christicity.com Bibliothèque Ce qu'enseigne l'Eglise Les hérésies Aspects théologiques
L'arianisme
Père Christian Dumoulin

Source : La Nef n°107 - juillet 2000
L’arianisme est une hérésie hors pair qui touche à un point essentiel de la foi chrétienne : la divinité du Christ. Au cours du IVe siècle, pendant plus de soixante ans, elle a opposé les sièges épiscopaux, divisé les communautés et provoqua de violentes querelles qui troublèrent l'ordre public.

La doctrine d'Arius.

La vie d'Arius, prêtre d'Alexandrie, reste assez obscure jusqu'à ce que son évêque le mette à la tête de la paroisse de Baucalis où il devait, sexagénaire, montrer une inquiétante activité théologique.

Son système se présente comme un monothéisme rationaliste qui fait de Dieu une substance indivisible et incommunicable, de sorte que tout ce qui existe en dehors de lui est nécessairement engendré.

Ainsi le Fils a-t-il eu un commencement, et c'est Dieu le Père qui, librement, le tire du néant. « Il n'était pas avant d'être engendré », proclame Arius dans une formule frappée, apte à devenir populaire. Transposant à la génération divine, éternelle, le langage biologique de la génération humaine, les ariens affirmeront que « le fils ne peut avoir existé avant le père » ou qu'un père « est âgé de trente ans lorsqu'il engendre son fils ».

Le Fils est donc une créature, et même la première, qui sert d'intermédiaire entre Dieu transcendant et le monde contingent. Il créa l'univers, et quand il vint animer le corps de Jésus, il s'éleva par ses efforts jusqu'à l'impeccabilité et la gloire, méritant alors le tire de Dieu. Le titre seulement, car il n'est point Dieu en vérité. Ainsi Arius ruine-t-il la réalité de l'Incarnation et de la Rédemption.

Comme tous les hérétiques, Arius a respiré l'air du temps, partageant les schèmes mentaux de ses contemporains. On dénote en lui des influences stoïco-philoniennes et néo-platoniciennes. Il était un adepte de l'Ecole théologique d'Antioche qui, dans la Trinité, accentuait la distinction des personnes au point de les subordonner, le Fils étant inférieur au Père.

Ces vues offraient de l'attrait aux chrétiens épris de simplification et aux païens rétifs à l'idée d'Incarnation mais prêts à admettre que des héros ou des surhommes puissent devenir des dieux. 

Habile et insinuant, Arius organisa une campagne de propagande. Pour rendre plus assimilable sa théologie il la débita en vers et composa des chansons. Malgré l'excommunication, il sut gagner des amitiés épiscopales : Eusèbe de Nicomédie le soutint, des synodes de Palestine et de Bithynie (322) prirent position en sa faveur. L'arianisme sensibilisa tellement les esprits qu'il devint le problème le plus brûlant pour l'empereur Constantin, soucieux de maintenir l'ordre dans cet Orient disputeur.

Le « consubstantiel » nicéen (325).

Constantin avait besoin des évêques, personnages officiels depuis la liberté accordée à l'Eglise par l'Edit de Milan (313). A ses yeux, c'étaient des fonctionnaires pour parfaire l'unité de l'Empire et supprimer des querelles qui troublaient, disait-il, le sommeil de ses nuits.

Dans ce but il convoqua un concile œcuménique à Nicée où siégèrent environ 300 d'entre eux. Assemblée quasi exclusivement orientale, car l'Occident, plus réfractaire à cette hérésie, n'envoya que cinq évêques dont celui, gaulois, de Die. Le pape Silvestre lui-même ne vint pas et se fit représenter par deux prêtres.

Rapidement l'arianisme fut au cœur des débats. Un tiers parti, autour d'Eusèbe de Nicomédie, joua les accommodements, prétendant découvrir dans l'Ecriture des expressions susceptibles de fournir une base d'entente, telles que le Verbe est « sagesse », « image du Père », etc. Mais ces expressions bibliques pouvaient se comprendre dans un sens extensif : toute créature n'est-elle pas appelée « image de Dieu » (1 Cor 11, 7) ! C'était là une échappatoire pour contourner le problème métaphysique de l'identité de nature du Père et du Fils. Grâce aux ressources de l'exégèse sophistiquée des Eusébiens, ces termes 

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