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D'où vient l'assurance des chrétiens en la Résurrection du Christ ?
Père Pierre Descouvemont


Voulez-vous savoir si un homme est chrétien ? Demandez-lui d'écrire au verso d'un timbre-poste l'essentiel de sa foi. En trois mots il peut le proclamer: "Jésus est ressuscité".

Oui, le coeur de la Bonne Nouvelle que les apôtres sont allés porter à travers le monde, c'est que Jésus, après avoir été torturé sur une croix, est ressuscité avec son corps, un corps glorifié, transfiguré certes, mais qui n'en est pas moins resté un vrai corps d'homme. Mais comment les chrétiens peuvent-ils affirmer tranquillement une vérité aussi étonnante? D'où leur vient cette assurance? Quels sont les pilotis de leur foi? Il y en a trois. Ils forment un trépied solide sur lequel repose la foi chrétienne. Regardons-les successivement:

- En tout premier lieu, il y a l'expérience personnelle du Christ que chacun doit faire un jour ou l'autre dans sa vie. Pas de foi chrétienne sans cette rencontre personnelle qui nous fait dire après coup, comme Claudel après sa conversion: "Et tu devins tout à coup quelqu'un pour moi!". En ce sens-là, la foi suppose toujours une expérience du coeur.

- Deuxième pilotis de notre foi: les signes que nous adresse le Christ vivant au milieu de nous. Les uns seront plus sensibles à la conversion d'un François d'Assise ou d'un Père de Foucauld, les autres au témoignage d'une communauté chrétienne d'aujourd'hui, d'autres aux guérisons de Lourdes, d'autres enfin (il me semble que j'en fais partie) auront besoin de la convergence de tous ces signes pour voir briller la lumière pascale du Ressuscité. Mais si nous en restions là, notre foi manquerait de solidité. C'est sur un trépied qu'elle repose.

- Et le troisième pilotis de notre foi, c'est l'expérience faite jadis par les Douze, témoins privilégiés de la Résurrection de leur Maître. Même s'ils n'y pensent pas tous les jours, les chrétiens font également reposer leur foi sur le témoignage exceptionnel de ces hommes qui, seuls dans l'Histoire, ont pu dire: "Nous avons vu le Christ ressuscité. Nous avons mangé et bu avec Lui après sa résurrection d'entre les morts". L'expérience que les douze apôtres ont faite de Jésus ressuscité est vraiment unique au monde. Elle n'est pas celle que nous pouvons faire nous-mêmes aujourd'hui, ni même celle dont ont pu bénéficier une Sainte Marguerite-Marie à Paray-le-Monial ou une Sainte Bernadette à Lourdes.

Dans une extase, les voyants sont ravis dans un autre monde au point qu'ils deviennent insensibles à ce qui se passe autour d'eux. Ils ne sentent même pas la flamme de la bougie qu'on approche de leurs mains.

Les apparitions du Christ aux douze apôtres ont une tout autre allure. Ils n'ont pas été ravis en extase. C'est le Christ qui vient au milieu d'eux, qui s'assied à leur table et leur fait toucher du doigt - comme il le fait pour Saint Thomas - la réalité de son Corps ressuscité. Une expérience qui ne se prolongera d'ailleurs pas après l'Ascension. Après cette date, les apôtres vivront comme nous dans la foi; ils devront se contenter de l'expérience que nous pouvons encore faire nous-mêmes aujourd'hui: celle du Christ comme quelqu'Un de vivant dans leur vie.Savez-vous qu'on peut aller très loin dans l'étude critique de ce témoignage rendu par les apôtres... Menons-la en deux étapes.

On peut d'abord prouver que très vite les apôtres se sont mis à prêcher la Résurrection du Christ. Tous les historiens de bonne foi sont obligés de l'admettre. Comment cela? En étudiant les textes.

Si par exemple on regarde de près le chapitre 15 de la première Lettre de Saint Paul aux Corinthiens, on s'aperçoit que Paul y récite le catéchisme du temps de sa conversion. Dans ce texte que les historiens datent facilement de l'an 57, on retrouve la profession de foi que le jeune converti avait dû recevoir de la communauté chrétienne de Damas en l'an 36. En effet, dans ce passage, l'apôtre utilise un style qui n'est pas le sien. Saint Paul écrit par exemple: "Le Christ est ressuscité des morts le jour le troisième". C'est du mauvais grec. Habituellement l'apôtre écrit très correctement sa langue maternelle: il place l'adjectif ordinal comme on doit le faire en grec, avant le nom. Ici, il récite par coeur la profession de foi qu'on lui a enseignée à Damas, en araméen ou en hébreu. C'est pourquoi il place l'adjectif ordinal après le nom, comme dans les langues sémitiques.

Plus loin encore, Paul dit que le Christ est apparu à Képhas. D'ordinaire, quand il parle de Pierre, il le désigne avec son nom grec: Petros. Ici, c'est son nom araméen, le surnom que Jésus lui a donné à Césarée de Philippe: "Désormais, Simon, tu t'appelleras Kepha et sur ce Kepha, sur ce Roc, je bâtirai mon Eglise". Bref, tous les indices concordent. Ce que dit Paul au début de ce chapitre 15 est bien vrai: il ne fait que répéter aux Corinthiens la profession de foi qu'il a jadis reçue lui-même.

Quel est l'intérêt de cette démonstration? Cela prouve - et c'est énorme pour notre propos - que la foi en la Résurrection du Christ n'est pas une croyance qui s'est développée sur un tard dans les communautés chrétiennes. C'est tout de suite qu'elle est apparue.

On ne peut pas dire qu'elle est le fruit d'une longue élaboration dans l'esprit de disciples exaltés. Six ou neuf ans au plus tard après la mort du Nazaréen, il y avait déjà des communautés entières qui le considéraient comme Ressuscité. Or, l'histoire des religions nous montre que les mythes mettent toujours beaucoup plus de temps à se créer.

Mais la deuxième partie de notre enquête historique est tout aussi intéressante. Après avoir montré que la foi à la Résurrection du Christ est une conviction des toutes premières communautés chrétiennes, pouvons-nous aller plus loin dans notre démonstration? Oui, nous pouvons prouver que cette foi n'est pas une création des apôtres: ceux-ci ont en effet une façon de parler des apparitions de leur Maître qui manifeste une belle sincérité de leur part.

Quand, en effet, ils se mettent à raconter ce qui leur est arrivé, ils expriment leur expérience avec une discrétion qui contraste singulièrement avec l'importance qu'elle a pour eux... et pour le message qu'ils ont à annoncer. Une discrétion qui est un bon signe de leur sincérité. Voyons plutôt.

On s'est amusé à compter le nombre de pages qu'avaient consacrés les évangélistes aux récits concernant la Résurrection du Christ. Il est vraiment minime. Le premier Evangile, celui de Matthieu, n'y consacre que 2,4 % de son texte. Saint Jean un peu plus: 6,1 % de son évangile. C'est pour eux l'essentiel et ils ne disent presque rien. Quand on est sûr, on ne brode pas.

Autre signe intéressant de discrétion: les apôtres observent un silence total sur l'heure H de la Résurrection. Quand le Christ est-il sorti du tombeau? Comment cela s'est-il produit? Rien n'est raconté ! Ils n'étaient pas là! Merveilleuse sincérité!

Sans compter les invraisemblances de ces apparitions, le fait que Marie de Magdala prenne d'abord Jésus pour le jardinier du coin! Ce n'est vraiment pas très glorieux pour le Fils de Dieu ressuscité d'être pris pour celui qui assure le gardiennage des lieux, ou que les disciples le prennent pour un amateur de poissons sur les bords du lac. Il y a dans ces récits des détails pittoresques qui sont de bons signes de la sincérité des témoins. Bien sûr, la Résurrection du Christ n'est pas un événement historique dont on pourrait prouver l'existence à partir de la simple étude des documents d'époque. Elle restera toujours un mystère de la foi, puisqu'il s'agit d'affirmer la présence perpétuelle à nos côtés de Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme.

Mais il n'est pas mauvais pour la solidité de notre foi de vérifier le sérieux du témoignage rendu par les apôtres à son sujet. C'est l'un des pilotis - et non le moindre - de notre trépied pascal!

Béni sois-tu, Seigneur, d'avoir voulu que notre foi au Christ repose sur des bases aussi solides.
Nous pouvons dire en toute assurance: Christ est ressuscité! Alléluia!