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La spiritualité du travail
Cyril Brun
Historien, spécialiste de la Doctrine Sociale de l'Eglise

Source : Blog de Cyril Brun 12/05/2006

L’actualité et les hasards du calendrier liturgique se rejoignent parfois de façon admirable. Je vous avais promis, il y a deux semaines, une suite plus approfondie du sens du travail. Le sujet demeure vaste, et bien des aspects du travail s’entrecroisent pour tisser une réalité tout aussi complexe qu’organique. Je reste conscient du caractère très incomplet des lignes que je vous propose aujourd’hui, Vendredi Saint. C’est à la lumière de la Croix du Christ que je souhaite aborder une de ces multiples mailles qui constituent le manteau du travail. Je ne m’arrêterai donc pas sur bien des acceptions techniques, philosophiques et anthropologiques que d’autres réflexions ultérieures viendront peut-être compléter au gré de l’actualité.
« L’Eglise voit qu’elle a le devoir particulier de former une spiritualité du travail susceptible d’aider tous les hommes à s’avancer grâce à lui vers Dieu. Créateur et Rédempteur…. [1]» La spiritualité du travail repose sur trois données bibliques fondamentales que développe Jean-Paul II dans son encyclique sur le travail Laborem Exercens (LE). Le travail est d’abord une participation à l’œuvre créatrice de Dieu (LE 25), c’est ensuite une imitation du Christ ( LE 26) et c’est enfin une participation à la Croix rédemptrice. (LE 27) Je passerai rapidement sur les deux premiers aspects pour m’attarder un peu plus en ce Vendredi Saint sur la dimension salvifique du travail humain.
Il n’est pas difficile de comprendre en quoi l’homme image de Dieu est un être responsable et intelligent. Dans cette image responsable et intelligente, l’homme inscrit sa ressemblance à l’être divin par une similitude dans l’agir. Si Dieu agit et si l’homme est image de Dieu, alors l’agir de l‘homme est une image de l’agir divin. Le travail humain est donc une reproduction de l’acte créateur de Dieu, dans la parfaite continuité du commandement originel de soumettre la terre (Gn 1,28). 

Le travail humain, tout en étant essentiel à la dignité de l’homme parce qu’il lui permet d’exercer sa responsabilité et son intelligence, est également un acte d’obéissance à Dieu. Mais ce commandement divin a lui-même pour fondement la dignité de l’homme. En commandant à l’homme de travailler, Dieu le maintient dans la réalisation de sa dignité humaine. Ce commandement, comme tout commandement divin, n’est pas asservissant ou humiliant ; au contraire, il est créateur et libérant car il pose l’homme dans l’être même et lui permet d’exister en tant qu’homme. Il n’est qu’à regarder la lente déchéance des chômeurs de longue durée pour reconnaître le bien fondé de l’ordre divin originel. Le travail humain est donc un acte spirituel faisant partie intégrante de la construction de la dignité propre de chaque homme et, par elle, de la ressemblance à Dieu. « Par son travail, l’homme doit imiter Dieu son Créateur, parce qu’il porte en soi, et il est le seul à le faire, l’élément particulier de ressemblance avec lui. L’homme doit imiter Dieu lorsqu’il travaille comme lorsqu’il se repose étant donné que Dieu lui-même a voulu lui présenter son œuvre créatrice sous la forme du travail et sous celle du repos. Cette œuvre de Dieu dans le monde continue toujours, comme l’attestent ces paroles du Christ : ‘Mon Père agit toujours…’[2] Il agit par sa puissance créatrice, en soutenant dans l’existence le monde qu’il a appelé du néant à l’être, et il agit par sa puissance salvifique dans les cœurs des hommes qu’il a destinés dès le commencement au repos[3] en union avec Lui dans la maison du Père[4]. C’est pourquoi le travail de l’homme (…) doit laisser un 
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