ouvrage intitulé Le Système de la nature, publié en 1751 à Erlangen, le savant philosophe prépare l’évolutionnisme du siècle suivant.
En 1809, Lamarck (1744-1829) proposa la première théorie explicative des différences : une girafe a un cou plus long que celui d’une antilope parce qu’elle s’est adaptée à la difficulté de manger les feuilles situées dans les arbres. Ce sont les « circonstances » – pour reprendre le terme de Lamarck – qui ont fait la différence. Cette théorie – dite adaptative ou lamarckiste du nom de son inventeur – allait susciter bien des controverses : comment les générations suivantes ont-elles entériné ces élongations du cou pour atteindre les feuilles les plus hautes et comment expliquer encore une stabilisation de la longueur du cou à une certaine taille ? Contre Lamarck, Cuvier (1769-1832) défend la théorie du fixisme : les espèces créées sont immuables.
Puis apparurent les premières interrogations sur les fossiles, ces pierres étranges 
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