En effet, l’apparition d’une nouvelle hérésie suscite une salutaire réaction de défense de la foi, en particulier de la part des premiers pasteurs et des théologiens, mais aussi des simples fidèles. Alors se développe la réflexion théologique, comme l’explique saint Augustin : « Puisqu’il a été dit en toute vérité qu’“il faut qu’il y ait des hérésies” nombreuses, “afin qu’on reconnaisse parmi vous les chrétiens dont la vertu est éprouvée” (1 Cor 11, 19), nous voulons tirer pro½t de ce bienfait que nous offre la Providence divine… Les hérétiques peuvent nous être très utiles : non qu’ils nous enseignent la vérité, car ils l’ignorent, mais, par leur conduite, ils incitent tous les catholiques charnels à chercher la vérité, en même temps qu’ils encouragent ceux qui sont spirituels à nous découvrir les secrets des mystères divins » (2).
Les catholiques charnels sont – par opposition aux « spirituels » – les fidèles tièdes que leurs affections rivent aux vanités caduques d’ici-bas, et qui se soucient peu d’approfondir les immuables vérités du salut, et moins encore, d’y conformer leur vie. Il arrive souvent que l’apparition d’une hérésie, les réveillant de leur torpeur spirituelle, les oblige à approfondir les vérités qu’ils croient et à vivre plus saintement. Grâce à un effort persévérant, ces chrétiens parviendront progressivement à la perfection des hommes spirituels.
Pour comprendre comment les « spirituels » contribuent au développement de la doctrine, notamment quand une hérésie se fait jour, on doit distinguer ordinairement, dans le progrès dogmatique, trois stades différents : 1) un premier stade où la foi est simplement affirmée; 2) un stade intermédiaire où le dogme commence à entrer dans le domaine de la spéculation théologique; 3) un stade de parfaite explicitation où une formule dogmatique précise et dé½nitive est ½xée par le Magistère.
Ainsi, les quatre premiers conciles œcuméniques – Nicée (325), Constantinople (381), Ephèse (431) et Chalcédoine (451) – marquèrent-ils une étape décisive de la vie de l’Eglise, parce qu’ils dé½nirent la foi chrétienne en ses dogmes essentiels : la divinité du Verbe, et celle du Saint-Esprit, l’unité de personne dans le Christ et la maternité divine de Notre-Dame, la dualité des natures, humaine et divine, en Jésus-Christ.
Ces définitions irréformables précisent le sens de la parole de Dieu contenue dans la Révélation : « L’Ecriture sainte, en effet, contient bien des trésors cachés, connus seulement de quelques privilégiés qui ont appris à pénétrer dans ses profondeurs. Ces trésors ne sont jamais révélés avec plus de facilité et d’à propos que si l’on est obligé de répondre à des hérétiques… Combien de sens n’a-t-on pas découvert dans les saintes Ecritures pour prouver, contre Photin, que le Christ est Dieu ! De même pour prouver, contre Manès, qu’il est homme ! Ou bien pour af½rmer, contre Sabellius, le dogme de la Trinité ! Combien d’arguments contre les Ariens, les Eunoméens, les Macédoniens, en faveur de l’unité divine au sein de la Trinité des Personnes ! De même, contre les Donatistes, que d’arguments dans l’Ecriture pour établir la doctrine sur la catholicité de