Croire, disait-il... Peut-être... Autour de mon savoir, la zone d'ignorance est sans bord; mais justement, pourquoi lui en dessiner, selon les contours d'une croyance particulière ? Et s'il est permis d'appeler « Dieu » le concentré des manques et l'ouï-dire des plénitudes, du moins n'allons pas au-delà de ce nom énigmatique, à qui suffit bien le tétragramme obscur. N'ajoutons pas à l'unicité superbe la complication d'une improbable « Trinité », arrachée par morceaux aux paroles du gourou galiléen. Je l'écoute au bord du lac, ou sur sa sainte montagne (et comment ne pas avouer qu'il atteint le meilleur de mon âme ?) Mais l'averse dogmatique qui suivit les Ecritures ! Et la construction trop humaine — fer et béton ! — de cette Eglise à quoi l'on voudrait me contraindre, ça non. Je vous connais pour exigeant : que faites-vous dans cette galère ?
Ainsi parlait Frédéric, vieil ami au vouvoiement précautionneux, agnostique tracassé, qu'une blessure, ou l'incurable paresse, tenait loin des assemblées priantes. Il a quitté la France depuis bientôt cinq ans, sans laisser d'adresse... Le reverrai-je en ce monde ? J'écrirai du moins cet article en pensant à lui. Au fil des promenades de l'été 1996, il semblait attendre la lumière de nos suites zigzagantes et effilochées. Saint Jean de la Croix le bouleversait; je lui récitais dans son jus le Cantico espiritual... avant de descendre à des discours discourants, dont voici la reconstitution, sinon convaincante, en tous cas mieux peignée; comme il ne peut pas répondre, j'ai la facilité de ne pas être interrompu.
Vous vous trompez, Frédéric, vous prenez à l'envers l'alphabet des chrétiens. Ce que vous dites, pardonnez-moi, ressemble à une erreur très commune. Soit, si je vous traduis bien, en allant du probable vers l'improbable, et jusqu'à l'impossible :
— Dieu, on peut à la rigueur s'accorder là-dessus, « y » croire, sans précision.
— Moins fort : Jésus-Christ, témoin privilégié de l'existence spirituelle, « Fils de Dieu » comme on dit; or, que dit-on, disant ce nom ? A vérifier...
— Déjà faible : Autour de Jésus-Christ, l'Ecriture, belle mais obscure construction de la foi, où une mystérieuse « inspiration » est possiblement pour quelque chose.
— Carrément arbitraire : la dogmatique. Soit la Trinité, puisqu'on en parle. Pourquoi pas la quaternité ? Ou la dualité du Yin et du Yang ? Nous sommes ici dans des façons de dire, intéressantes, excitantes peut-être, pas plus. Donc, méfiance quant aux « dogmes »; la vérité ne saurait s'y prendre ainsi.
— Franchement impossible : l'Eglise, lieu de contraintes et de ténèbres.
— Enfin, abîme d'obscurité, vraie régression mentale : la messe, dont cette Eglise fit un objet d'obligation !
Je n'ai pas trahi votre pensée ? Eh bien, je vais vous surprendre, Frédéric : l'ordre catholique est inverse ! Nous croyons moins en Dieu qu'en la Sainte Trinité, et beaucoup plus à la messe qu'à la Bible. Etonnant, non ?
Mais je ne dis pas cela pour étonner, je raconte l'ordre magnifique de la foi...
Reprenons donc ces deux points, qui gouvernent les autres.
Athéisme impossible...
L'athéisme est-il possible ? On peut en douter, car pour savoir qu'il n'y a pas de Dieu, il faudrait savoir tout ce qu'il y a. Nous en sommes loin... D'ailleurs, son être est réclamé par les idées et par les choses :
Il