La crise française actuelle m’invite à une réflexion sur le sens travail. Il me semble, en effet, que certains archaïsmes typiquement français faussent la conception et la notion même du travail.
Pour bien comprendre le travail, il faut regarder en parallèle le récit de la Création et la vie cachée du Christ. « Soyez féconds, multipliez, emplissez la Terre et soumettez-là. » Gn 1, 28 Nous nous situons là avant la chute qui n’intervient qu’en Gn 3. Ce qui veut dire que le travail n’est pas issu du péché originel. C’est le travail pénible qui est issu de la chute. Le travail, au contraire, est un commandement divin. C’est le deuxième qui soit adressé à l’homme. Après l’ordre de fécondité, avant la défense du fruit, l’homme a le devoir de travailler.
A y regarder de plus près, le travail n’est autre qu’une participation à la création divine. Nous ne créons rien. Ceci n’est pas en notre pouvoir. Nous agissons à partir de la création. Le génie humain n’est pas créateur, mais participation à l’œuvre divine. Quoique nous fassions, notre travail sera toujours une action sur la nature et à partir d’elle. Ce qui veut dire que mon action sera constructrice ou destructrice. Et ainsi, je suis responsable de mes actes envers la nature, car j’ai le pouvoir de faire des choix qui orienteront mon activité et au-delà, détermineront le Bien Commun. Car, au final, si le travail est un acte personnel, il n’est autre que ma contribution au Bien Commun. Le travail est donc un devoir. Il est un dû à la collectivité.
Mais il est également constitutif de l’homme. Dans l’acte créateur que nous rappelions à l’instant, l’homme reçoit la vie, le pouvoir de se reproduire et l’injonction de travailler. Il est donc inhérent à l’homme de travailler. Aussi, le caractère personnel du travail doit-il être mis en évidence. La personne humaine du travailleur se trouve engagée avec tout ce qu’elle est dans son travail. Ce qui fait que celui-ci est l’expression de la personne humaine, mieux que toute autre chose.