christicity.com Bibliothèque Ce qu'enseigne l'Eglise Le contenu de la foi Dieu
La Miséricorde divine
M. l'abbé Francis Paul Cappiello

Les merveilles de son amour miséricordieux

La Miséricorde est l'épanouissement suprême de l'Amour divin. Dieu est Amour. Dans la Trinité tout est élan et don d'Amour. Et quand Dieu agit en dehors de Lui, c'est pour faire rayonner cet Amour. C'est un premier don d'Amour que de nous appeler à l'existence. C'en est un autre que de nous prédestiner à être ses enfants. Et c'est le comble de cet Amour, qu'après avoir répondu à ses dons par ce refus d'aimer qui s'ap­pelle le péché. Dieu ait consenti à nous pardonner, à nous réhabiliter comme ses enfants, à nous rendre les moyens de gagner le ciel, tout cela au prix infini des souffrances et des mérites de son Fils Incarné.

Qu'a-t-il fallu à l'Amour infini de notre Dieu et de notre Père, pour qu'il puisse nous multiplier ainsi ses dons ? Il a fallu qu'il eût pitié de notre misère, et que cette pitié fît appel à tous les moyens extrêmes que ren­ferment l'Incarnation et la Rédemption. Sur les innombrables misères de l'humanité pécheresse, Dieu répand la surabondance de sa Miséricorde. L'attitude de Dieu devant le pécheur repentant est une attitude de miséricorde, de pardon et d'amour.

La Miséricorde divine est le thème que nous trouvons le plus souvent développé dans l'Ancien Testament.

C'est déjà par ce moyen que Dieu essayait le plus sou­vent de toucher et de ramener son Peuple tant de fois infidèle. Au repentir sincère, les prophètes promettent partout le Pardon. Le pardon est l'œuvre où Dieu se complaît. « Je ne prends pas plaisir à la mort du méchant, dit le Seigneur ; mais au retour du méchant qui change de voie pour avoir la vie. Revenez, revenez de votre voie mauvaise. Pourquoi mourriez-vous, mai­son d'Israël ? » (Ez. 33.il). « La méchanceté du méchant ne le fera pas succomber, au jour où il renoncera à sa méchanceté » (Ez. 33.12). « Si le méchant se détourne de tout son péché, s'il observe toutes mes lois, s'il pratique le droit et la justice, celui-là vivra ! Il ne mourra pas ! Aucune des méchancetés qu'il a faites ne sera retenue contre lui. A cause de la justice qu'il aura pratiquée, il vivra. Est-ce la mort du pécheur que Je désire ? Parole du Seigneur Dieu ! N'est-ce pas plutôt qu'il se détourne de sa conduite et qu'il vive ? » (Ez. 18.21 23).

« C'est Moi, dit le Seigneur, Moi qui efface tes fautes, et Je ne me souviendrai plus de tes péchés » (is. 43.25). « Quand vos péchés seraient comme l'écarlate, comme neige ils blanchiront ; quand ils seraient rouges comme la pourpre, comme laine ils deviendront » (Is. 1,18).

L'auteur de la Sagesse déclare : « Seigneur, tu as pitié de tous les hommes, parce que tu peux tout. Tu fermes les yeux sur leurs péchés, pour qu'ils se convertissent...

Ceux qui tombent, tu les reprends peu à peu, tu les avertis, tu leur rappelles en quoi ils pèchent, pour qu'ils se détournent du mal, et qu'ils puissent croire en Toi, Seigneur » (Sag. 11,23 ; 12,1-2).

Dieu ménage un large pardon à ceux qui reviennent à Lui. Dans le livre de Sirac, le Sage, il est écrit : « Qu'elle est grande, la miséricorde du Seigneur" son pardon pour ceux qui se tournent vers Lui ! » (Si. 17,29).

Le psaume 102 exalte la Miséricordieuse tendresse de Dieu. « C'est Lui qui te pardonne toutes tes offenses, qui te guérit de toute maladie, qui réclame ta vie à la fosse, qui te couronne d'amour et de tendresse, qui t'épanouit dans la fleur de l'âge, et tu rajeunis comme l'aigle...

Le Seigneur est tendresse et pitié, lent à la colère et plein d'amour ; II ne fait pas un perpétuel procès, ne maintient pas toujours ses reproches. Il n'agit pas envers nous selon nos fautes, ne nous rend pas selon nos offenses. Autant les cieux dominent la terre, autant est fort son amour pour qui l'adore. Aussi loin qu'est l'Orient de l'Occident, II éloigne de nous nos péchés. Comme est la tendresse d'un Père pour ses fils, tendre est le Seigneur pour qui l'adore ».

« Rendez grâce au Seigneur, car II est Bon, car éter­nel est son Amour !...» Lui seul a fait de grandes mer­veilles, car éternel est son Amour ! (Ps. 135). L'histoire d'Israël est en effet une suite ininterrompue de bien­faits, d'actes miséricordieux. Dans son Magnificat, la Très Sainte Vierge Marie le proclame : « Sa Miséricor­de s'étend d'âge en âge sur ceux qui le craignent ».

Avec Notre Seigneur Jésus-Christ, la Miséricorde divine se révèle dans toute sa splendeur. JÉSUS est LA MISÉRICORDE, le PARDON, 1'AMOUR . Lui-même se définit comme le Bon Samaritain qui porte secours au voyageur couvert de blessures. Jésus annonce le joyeux message de la rémission des péchés. Il est précisément venu pour guérir non pas les bien-portants mais les malades. Le Fils de l'homme est venu pour chercher et sauver ce qui était perdu. Il mange avec les pécheurs et se laisse appeler leur ami. Il apporte à tous la paix de la conscience. La Volonté du Seigneur est que tous soient sauvés.

La parabole du Bon Pasteur, nous donne une idée de l'indulgente et patiente Bonté de Dieu, et du prix qu'il attache à chacun de nous. Lorsqu'une brebis quitte le troupeau et s'égare, le Bon Pasteur part aussitôt à sa recherche. Et lorsqu'il la retrouve, II la dégage avec soin du fourré épineux, la reprend avec tendresse sur ses épaules et la réintégre au troupeau.

La parabole de la « drachme perdue » (Le. 15,8), nous fait comprendre combien la Miséricorde divine multi­plie ses attraits, ses attentions inlassables pour sauver l'homme qui s'est perdu par le péché. Et nous pressen­tons la grande joie qui envahit le Cœur du Christ, lors­qu'il le retrouve et le rétablit dans la possession de Dieu.

La parabole de l'enfant prodigue nous révèle d'une manière admirable, la miséricordieuse tendresse de Dieu pour le pécheur repentant. Quand un homme s'est détaché de Dieu, même s'il l'a offensé, renié, sacrifié à ses passions. Dieu ne l'abandonne pas. Il use de tous les moyens pour l'arracher à son péché. Il attire, sollici­te, persuade son esprit et son cœur, sa volonté mais sans jamais la contraindre. Il se tient à la porte avec une inlassable patience (Ap. 3,20). Il attend l'éveil d'un regret. Il se contente d'un commencement d'appel, d'un premier pas pour venir au secours de cet homme en détresse et le sauver pour l'éternité.

Le père ne désespère pas de son fils prodigue. Il l'at­tend et scrute chaque jour l'horizon. Il guette son retour. Et lorsqu'un jour, il aperçoit son fils qui vient échouer à ses pieds comme une pauvre épave humaine, alors le père est ému de compassion. Il s'empresse vers lui, lui ouvre les bras, l'étreint avec tendresse, et sans lui parler de ses égarements et de son ingratitude, II laisse doucement couler comme un bain purificateur les

effusions de son pardon, jusqu'au plus intime de sot cœur. Jésus nous manifeste le bonheur et la gloire di Père céleste, lorsqu'il accomplit auprès des pécheur; son œuvre de pardon et de salut.

Jésus a la préoccupation constante de guérir et de sauver les hommes en les réconciliant avec Dieu. Avani d'apporter la guérison corporelle à un paralysé, Jésus U libère du péché qui paralyse son âme et lui déclare toul haut : « Confiance, mon fils, tes péchés sont pardonnés » (Mt. 9,2).

Assis, près du puits de Jacob, Jésus s'entretient avec la samaritaine. Son regard pénétre jusqu'au fond de son cœur, pour lui faire prendre conscience de sa vie désor­donnée. La samaritaine, touchée profondément par les paroles de Jésus, se décide à entreprendre une vie nou­velle et meilleure (cf. Jn. 4,5-12). Et c'est une joie pour le ciel de voir un pécheur qui se convertit. « On se réjouira dans le ciel, dit Jésus, pour un seul pécheur qui se convertit, plus que pour quatre-vingt-dix-neuf justes, qui n'ont pas besoin de conversion » (Le. 15,7).

Un jour, les pharisiens amènent à Jésus une femme pécheresse, et lui demandent : « Maître, cette femme a été prise en flagrant délit d'adultère. Or, dans la Loi, Moïse nous a ordonné de lapider ces femmes-là. Et toi, qu'en dis-tu ? » Jésus leur répond : « Celui d'entre vous qui est sans péché, qu'il soit le premier à lui jeter la pierre ». Quelques instants après, il ne reste plus que le Seigneur avec la pécheresse. Jésus lui dit : « Femme, où sont-ils donc ? Alors, personne ne t'a condamnée ?... Moi non plus, Je ne te condamne pas. Va, et désormais ne pèche plus » (Jn. 8,3-11).

Jésus déteste infiniment le péché, mais II a.\me infini­ment le pécheur. En tout homme, Jésus cherche, non pas la matière à condamnation, mais la matière, si petite soit-elle, capable de le sauver. Jésus connaît les péchés de la femme qui vient oindre ses pieds de par­fum. Mais, voyant en elle les bonnes dispositions de son cœur. Jésus lui déclare : « Tes péchés sont pardonnés » (Le. 7.48).

Comme le Seigneur pardonne, nous devons aussi nous pardonner entre nous, et du fond du cœur (cf. Le. 17.3 4 : n.4). « Soyez miséricordieux, dit Jésus, comme votre Père est miséricordieux » (Le. 6,36). « Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde » (Mt.5.7).

La Miséricorde divine surabonde dans le sacrement de la Réconciliation, où le Seigneur se plaît à pardonner, et à exercer sa mission de Sauveur.

Ainsi, l'Amour de Dieu face au pécheur se traduit en Miséricorde. Jamais, Jésus ne refuse au pécheur repen­tant ses divines faveurs. La pécheresse arrachée à la boue deviendra une sainte. Pierre qui a renié son Maître se verra confier les clefs du Royaume des cieux. Paul, le persécuteur, sera choisi pour être un instrument de choix pour porter le Nom du Seigneur devant les païens, les rois et les enfants d'Israël. Aucun péché, fût-il un abîme d'abjection, n'épuisera la Miséricorde divi­ne. Le Seigneur est Saint et le moindre péché lui fait horreur, mais lorsque les pécheurs se repentent, la Miséricorde divine est sans limites. A tous, Jésus donne son amitié et son Pardon, en échange d'un sincère élan d'amour. Jésus nous a montré jusqu'où II nous a aimés, jusqu'à la mort sur la Croix. Le sacrifice du Christ pour expier les péchés du monde, et sauver les hommes est le témoignage le plus éloquent de l'Amour et de la Miséri­corde infinis de Dieu.

Saint Augustin exprime en deux mots l'histoire de la Rédemption de l'homme : Misère et miséricorde. Misère exprime la condition de l'homme pécheur ; miséricorde, chante l'amour salvateur de Dieu.