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La question du travail aujourd'hui
Cyril Brun
Historien, spécialiste de la Doctrine Sociale de l'Eglise

Source : Blog de Cyril Brun 12/05/2006

La crise française actuelle m’invite à une réflexion sur le sens travail. Il me semble, en effet, que certains archaïsmes typiquement français faussent la conception et la notion même du travail.
Pour bien comprendre le travail, il faut regarder en parallèle le récit de la Création et la vie cachée du Christ. « Soyez féconds, multipliez, emplissez la Terre et soumettez-là. » Gn 1, 28 Nous nous situons là avant la chute qui n’intervient qu’en Gn 3. Ce qui veut dire que le travail n’est pas issu du péché originel. C’est le travail pénible qui est issu de la chute. Le travail, au contraire, est un commandement divin. C’est le deuxième qui soit adressé à l’homme. Après l’ordre de fécondité, avant la défense du fruit, l’homme a le devoir de travailler.
A y regarder de plus près, le travail n’est autre qu’une participation à la création divine. Nous ne créons rien. Ceci n’est pas en notre pouvoir. Nous agissons à partir de la création. Le génie humain n’est pas créateur, mais participation à l’œuvre divine. Quoique nous fassions, notre travail sera toujours une action sur la nature et à partir d’elle. Ce qui veut dire que mon action sera constructrice ou destructrice. Et ainsi, je suis responsable de mes actes envers la nature, car j’ai le pouvoir de faire des choix qui orienteront mon activité et au-delà, détermineront le Bien Commun. Car, au final, si le travail est un acte personnel, il n’est autre que ma contribution au Bien Commun. Le travail est donc un devoir. Il est un dû à la collectivité.
Mais il est également constitutif de l’homme. Dans l’acte créateur que nous rappelions à l’instant, l’homme reçoit la vie, le pouvoir de se reproduire et l’injonction de travailler. Il est donc inhérent à l’homme de travailler. Aussi, le caractère personnel du travail doit-il être mis en évidence. La personne humaine du travailleur se trouve engagée avec tout ce qu’elle est dans son travail. Ce qui fait que celui-ci est l’expression de la personne humaine, mieux que toute autre chose. 


Cette distinction est capitale, car à l’inverse du socialisme pour qui l’homme a une dignité parce qu’il travail, nous pouvons affirmer que la dignité du travail est dans la personne. Le travail est un acte humain. Et il faut qu’il le demeure. L’homme ne peut être assimilé à une machine ou à une bête dans son travail. Il convient donc que les conditions de travail respectent la dignité humaine dans sa totalité. En second lieu le travail est nécessaire pour respecter la dignité humaine. L’homme n’est pas un animal qui attend le fourrage. Il doit être autonome pour sa survie et le travail est la garantie de cette autonomie. Chaque homme a le devoir que lui imposent la nature et donc son créateur de conserver l’existence. Il a donc un droit naturel à trouver dans son travail le moyen de faire vivre sa famille.
Mais, arrêtons-nous un instant afin de considérer le travail à l’aune de la dignité humaine. Depuis plusieurs années, en France particulièrement, nous assistons au retour en force d’une dévalorisation du travail. Dans l’antiquité, et sous d’autres formes jusqu’à la révolution industrielle, le travail possédait une valeur intrinsèque. C'est-à-dire qu’il avait valeur par lui-même. De là découlait une dignité inégale dans le travail. Un travail manuel était considéré, par essence, moins digne qu’un travail intellectuel ou militaire. La dignité du travailleur s’en trouvait, de fait affectée. Et finalement c’est le travail qui qualifiait, pour partie la dignité de l’homme. L’exemple de l’esclave dans l’antiquité est assez expressif. Le christianisme a tout de suite donné à l’homme une dignité propre, indépendante du travail ou de la position sociale. Dès lors le travail ou la place dans la société surajoutait ou non une dignité supplémentaire à la dignité fondamentale de la personne humaine. L’ère industrielle, sans renier la dignité essentielle de l’homme a surdimensionné, à nouveau, la dignité du travail, au point qu’elle 
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