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Saint Louis ou la politique inspirée
Jean Malmezat

Source : La Nef n°64 - avril 1997

Selon le Duc de Lévis Mirepoix, « saint Louis représente la plus complète et la plus parfaite réalisation de ce que le Moyen Age a voulu faire de l’homme ».Certes, il existe des rois et des ministres qui semblaient précéder leur époque, tandis que d’autres survivaient à la leur. A la vérité saint Louis est à la fois de ceux-ci et de ceux-là : il domine son siècle et il illumine le nôtre.A l’heure actuelle bon nombre de nos concitoyens prétendent vouloir « vivre avec leur temps », estimant que, pour ne pas avoir à rougir dans ce monde où nous évoluons, il n’est de meilleure solution que l’oubli pur et simple d’un passé qui fit notre grandeur. Or, si les princes qui nous gouvernent se livraient à une réflexion honnête, sérieuse, commandée par un avenir des plus angoissant, ils seraient à même de constater – à la lumière de l’Histoire – que le monde de saint Louis et notre « société de consommation » – tous deux en pleine mutation – offrent à plus de sept siècles de distance bien des points de ressemblance.Tout au long de son règne, Louis IX recherche avant tout de recourir à Dieu en permanence, à vivre de Dieu et de faire vivre en Dieu et par Dieu le peuple de France, dans le seul but de proclamer au monde le message évangélique.D’assez bonne heure en effet, il lui apparaît souhaitable que l’Angleterre entre dans l’orbite d’une communauté européenne, de façon que son roi, Plantagenet Gongevin, ne soit plus considéré comme un ennemi irréductible et revanchard. A bonne preuve, « l’entrave d’Amiens » : Henri III Plantagenet, en querelle avec ses barons, convient avec eux de prendre le roi de France pour arbitre et de plaider devant lui. Dans la cathédrale d’Amiens, aux termes d’une sentence solennelle, saint Louis sauvegarde envers et contre tout la dignité royale, tout en maintenant les libertés consenties dans les anciennes chartes par la coutume anglaise.« Il ne veut et ne voit de solution pacifique que dans l’abandon de ses prétentions territoriales ». 

Au surplus, dès qu’il désire récupérer les territoires occupés par son ancêtre Philippe Auguste, qui au milieu du XIIème siècle avaient constitués la dot apportée par Aliénor d’Aquitaine au souverain anglais, s’apercevant que celui-ci, marié avec la sœur de Marguerite de Provence, se trouve être son beau-frère, il ne veut et ne voit de solution pacifique que dans l’abandon de ses prétentions territoriales.Contrairement à l’avis des gens de la Curia Magis, il ne recherche qu’à parapher un juste traité susceptible de rapprocher les rois chrétiens, liés par le sang, tout en contrecarrant la volonté anglaise d’établir sur les terres que le Plantagenet possède en France les droits souverains découlant de sa propre couronne. Il préfère rétrocéder à Henri III une partie des conquêtes de Bouvines, obligeant son rival, par ce biais, à lui faire reconnaître la suzeraineté du Roi de France.Une ère de paixEn effet, par ce traité de Paris du 28 mars 1258, l’acte diplomatique le plus important du règne – alors si décrié – saint Louis place le roi d’Angleterre dans « l’hommage accoutumé de France », tout en assurant une ère de paix entre les deux pays, telle que deux unions en découleront jusqu’au XIVème siècle.Cette politique de concessions sur laquelle tendent à se fondre des alliances, n’est-elle pas à la mode de nos jours ? Encore faudrait-il qu’un esprit chrétien active la recherche de la solution ! Tel est le but de cet arbitre de l’Europe dont le secret est de « chercher avant tout le royaume de Dieu et sa justice » en sachant bien que « le reste vous sera donné par surcroît ».Quel reste ? répondent nos détracteurs. Et la voix de l’Histoire de répondre : « L’hégémonie, le prestigieux rayonnement de ce XIIIème siècle français, édifié sur une foi solide qui permet toujours à la France, nation prédestinée, de continuer à porter, comme par le passé, le nom de Jésus-Christ devant tous les peuples et tous les rois de la terre » (saint Pie X).