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La véritable Eglise
Lothaire Zenetti

Apologétique de poche

1. Le Christ ne veut pas tant d'Eglises

Qu'il dût advenir, en plus de la véritable Eglise du Christ, des hérésies et des sectes, la Sainte Ecriture l'atteste: "Il surgira de faux Christs et de faux prophètes... Vous voilà prévenus " (Matth, XXIV, 24). "Il y a des gens qui vous troublent et qui veulent bouleverser l'Evangile du Christ, eh bien ! même si quelqu'un, fût-ce nous-mêmes, fût-ce un ange venu du ciel, vous annonçait un évangile différent de celui que nous vous avons annoncé, qu'il soit anathème ! (Gal, I, 8)

Nous nous voyons aujourd'hui en présence d'un grand nombre d'églises et de sectes différentes, chacune avec une doctrine particulière et chacune se prétendant la véritable Eglise. Même parmi les catholiques, on entend souvent cette idée, que le christianisme inclut de nombreuses religions et, tant qu'une de ces religions n'est pas complètement sortie de la ligne chrétienne, il y a moyen de s'entendre: "Après tout nous croyons au même Dieu! Finalement qu'on se dise catholique, évangélique ou néo-apostolique, c'est toujours la même chose; toutes ces églises se valent ! Certains même jugent cette diversité heureuse: tous les hommes ne sont pas les mêmes, et il ne sied certainement pas à Dieu qu'on le loue de différentes façons et qu'on vienne à lui par des voies différentes. Aucune église ne devrait donc se dire la véritable Eglise; toutes ensemble forment une grande Eglise spirituelle.

Réponses:

a) Le Seigneur a fondé "son" Eglise et il lui a promis que "les portes de l'enfer (donc le mal, l'erreur, l'infidélité) ne pourront rien contre elle " (Matth, XVI, 18). - Donc, cette unique véritable Eglise doit encore exister aujourd'hui.

b) Le Seigneur désirait et demanda dans sa prière que ses Disciples soient un (Jean, XVII, 11 et 20), et prédit cependant des faux prophètes et des divisions (Matth, XXIV, 24). - Donc, il ne peut être indifférent à Dieu, il ne peut lui convenir parfaitement qu'il y ait d'innombrables religions aujourd'hui parmi les baptisés au lieu d'une Eglise unie dans la Foi.

2. Le Christ reste avec son Eglise

Toutes les nouvelles "églises" justifient leur formation en condamnant tout le christianisme jusqu'à elles. Tous les siècles qui les ont précédées, toutes et chacune, sont dépeints sous les plus sombres couleurs, comme des temps d'aberration et de trahison à l'égard de la volonté et de la vérité du Christ. Mais voici, disent-elles, que le Christ - après, pour ainsi dire, une absence de près de deux mille ans - a suscité un ou plusieurs hommes. Avec leur secours, et au milieu d'eux, il a voulu, peu de temps avant la fin du monde - cette computation de la fin du monde est commune à beaucoup de sectes en effet -, rétablir dans sa pureté originelle la primitive Eglise.

Réponses:

Le Christ n'a pas seulement donné à son Eglise la mission et le pouvoir de prêcher l'Evangile, mais il a encore pourvu à ce que cette mission, confiée à des hommes faibles, soit remplie. Car le salut des hommes dépend de la juste prédication de la foi: "Celui qui croira sera sauvé, celui qui ne croit pas sera condamné (Marc, XVI, 16). Cette prédication de la vraie foi au Christ, nécessaire pour le salut, se fait "jusqu'à ce qu'il vienne" (I Cor, XI, 26). C'est pourquoi le Christ a envoyé l'Esprit de Vérité. "Un autre Défenseur, pour être à jamais avec vous. ) (Jean, XIV, 16.) C'est pourquoi il fit cette promesse à son Eglise: "Je vais être avec vous toujours jusqu'à la fin du monde (Matth., XXVIII, 20). Il est uni à ses Disciples au point de pouvoir dire: "Qui vous écoute m'écoute, qui vous rejette me rejette" (Luc, X, 16). A l'encontre de la parole du Christ, selon laquelle l'Esprit de Dieu demeure à jamais avec lui et en eux, les églises dissidentes et les sectes prétendent que l'Eglise des premiers temps, l'Eglise catholique donc, n'a plus l'Esprit de Vérité.

A l'encontre de la promesse du Christ, selon laquelle il demeure avec ses Disciples jusqu'à la fin du monde, les églises dissidentes et les sectes prétendent qu'il n'est plus présent dans cette Eglise depuis des siècles.

A l'encontre de la déclaration du Christ: "Qui vous écoute m'écoute m'écoute ", elles soutiennent que ce n'est pas la vérité du Christ qu'annonce l'Eglise. Ce qui veut dire, par conséquent, si l'on a la vie seulement par la vraie foi (cf. Jean, XX, 31), ou bien que personne n'a été sauvé depuis des siècles (quelle idée !), ou bien que l'Eglise catholique a pourtant, pendant près de deux millénaires, conduit des foules innombrables à leur salut.

3. Il en surgît partout !

Marque distinctive de tous les fondateurs et chefs de sectes, il est toujours question, pour justifier leur entreprise, d'un "réveil" au départ. Citons quelques-unes de ces centaines d'églises :

Les Luthériens (Luther, 1517); les Réformés ou Calvinistes (Zwingle, 1523, et Calvin, 1536); les Episcopaliens (à Jamestown, 1607); les Congrégationalistes (vers 1620 en Angleterre; plus tard dans la Nouvelle Angleterre); les Presbytériens (John Knox, 1643); les Quakers (George Fox, 1652); les Méthodistes (John Wesley, 1738; église à Baltimore, U.S.A., en 1784); les Mormons (Joseph Smith, 1830, à Fayetteville, U.S.A.); les Unitariens (Théophile Lindsey, 1774 et Joseph Priestley); les Disciples du Christ (B.W. Stone, 1803 et Campbell, 1809, unis en 1832); les Adventistes du Septième jour (W. Miller, 1830); L'Eglise Catholique Apostolique d'Irving, 1833, d'où est issue l'Eglise Néo-apostolique, en 1865; L'Armée du Salut (W. Booth, 1865); les Témoins de Jéhovah (Charles Taze Russel, 1874); la Science chrétienne (Mary Baker Eddy, 1875), etc., etc.

4. On trouve tout dans la Bible

Le principe fondamental commun de tous ces "inspirés" et "réformateurs" est l'interprétation personnelle de la Bible.

Or, comme nous le savons, le Nouveau Testament n'est pas une Révélation tombée du ciel, mais un recueil d'extraits du message apostolique primitif, publiés par l'Eglise (et quelle autre église que l'Eglise catholique ?) Comme tout le message de l'Eglise, y compris la prédication orale, ces textes sont inspirés par le Saint-Esprit. Si le message global n'est pas la "parole de Dieu", alors la Bible non plus ne l'est pas. La Bible - que les sectes et les réformateurs n'ont entre les mains que grâce aux bons soins de la catholicité, qui l'a sauvée au cours des siècles - la Bible est impensable et incompréhensible sans le message général de l'Eglise. De vouloir la comprendre pour ainsi dire tout seul, indépendamment de l'Eglise, comme un livre abandonné à la libre interprétation d'un chacun, n'est pas conforme à sa vérité.

Or, L'idée initiale de tous les fondateurs d'églises et de sectes est de couper subjectivement la Bible de la tradition de l'Eglise. Ainsi sépare-t-on, arbitrairement, le message écrit du message oral de l'unique Eglise. On rejette la Parole vivante de Dieu dans l'Eglise. Mutilant la Parole vivante de Dieu, on se targue de "n'écouter que la parole de Dieu". Quand on pense qu'avant l'an 95, le Nouveau Testament n'était pas encore entièrement écrit, qu'il fallut encore 300 ans avant que l'Eglise fixât le catalogue des livres du Nouveau Testament; que, pendant des siècles, tout le monde n'était pas, tant s'en faut, à même de lire les rarissimes manuscrits des Saintes Ecritures, mais qu'il y eut toujours une prédication vivante, on sait dès lors pourquoi, historiquement déjà, la Bible ne peut constituer l'autorité religieuse unique. Le Christ lui-même n'a pas écrit ni donné la mission d'écrire, ce qui explique que la Bible n'est pas un exposé systématique de la foi. Beaucoup de choses n'ont pas été consignées (cf Jean, XXI, 25; Act, I 3). Que l'Ecriture soit l'unique source de foi, la Bible elle-même ne donne aucun fondement à cette thèse. Pas plus qu'elle n'indique quels sont les livres qui lui appartiennent. Cela, seule l'Eglise le détermine. Ceux donc, qui écartent l'autorité de l'Eglise, laquelle est antérieure au Nouveau Testament, doivent nécessairement mettre aussi la Bible en doute.

Sans l'appui de l'enseignement de l'Eglise, L'individu ne peut compter que sur lui pour l'interprétation de la Bible.

Ainsi c'est l'explication arbitraire et subjective des passages de la Bible sur le fondement de l'expérience personnelle, qui constitue l'unique fil conducteur et règle de la foi.

5. Chacun se fabrique sa religion

Partant du principe du libre examen, n'importe qui peut, à proprement parler, défendre son interprétation personnelle de la Bible et se proclamer "fondateur d'église. Qui pourrait l'en empêcher ? Il n'est donc pas surprenant que le principe de la recherche individuelle de la vérité dans la Bible, sans l'appui d'une autorité supérieure, sans magistère indiscuté de la foi et de la morale, ait abouti à une prolifération de petites sectes et de groupements minuscules. On comptait officiellement aux Etats-Unis, en 1926, 213 "dénominations", 32 de plus qu'en 1916. La progression continue. Leur nombre approche actuellement de 270.

On attribue à beaucoup de leurs fondateurs une autorité divine qui leur fut directement communiquée par des visions.

C'est le cas par exemple de Joseph Smith, fondateur des Mormons, qui eut la révélation de sa vocation à l'âge de quinze ans. Telle fut encore Mary Baker Eddy, surnommée par ses partisans la "découvreuse" de la Bible, et qui leur apporta le "consolateur" - prédit par Jésus depuis près de deux mille ans.

Dans les cas où les sectes ne s'abstiennent pas complètement de définitions dogmatiques précises (comme les Quakers, l'Armée du Salut et d'autres), ou laissent à l'individu ou à la communauté locale la détermination plus exacte des vérités à admettre (Baptistes), les confessions s'écartent fortement les unes des autres: les Luthériens admettent la Trinité, les Méthodistes y voient trois aspects humains du même Dieu, les Unitariens et les Témoins de Jéhovah la nient, de même qu'ils refusent de reconnaître le Christ comme Dieu. La plupart admettent deux sacrements, le Baptême et la Cène; les autres, comme les "néo-apostoliques ", y ajoutent une sorte de confirmation, du sceau "l'apposition du sceau", d'autres, comme les Episcopaliens, reconnaissent les sept sacrements catholiques. Cependant, pour la plupart les sacrements ne sont que des symboles sans effets surnaturels, et les Quakers ou l'Armée du Salut rejettent en bloc tous ces rites. Sur bien des points, on ne peut arriver à une opinion unanime dans la même religion.

(Nommons parmi les principales sectes qui sont à l'oeuvre en France actuellement : 1. Les Adventistes du septième jour, fondés en 1833, et qui comptent environ 61 églises ou groupements en France seulement. - 2. Les Amis de l'Homme, dont l'initiateur fut un dentiste suisse, A. Freytag, vers 1920. Il se disait lui-même le "Messager de l'Eternel". A sa mort, il surgit deux sectes rivale dans son groupement. - 3. Les Témoins de Jéhovah, la plus virulente et la plus dangereuse de toutes ces sectes, car elle est organisée, en quelque sorte, commercialement, et dispose de capitaux considérables, ce qui lui permet de faire une propagande envahissante et obsédante. Elle fut fondée vers 1870, aux Etats-Unis, par C. T. Russel, au titre d'une dissidence des Adventistes. Elle a été récemment réorganisée par le juge Rutherford. La doctrine est totalement étrangère au christianisme, tout en se prétendant biblique. - 4. Les Pentecôtistes, issus d'un Réveil californien au début du XXème siècle, et qui compte surtout des cadres, sans organisation en églises proprement dites, mais insistant sur le "baptême d'esprit" et l'enthousiasme. Ils ont tiré de l'Ecriture dont toutes les paroles pour eux sont également sacrées et à prendre au sens littéral, la pratique de l'imposition des mains pour guérir toutes les maladies.

5. La Christian Science ou Science chrétienne, dont on a dit que, malgré son nom, elle n'était ni chrétienne ni scientifique, secte fondée vers 1866, par l'Américaine Mrs Eddy, et qui s'applique surtout à la guérison des maladies par l'autosuggestion, ce qui est appelé dans la secte: Mind Cure ou Cure par l'esprit. Elle a pris aux Etats-Unis, autour de son centre qui est Boston, une grande importance, mais elle a essaimé au-dehors, où son succès est bien moindre, notamment en France (Mgr Cristiani, Brève histoire des hérésies , pp. 80-81).

6. La seule véritable Eglise

C'est à la véritable Eglise du Christ que s'applique cette parole de saint Paul: puisque aussi bien vous avez appelés par votre vocation à une seule espérance. Il n'y a qu'un Seigneur, une foi, un baptême: il n'y a qu'un Dieu et Père de tous " (Eph, IV, 4-6).

Mais, s'il ne doit y avoir qu'une seule Eglise et si, d'autre part, l'Eglise primitivement fondée existe encore, l'unique question est de savoir quelle église remonte - au lieu d'avoir été suscitée par un réformateur au XVIème, au XVIIème ou au XXème siècle -, quelle église remonte, sans faille, aux temps primitifs aux premiers Apôtres, à Pierre et ainsi au Christ. Toutes les fondations ultérieures sont dissidentes.

Ce n'est pas de l'orgueil, c'est seulement prendre au sérieux la ferme promesse du Christ, que de nous prétendre, catholiques, détenteurs de sa mission enseignante et de sa vérité.

Ceci dit sans prétendre que les baptisés des autres confessions chrétiennes sont sans aucun rapport avec le Christ. Nombre de chrétiens non catholiques nous confondent par leur zèle et leur charité, nous qui ne nous sommes pas toujours montrés et qui, aujourd'hui encore ne nous montrons pas toujours, dignes de notre vocation. Nous nous fions cependant à la parole du Christ, à sa promesse de rester, malgré tout, avec son Eglise " tous les jours", sans excepter donc les jours tristes de son histoire. C'est pourquoi toute nouvelle fondation, si bien intentionnée soit-elle, d'une " église ", toute réforme issue d'elle-même, toute formation de secte a le caractère d'une séparation et - quelle que puisse être son zèle apostolique et charitable - porte nécessairement une blessure au corps du Christ.