christicity.com Bibliothèque Jésus-Christ Sa vie
Dieu présent dans un homme
Henri Daniel-Rops

Brève histoire de Jésus-Christ

Si attentif et si fervent que se veuille celui qui tente de « peindre » Jésus, il sait bien qu'il se heurte à un obstacle infranchissable, qu'il est un point au-delà duquel tout devient incompréhensible. Là on atteint le mystère central de sa personnalité, qui est aussi le mystère central de la foi chrétienne : le mystère de l'Incarnation. On ne peut parler du Christ comme d'un homme semblable aux autres, même en voyant en lui un homme exceptionnel, supérieur incomparablement à tous les autres, parce qu'il y a en lui bien autre chose que des vertus et des puissances humaines, autre chose que le génie et la sainteté : il y a Dieu présent.

Quand on a dit cela, on pourrait se taire. Parler de la psycho­logie de Jésus est, d'une certaine façon, absurde, puisque derrière le comportement de l'homme il y a, explication suprême, la volonté de Dieu et sa puissance. Le mystère de l'Incarnation échappe à toute ana­lyse ; ce n'est que dans la prière et l'adoration qu'il s'entrouvre aux âmes les plus saintes. Aussi bien est-ce sur lui que sont venues s'abattre les vagues les plus violentes de l'hérésie et de l'incroyance. Que Dieu puisse être présent dans un homme, un homme vivant, un homme de chair et de sang, cela a paru à des esprits critiques, inadmissible et quasi scandaleux. Pour Ârius, le théologien d'Egypte au début du iv e siècle, Jésus n'était pas Dieu, mais un homme hors série, si écla­tant de vertus qu'on avait pu lui reconnaître les attributs de la divi­nité ; d'autres disaient que Dieu l'avait appelé à lui, divinisé à sa mort. Ce genre de doctrines contre lesquelles l'Eglise avait réagi avec vigueur, notamment au Concile de Nicée, ont reparu à l'époque con­temporaine ; en substance, c'est à elles que se rattache Renan, et les termes d'admiration dont il use, qu'on a lus, ne sont pas sans arrière-pensées. On retrouve aussi plus ou moins les mêmes idées dans certains courants du modernisme, du protestantisme libéral, dans les thèses de Guignebert pour qui la « déification » de Jésus a été l'œuvre des premières générations chrétiennes. 

C'est à toutes ces théories que l'Eglise répond par les mots simples et définitifs du symbole : « Je crois en Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme ».

Cette présence de Dieu dans un homme pose, il va de soi, d'innom­brables problèmes. Les plus importants peuvent se formuler ainsi : Jésus s'est-il su Dieu ? S'est-il dit Dieu ? En lui quels étaient les rap­ports entre la nature divine et la nature humaine indissolublement associées ?

On peut tenter une première approche du mystère en considé­rant les expressions dont Jésus use lui-même quand il parle de lui, et dont usent aussi ses disciples et plus tard les évangélistes. « Fils de l'homme », dans les langues hébraïques, signifiait, disions-nous, pris au pied de la lettre, un homme, un homme né de la chair. Mais il ne signifiait pas que cela, en ce sens que la formule avait des résonances qui dépassaient l'interprétation terre à terre. Pour un lecteur des Prophètes, le terme « Fils de l'homme » rappelait les nombreux — quatre-vingt-quatorze — passages où Ezéchiel l'emploie comme pour signifier un représentant de l'humanité entière, une sorte d'intermé­diaire entre elle et Dieu ; ou celui du livre de Daniel (VII. 13) où, dans une vision grandiose, le Fils de l'Homme était montré venant « dans les secrets nocturnes, sur les nuées », pour recevoir domina­tion, puissance et gloire. De ceux qui avaient des oreilles pour entendre, les mots « Fils de l'homme » pouvaient être compris dans un sens messianique, et peut-être davantage encore.

Une autre expression, parallèle, était-elle plus explicite ? C'est celle de « Fils de Dieu ». Les évangélistes l'emploient beaucoup : saint Marc la place même en tête de son livre. Les apôtres, Pierre par exemple, s'en servent pour parler de Jésus, ou à Jésus. Y 

   Page 1 2 3 4 Page suivante