L’actualité et les hasards du calendrier liturgique se rejoignent parfois de façon admirable. Je vous avais promis, il y a deux semaines, une suite plus approfondie du sens du travail. Le sujet demeure vaste, et bien des aspects du travail s’entrecroisent pour tisser une réalité tout aussi complexe qu’organique. Je reste conscient du caractère très incomplet des lignes que je vous propose aujourd’hui, Vendredi Saint. C’est à la lumière de la Croix du Christ que je souhaite aborder une de ces multiples mailles qui constituent le manteau du travail. Je ne m’arrêterai donc pas sur bien des acceptions techniques, philosophiques et anthropologiques que d’autres réflexions ultérieures viendront peut-être compléter au gré de l’actualité.
« L’Eglise voit qu’elle a le devoir particulier de former une spiritualité du travail susceptible d’aider tous les hommes à s’avancer grâce à lui vers Dieu. Créateur et Rédempteur…. [1]» La spiritualité du travail repose sur trois données bibliques fondamentales que développe Jean-Paul II dans son encyclique sur le travail Laborem Exercens (LE). Le travail est d’abord une participation à l’œuvre créatrice de Dieu (LE 25), c’est ensuite une imitation du Christ ( LE 26) et c’est enfin une participation à la Croix rédemptrice. (LE 27) Je passerai rapidement sur les deux premiers aspects pour m’attarder un peu plus en ce Vendredi Saint sur la dimension salvifique du travail humain.
Il n’est pas difficile de comprendre en quoi l’homme image de Dieu est un être responsable et intelligent. Dans cette image responsable et intelligente, l’homme inscrit sa ressemblance à l’être divin par une similitude dans l’agir. Si Dieu agit et si l’homme est image de Dieu, alors l’agir de l‘homme est une image de l’agir divin. Le travail humain est donc une reproduction de l’acte créateur de Dieu, dans la parfaite continuité du commandement originel de soumettre la terre (Gn 1,28).