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Immigration : la mission de l'Église
Joseph Joblin

le lundi 1 mai 2006

Le projet de loi Sarkozy relatif à l'immigration et l'intégration suscite un tollé de la part d'associations chrétiennes. Bien qu'il s'agisse d'une option politique très contingente, des prélats le critiquent ouvertement. Que dit l'Eglise sur le phénomène des migrations ? Voici quelques remarques pour aider à une étude plus systématique des problèmes posés aux Eglises et aux autorités publiques*.

LES FLUX MIGRATOIRES ont toujours existé et le brassage de populations qu'ils ont entraîné a été souvent bénéfique. Toutes les civilisations sont le fruit d'une symbiose entre des courants culturels différents.

2. L'Europe a été elle-même, au cours de l'histoire, contrée aussi bien d'immigration que d'émigration.

3. Il n'y a pas à s'étonner qu'elle soit à présent terre d'immigration ; elle a elle-même attiré une main d'œuvre étrangère abondante pour soutenir son développement économique et apparaît à des populations qui prennent conscience de leur misère comme un Eldorado.

4. La question des migrations a pris un caractère nouveau en Europe au cours de la seconde moitié du XXe siècle : le nombre des migrants, leur religion (souvent islamique), leurs coutumes étrangères à celles de l'Europe n'ont pas permis leur intégration dans la communauté nationale au rythme régulier qui avait été maintenu jusque là avec des populations cultivées, en majorité d'origine européenne et de souche chrétienne. Seule une frange d'immigrés ayant bénéficié d'une éducation supérieure à l'époque coloniale a trouvé une place dans les sociétés européennes ; il faut constater que la masse de travailleurs non qualifiés vit à part des communautés nationales dans une situation souvent marginale.

Le souci de l'Église pour les migrants

5. De forts mouvements migratoires d'Europe vers les Amériques ont eu lieu dans la seconde moitié du XIXe siècle. L'Église a organisé la migration de populations irlandaises, de même l'association St-Raphaël fut créée en Allemagne (1871) dans un but analogue. 

On sait par ailleurs que Mgr Scalabrini fonda une congrégation religieuse pour aider les migrants italiens dans leur voyage et au moment de leur intégration dans le pays hôte ; ce faisant, l'Église a répondu à sa mission de témoigner de sa sollicitude pour des populations en difficulté.


6. Il n'est donc pas surprenant que l'Église et les différentes Églises locales manifestent aujourd'hui leur préoccupation à l'égard des travailleurs et de leurs familles qui ont migré vers Europe et se trouvent marginalisées. L'Église a toujours eu le souci de dénoncer les causes de telles situations ; ici le manque de main d'œuvre dû à la dénatalité, l'échec de la politique internationale pour assurer le développement de tous les États et de tous les peuples, le manque d'attention de la majorité des populations occidentales à la situation précaire des populations migrantes, etc. Il ne fait pas de doute que l'un des devoirs des Églises locales en Europe est d'attirer l'attention sur la "misère imméritée" (expression de Léon XIII) d'une grande partie des populations immigrées et d'inciter les politiques et les citoyens des démocraties européennes à réfléchir sur les moyens d'y remédier.

Mise en œuvre des exigences morales

7. La mise en œuvre des exigences morales que rappelle l'Église dépend des choix que feront les responsables politiques entre différents types possibles d'action. Le discours de Pie XII aux juristes catholiques italiens en 1953 (6 décembre) évoque la difficulté de cette tâche du fait que nombre de circonstances ne permettent pas de traduire en loi toutes les exigences de la morale.

8. La question des migrations place l'Occident devant un problème très difficile à résoudre car les décisions qui seront prises devront concilier les droits des immigrés à franchir frontières, à pratiquer leur religion comme à garder leurs coutumes et leur langue avec ceux de la 
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