Si l’Empire romain est la patrie du christianisme, la Judée en est le berceau. Ce n’est pas à partir de la capitale de cet Empire que le christianisme s’est répandu mais à partir d’une ville de la périphérie, Jérusalem, où, le matin de Pentecôte de l’an 29 ou 30, naît l’histoire de l’Eglise. La diffusion du message évangélique sera, au plein sens du mot, une conquête.
La communauté de Jérusalem, autour des Douze, est la première communauté chrétienne organisée. Très vite elle grandit, atteignant 3000 et bientôt 5000 hommes (Ac 2, 41; 4, 4); elle est formée de judéo-chrétiens, terme désignant à la fois des juifs de langue araméenne et des juifs de langue grecque.
Le christianisme se répandit d’abord dans le milieu palestinien (Judée, Galilée, Samarie), à l’abri de la religion juive. Mais l’opposition entre la Torah et la Croix ne tardera pas à révéler les différences entre les deux cultes : tracasseries du sanhédrin envers les apôtres (Ac 5, 17-42), lynchage du diacre Etienne (7, 57-60), martyre de Jacques, frère de Jean et arrestation de Pierre vers 42 (12, 2-3), autant de preuves d’une situation conflictuelle. La persécution d’Hérode Agrippa, en dispersant les apôtres, favorisa la diffusion du message chrétien hors du cadre de sa naissance.
Le centre de gravité de la prédication se déplaça alors à Antioche, capitale de la Syrie, où le mot « chrétien » apparaît pour la première fois dans l’histoire, vers 44. C’est vraisemblablement un sobriquet populaire pour bien opérer la distinction entre les juifs et les convertis issus du paganisme, les paganos-chrétiens qui composaient la majorité de cette communauté (Ac 11, 26).
Théologien et missionnaire de génie, Paul va faire d’Antioche la base opérationnelle de son activité apostolique. Dans ses trois voyages, de 45 à 59, il sillonnera l’Asie Mineure (Turquie actuelle) et la Grèce : phase essentielle de l’évangélisation, l’apôtre faisant pénétrer le message chrétien dans le cœur
Paul applique une méthode d’évangélisation assez constante. C’est aux synagogues des cités qu’il s’adresse d’abord. Malgré des conversions, les juifs repoussent son message et provoquent des incidents pour le faire chasser (à Antioche de Pisidie, à Iconium, etc.); on excite contre lui les haines et les passions (Ac 13, 50; 14, 19; 17, 5). L’apôtre se tourne alors vers les gentils où sa prédication récolte plus de succès. Dieu a « ouvert aux païens la porte de la foi », annoncera-t-il aux Antiochiens (14, 27). Le décret libérateur du concile de Jérusalem (49 ou 50), en soustrayant les païens convertis aux observances mosaïques et à la circoncision, travaillait en faveur du christianisme universaliste.
Rome
Etape décisive : Rome. Probablement c’est le milieu juif de la capitale (50 000 membres environ sur un million d’habitants) qui fut touché le premier par la bonne nouvelle. En constante relation avec les autres communautés de la diaspora, on y remuait beaucoup d’idées. L’empereur Claude, vers 49-50, chassa de la Ville les juifs qui s’agitaient à cause précisément du message du Christ qui les divisait.
En fait, le nom de Rome est associé à celui de Pierre, bien que l’itinéraire de celui-ci soit difficile à reconstituer. En 42, à Jérusalem, délivré miraculeusement de prison, il s’éloigne de cette ville. L’historien Eusèbe le fait venir à Rome à la même époque. La capitale ne lui servait-elle pas de lieu de refuge idéal et de vaste champ d’activité pour l’Evangile ? Son séjour, pendant lequel il organisa cette communauté, est assuré, toute la tradition l’admet, sans qu’il soit possible d’en fixer avec certitude la durée : 25 ans, si l’on accepte l’opinion la plus répandue qui remonterait au début du troisième siècle. Résidence qui ne peut cependant être continue, car l’on retrouve l’apôtre en 50, au concile de Jérusalem,