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L'incarnation
M. l'abbé Francis Paul Cappiello

Les merveilles de son amour miséricordieux

Le mystère de l'Incarnation est le mystère du Fils de Dieu fait homme.

Le signe des temps, l'explication de l'histoire, le sens du progrès, la source du bonheur et de la Paix entre les hommes, ne les cherchons pas hors de la Parole divine qui nous a été dite : « Et le Verbe s'est fait chair, II a établi sa demeure parmi nous » (Jn. 1,14).

La naissance de Jésus est un événement fondamental dans les Annales de l'humanité. Elle marque profondé­ment l'histoire du monde et la partage en deux ver­sants : Avant le Christ, après le Christ. Le Christ est la pierre angulaire de l'histoire universelle. Avec Lui a commencé l'Épopée du Salut.

La naissance du Christ fait rayonner sur le monde des splendeurs de joie, et suscite dans les cœurs de pro­fondes émotions, parce que dans le Christ sont enfer­mées les immenses espérances des générations humai­nes. Chacun de nous désormais, qu'il soit riche ou pau­vre, fils de l'Orient ou de l'Occident, est invité à la découverte merveilleuse du Christ, qui tient dans ses mains la destinée de nos vies humaines.

Le Fils de Dieu, qui naît d'une naissance éternelle au sein du Père, a voulu naître d'une naissance temporelle, en entrant dans le mouvement de notre histoire, en s'in­sérant dans notre race humaine. Le Fils de Dieu, pour être nôtre, accepte une chair mortelle, dans la condition humiliée où l'a placée le péché. C'est à nous qu'il emprunte, ce qu'il va offrir pour nous, afin de tirer de nous-mêmes le prix de notre rachat. Le Fils de Dieu se fait homme en tout, afin que tout l'homme soit sauvé en Lui. Par orgueil, l'homme tend à se mettre à la place du Créateur en se faisant le centre du créé, son propre dieu. Par humilité, Dieu se fait homme pour réparer divinement le mal causé par le péché. Le Seigneur s'anéantit pour relever les hommes tombés.

Par le péché originel, la nature humaine s'est trouvée séparée de la communion avec la nature divine. Par l'Incarnation, la Personne du Fils de Dieu unit sans les confondre, la nature humaine et la nature divine, pour les réconcilier en LUI. Déjà, dans l'Incarnation, le Salut est inscrit.

Jésus est le Sauveur de l'humanité, le Pontife suprê­me qui relie le ciel et la terre. Il est PHomme-Dieu qui peut vraiment être le Chef spirituel de l'humanité dans son retour à Dieu. Jésus est la Voie pour aller au ciel. Il est la Vérité, la Lumière qui illumine toute intelligence. Il est le Libérateur de l'esclavage du péché et du démon, le Réconciliateur avec Dieu. Si tout homme est pécheur, parce qu'il a des liens avec le premier Adam, il est aussi prédestiné à la vie divine, parce qu'il est aussi de la lignée du deuxième Adam, Jésus-Christ. Ce qu'a été Adam pour l'humanité coupable, le Christ, nouvel Adam, l'est pour l'humanité régénérée. L'hérita­ge d'Adam faisait peser sur l'humanité entière un poids de péché et de mort. Le Christ régénère la source cor­rompue. 11 devient Lui-même Source d'une vie nouvel­le, d'une vie divine.

Dieu vient nous racheter, pour nous adopter divine­ment. Le Fils de Dieu a pris ce qui est nôtre pour nous donner ce qui est sien. Il s'est abaissé jusqu'à nous, pour nous élever jusqu'à Lui. Il a voulu naître fils d'homme, pour nous faire naître fils de Dieu. L'Enfant de Bethléem a porté en ses petites mains nos titres de noblesse. Sa naissance à la vie humaine nous a valu notre droit de naissance à la vie divine. « Tous ceux qui l'ont reçu, dit saint Jean, ceux qui croient en son Nom, II leur a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu »(jn. 1.12). Jésus est le Premier-né d'une multitude de frères, sur lesquels s'étend la Paternité divine.

« Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique » (Jn. 3.16). « Heureuse était la faute qui nous valut pareil Rédempteur », chante la Liturgie du Same­di Saint. Quel homme, en effet, aurait pu penser que celui-là même qui est l'offensé serait aussi le Rédemp­teur ! Quand nous pensons au Christ qui est Dieu, nous avons la notion authentique de Dieu qui est Amour. Quand nous pensons au Christ qui est Dieu, nous avons la notion authentique de la Création dans laquel­le II se plonge, et que sa présence prouve être une œuvre d'amour, amour qui veut à tout prix le bien de ce qu'il aime. L'Amour de Dieu pour ses créatures n'est pas une conclusion tirée de principes abstraits, c'est un fait d'expérience : « Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique ».

L'Incarnation, voilà le mystère qui révèle la Bonté de Dieu en ce qu'elle a de plus profond et de plus touchant.

Sous quelque aspect qu'on envisage ce mystère, il se présente comme une mission d'amour confiée au Verbe, par l'adorable Trinité désireuse de se communiquer elle-même et de s'unir étroitement à l'homme. L'Amour, en effet, tend à l'union. Ainsi, la Charité éternelle qui brûle dans le Cœur de Dieu est descendue jusqu'à nous. « Le Verbe s'est fait chair, II a établi sa demeure parmi nous ».

Et le Verbe s'est fait chair par Marie. C'est par Marie que Jésus a voulu venir jusqu'à nous. L'Évangile, à plu­sieurs reprises, nous fait comprendre par les faits, cette loi d'amour de la vie spirituelle : « Jésus se donnant par Marie ». A peine a-t-elle conçu qu'elle a hâte de le por­ter à Elisabeth et à Jean-Baptiste. Elle le présente aux bergers et aux mages. Elle le révèle à Cana. Partout elle montre Jésus. C'est une des lois les plus constantes de la grâce : « Ils virent l'Enfant avec Marie, sa Mère »(Mt. 2.11).

Avec la Très Sainte Vierge, soyons porteurs du Christ à nos frères, afin que par le Christ, avec Lui et en Lui, les hommes soient réunis à Dieu dans un amour filial, et réunis entre eux dans un amour fraternel.