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Vérité du christianisme
Joseph Ratzinger

Un colloque organisé, du 25 au 27 novembre 1999, par l'Université de Paris IV-Sorbonne à Paris sur le thème « 2000 ans après quoi ? » a réuni dix-huit intellectuels francais et étrangers, dont le cardinal Joseph Ratzinger, préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi. Il était le seul théologien catholique invité. Les débats ont mis en valeur l'apport décisif du Christianisme à deux mille ans de civilisation, dans ses différentes composantes philosophiques, éthiques, artistiques, et ont étudié ses chances d'avenir. Le cardinal J. Ratzinger a prononcé une conférence le samedi 27 novembre. En voici le texte :

Au terme du second millénaire, le Christianisme se trouve, précisément dans le domaine de son extension originelle, en Europe, dans une crise profonde, qui repose sur la crise de sa prétention à la vérité. Cette crise a une double dimension : tout d'abord se pose toujours plus la question de savoir s'il est juste, au fond, d'appliquer la notion de vérité à la religion, en d'autres termes s'il est donné à l'homme de connaître la vérité proprement dite sur Dieu et les choses divines. L'homme contemporain se retrouve bien mieux dans la parabole bouddhiste de l'éléphant et des aveugles : un roi dans le Nord de l'Inde aurait un jour réuni en un lieu tous les habitants aveugles de la ville. Puis il fit passer devant les assistants un éléphant. Il laissa les uns toucher la tête, en disant : c'est ça un éléphant. D'autres purent toucher l'oreille ou la défense, la trompe, la patte, le derrière, les poils de la queue. Là-dessus le roi demanda à chacun : comment c'est, un éléphant ? Et selon la partie qu'ils avaient touchée, ils répondaient : C'est comme une corbeille tressée... c'est comme un pot... c'est comme la barre d'une charrue... c'est comme un entrepôt... c'est comme un pilastre... c'est comme un mortier... c'est comme un balai... Là-dessus - continue la parabole - ils se mirent à se disputer, et en criant : « l'éléphant, c'est comme ci, c'est comme ça », ils se jetèrent l'un sur l'autre et se frappèrent avec les poings, au divertissement du roi. 

La querelle des religions apparaît aux hommes d'aujourd'hui comme cette querelle des aveugles-nés. Car face aux secrets du divin nous sommes, semble-t-il, nés aveugles. Le Christianisme ne se trouve en aucune manière pour la pensée contemporaine dans une position plus positive que les autres - au contraire, avec sa prétention à la vérité, il semble être particulièrement aveugle face à la limite de toute notre connaissance du divin, caractérisée par un fanatisme particulièrement insensé, qui prend incorrigiblement pour le tout le bout touché par l'expérience personnelle.

Ce scepticisme tout à fait général à l'égard de la prétention à la vérité en matière de religion est encore étayé par les questions que la science moderne a soulevées vis-à-vis des origines et des objets de la sphère chrétienne. La théorie de l'évolution semble avoir surclassé la doctrine de la création, les connaissances concernant l'origine de l'homme surclassé la doctrine du péché originel ; l'exégèse critique relativise la figure de Jésus et met des points d'interrogation vis-à-vis de sa conscience de Fils ; l'origine de l'Église en Jésus apparaît douteuse, et ainsi de suite. La « fin de la métaphysique » a rendu problématique le fondement philosophique du Christianisme, les méthodes historiques modernes ont mis ses bases historiques dans une lumière ambiguë. Aussi est-il facile de réduire les contenus chrétiens à un discours symbolique, de ne leur attribuer aucune vérité plus haute que les mythes de l'histoire des religions - de les regarder comme un mode d'expérience religieuse qui aurait à se placer humblement à côté d'autres. En ce sens on peut encore - à ce qui semble - continuer à rester chrétien ; on se sert toujours des expressions du Christianisme, dont la prétention, bien sûr, est transformée de fond en 
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