L’Écriture Sainte l’atteste. La Vierge Marie, unie aux Apôtres et aux disciples dans la prière et l’attente du Saint Esprit, est bien présente au jour de la Pentecôte (Ac 1, 14 ; 2, 1). C’est aussi la dernière mention explicite de la Vierge Marie dans le Nouveau Testament, à l’instant même où naît l’Église. De savants commentateurs ont mis le doigt sur cette mystérieuse coïncidence (1), percevant que les deux naissances de Jésus, celle dans son corps de chair, celle dans son corps qui est l’Église, nécessitaient la présence de Marie. Mère de Dieu, ainsi que l’a affirmé le concile d’Éphèse, elle est aussi la mère de l’Église, comme l’a proclamée Paul VI. Certaines icônes de la Pentecôte montrent de façon suggestive comment, au moment de l’effusion de l’Esprit, la Mère de Dieu vient compléter le cercle des Apôtres, semblable à la clé de voûte qui verrouille l’arc gothique et lui donne toute sa solidité.
De l’Annonciation à la Pentecôte, « Marie réalise ainsi en plénitude sa mission maternelle ; elle n’est pas seulement mère parce qu’elle a mis au monde et nourri le Fils de Dieu ; elle est également mère parce qu’elle est “la Vierge faite Église” comme aimait à la saluer François d’Assise » (2). Admirons en passant l’audace fulgurante de l’expression franciscaine citée par le pape : Marie est « la Vierge faite Église ». La Vierge Marie préside à l’Église à naître, au milieu des enfants qui lui ont été confiés par Jésus à la croix, et à qui elle a été confiée.
Mais alors, de quelle nécessité parlons-nous ? Certainement pas d’une nécessité d’obligation. On n’imagine pas la Vierge Marie contrainte d’être présente au Cénacle ce jour-là. La seule nécessité qui la pousse est celle de l’obéissance au dessein de Dieu, de la parfaite cohérence de sa volonté à celle de Dieu. Marie se doit être là, au Cénacle, dans la droite ligne du « Ecce ancilla Domini, fiat mihi secundum verbum tuum » (Lc 1, 38). Elle reçoit le don du Saint Esprit afin que Jésus ressuscité puisse naître en chaque chrétien pour former en lui l’Église.