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Dans l'austère Judée
Henri Daniel-Rops

Brève histoire de Jésus-Christ

L'automne de l'année 29 vit s'ouvrir dans la carrière de Jésus un nouveau chapitre. Quittant la Galilée, il gagna la Judée, où désor­mais, il séjournerait — hormis deux voyages au-delà du Jourdain, en Pérée, — jusqu'à la fin. Pourquoi prit-il cette décision ? Il est peu probable qu'il se soit rendu aux conseils, plus qu'équivoques, de quelques membres de sa parenté, vraisemblablement soucieux de débarrasser leur canton d'une présence jugée encombrante (Jean, VII. 3.4). Sans doute estima-t-il que sa mission en Galilée avait porté les fruits qu'il en attendait. Mais, plus profondément, saint Luc donne la vraie raison de ce changement de secteur : « Quand les jours où il devait être enlevé du monde furent près de s'accomplir, il prit la déci­sion de monter à Jérusalem » (VII. 8.10).

Une liaison existe donc, transcendante à toutes explications humaines, entre le nouveau terrain d'évangélisation et le destin qui y attendait Jésus. « II ne convient pas qu'un prophète périsse hors de Jérusalem » dira-t-il comme une chose qui va de soi, qui ne souffre aucune discussion (Luc, XIII. 33). La Judée était associée dans son dessein à cette vocation sacrificielle, accomplie par la souffrance et la mort, à laquelle il avait déjà fait allusion.

Et d'ailleurs, eût-il pu se leurrer sur les oppositions qu'il rencon­trerait dans ce nouveau secteur, bien plus fortes et organisées qu'en Galilée ? La Judée et Jérusalem étaient les bastions de la Loi, le pays des observances rigoureuses, des plus éminents Docteurs. Et c'était aussi le lieu où le problème des relations avec l'occupant se posait le plus clairement, donnant des inquiétudes fréquentes au fragile gou­vernement théocratique de la communauté juive, toujours prêt à crain­dre qu'un changement dans l'humeur des Romains ne mît en question ses droits. En pénétrant dans ce pays judéen aux pierrailles nues, aux col­lines désertiques, aux ravins désolés, si différent de sa douce Galilée, Jésus savait quels risques il prenait. 

Pour l'essentiel cette période judéenne de la mission du Christ n'est pas différente de la précédente. Jésus est semblable à lui-même, guérissant, consolant, distribuant le même enseignement sublime par ses discours, ses entretiens familiers, ses paraboles. On a pu cependant noter dans son attitude une différence d'accentuation. Il ne fait plus, en Judée, les « gentils miracles », les prodiges si simplement humains qu'ont été, en Galilée, le changement d'eau en vin, la multiplication des pains, la pêche miraculeuse. En revanche il insiste, dans son ensei­gnement, sur des thèmes messianiques, comme pour essayer de faire comprendre à ceux qui l'accompagnent quel est son vrai rôle, et en même temps pour souligner qu'il est entouré d'incompréhensions. On croit sentir en lui une sorte d'impatience sacrée à la fois devant les résistances qu'il rencontre, les haines qu'il devine, et devant l'ap­proche du dénouement que son infinie prescience connaît. C'est de ces semaines judéennes que date la mystérieuse phrase : « Je suis venu jeter le feu sur la terre, et que désire-je, sinon qu'il brûle ? » (Luc, XII. 49.) Vive flamme d'amour, dont parleront les mystiques, feu qui devrait être dévorant, et que tous les hommes laissent si peu lumineux, si peu brûlant !

Tous les épisodes que rapporte l'Evangile sur cette période don­nent la même impression : que la Parole divine tombe dans un peuple partagé, qu'elle aura du mal à y prendre racine, — comme dans la parabole du Semeur, le grain jeté dans les cailloutis, — que Jésus le sait, qu'il en souffre, et que cela le détermine à se faire plus pressant.

Ainsi le voit-on à Jérusalem, pendant la fête des Tentes dite encore des Tabernacles. Elle se célébrait vers le 15 octobre, quand les travaux de la terre étaient achevés, au début de l'année légale. Huit jours avant, le Peuple s'était 

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