Des excès, il y en a eu puisqu’elle était composée d’hommes. Mais si peu, comparés aux excès d’autres institutions humaines qu’il y a quelque chose d’énigmatique dans le rejet qu’elle provoque. Sans compter qu’elle a été pensée, fondée, animée par des personnes à la sainteté reconnue. On ne peut pas alors se contenter de dire : autres temps, autres mœurs, car ce serait un déni de justice historique et une imputation d’irrationalité. Or c’est cela qui est problématique.
A s’en tenir au plan des principes, l’Inquisition a poursuivi deux objectifs : d’abord défendre la foi chrétienne, et spécialement la foi des humbles; ensuite maintenir grand ouvertes les sources de la vie civile, spécialement en faveur des simples, en jugeant équitablement.
1. Défense de la Foi
Aujourd’hui que la foi chrétienne est devenue si rare que, pour un peu, nous la protégerions comme les mouflons des Alpes en voie de disparition, nous imaginons volontiers que l’Inquisition avait pour but de forcer les gens à croire.
Mais on ne force jamais personne à croire.La foi est un don gratuit, un don divin, un don merveilleux qui répand sur les hommes et les choses et le monde un air de gratuité, de tendresse et de beauté dont témoignent aujourd’hui encore tant d’églises romanes.
A la fin du XIIème siècle, tout le monde en France recevait ce don au berceau, et vivait, et grandissait par lui. Le refuser, une fois parvenu à l’âge adulte, était d’abord une ingratitude, un vol, une trahison. Et dans la mesure où ce don était à la source de toute vie, personnelle et civile, retourner ce don contre le donateur et les donataires signifiait subvertir de fond en comble tous les aspects de la vie.
Peu dangereuse tant qu’elle restait propre à ses auteurs et mortelle seulement pour eux, cette subversion devenait, en outre, mortifère pour les humbles dès lors qu’on se livrait à quelque prosélytisme.
Le principe de l’Inquisition procède d’abord de l’amour jaloux d’une mère pour ses enfants qu’elle voit menacés par des traîtres, et d’autant plus jaloux que les enfants sont plus vulnérables et les criminels plus inexcusables.
Evidemment, si la foi est uniquement une conviction individuelle, on l’a ou on ne l’a pas. On la garde ou on la perd à volonté, comme un sac de billes. Il n’y aura là rien de répréhensible. Et puis, les hommes sont égaux, ce sera un épouvantable attentat contre l’égalité que de prétendre défendre les petits contre les grands. Mais dès lors qu’il y a des agneaux et des loups, que peut-on reprocher aux bergers et aux chiens ? aux domini-canes ?
Surtout que les loups, qui encore une fois n’étaient pas des païens hâtivement convertis, mais des chrétiens engendrés, nourris, fortifiés dans la foi de l’Eglise, prétendaient fermer à tous les sources de l’eau vive. Ils proliféraient. Et, voulant occuper toute la vie publique, se flattaient d’en chasser qui n’était pas comme eux.
2. Des jugements équitables
Or la vie publique la vie sociale, c’est là que s’abreuvent, que s’alimentent les obscurs, les sans-grade, qui n’ont pas le temps, l’intelligence, l’héritage familial pour leur permettre de résister ou de faire la part des choses. Que les savants et les puissants du siècle chassent la foi de la vie publique, ce sont les brebis, ce sont les agneaux qui périront de faim et de soif.Dès lors que l’hérésie cathare se répandait en conséquences intellectuelles, sociales, familiales, tous ceux qui avaient part à la vie publique étaient touchés. « Ils n’en mouraient pas tous, mais tous étaient frappés ». La réaction populaire ne