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L'inquisition : la légende noire
Didier leserf

Source : La Nef n°46 - janvier 1995

Haines, cachots, tortures, bûchers… autant d’images associées, presque automatiquement à l’Inquisition. Ces images ont depuis longtemps trouvé leurs manifestations littéraires et cinématographiques. A côté des images, un grand nombre d’attaques dirigées contre l’Eglise s’appuient sur le fantôme de l’Inquisition. Or, les catholiques, quand ils ne sont pas du côté de leurs propres accusateurs, ne savent généralement pas leur répondre. Nous voudrions ici indiquer quelques pistes, non pour affirmer que l’Inquisition fut chose excellente, mais pour ne pas la condamner sur de faux motifs.

Les accusations portées contre l’Inquisition (il vaudrait mieux dire : les Inquisitions) sont de trois ordres, selon qu’elle est considérée en elle-même, comme un instrument de l’Eglise, ou comme un modèle de pratiques totalitaires.

Bûchers, tortures et cachots ?

Rien n’était plus spectaculaire, sans aucun doute, que les autodafés des Inquisitions espagnole ou portugaise, ou que leur modèle médiéval, le Sermo generalis. C’est au cours de ces cérémonies, après une prédication ponctuée d’actes de foi de l’assistance, qu’étaient prononcées les peines envers les condamnés. Elles se concluaient par la remise au bras séculier, c’est-à-dire au bûcher, des plus obstinés dans l’erreur.
Les bûchers furent nombreux. Du XIIème à la fin du XVIIIème siècle, il ne se passa pas d’année sans brûlement. On est loin cependant de ce qu’a fait croire une propagande, née principalement dans les Pays-Bas protestants révoltés contre l’Espagne, et qui fut reprise sans esprit critique jusqu’à ce siècle. On a parlé, pour le seul Torquemada, de 100 000 victimes, puis de 45 000. Des études sérieuses ont ramené ce chiffre à 400 environ, pour les dix premières années de l’Inquisition espagnole, qui furent les plus meurtrières. Le total des victimes de l’Inquisition est, semble-t-il (il n’y a pas encore de bilan global sûr), inférieur – en six siècles – à celui de la Terreur de 1793-94. 


D’ailleurs, même si les études comparatives manquent, il ne faut pas oublier que, en même temps que les tribunaux inquisitoriaux, d’autres justices pourchassaient les déviants et les sorciers : les justices laïques ont fonctionné d’une manière beaucoup plus sanglante, parce que le souci du salut du coupable leur était étranger.
On pourrait aussi amodier sérieusement l’image que l’on se fait de la réclusion perpétuelle. Parfois atroce, elle fut le plus souvent aménagée, dans son régime d’application ou commuée. Rares sont ceux qui purgèrent jusqu’à la fin de leurs jours cette peine, surtout quand furent passés les premiers temps des grandes répressions. Les manuels des inquisiteurs eux-mêmes prévoient des assouplissements. Le régime carcéral de l’Inquisition pourrait à certains égards passer pour la préfiguration du nôtre, non seulement pour les remises de peine, mais aussi pour les permissions et les peines de substitution – toutes choses inconnues alors des tribunaux laïcs.

C’est notamment que la répression ecclésiastique était modérée par une procédure qui présentait nombre de garanties pour les accusés. L’usage de la torture, finalement autorisé par Innocent IV en 1254, était strictement limité par l’application littérale de la maxime : « l’Eglise a horreur du sang », et par l’interdiction d’exposer la victime à la mutilation et à la mort. Il ne pouvait être décidé sans l’accord de l’évêque du lieu. Plusieurs jours devaient s’écouler entre deux séances, et les aveux ainsi obtenus ne valaient que s’ils étaient confirmés librement par la suite. Ce qui fait que l’emploi des instruments, loin d’être systématique, faisait l’objet d’une réflexion attentive. C’est d’ailleurs parmi les inquisiteurs que leur utilité fut mise en doute pour la première fois, en un temps où ils étaient presque systématiquement utilisés par toutes les justices laïques.

On insiste souvent 

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