Cependant, dit saint Luc, « sa renommée se répandait de plus en plus » (Luc, V. 1). « On venait par troupes nombreuses, ajoute saint Marc (III. 7.8) l'écouter et se faire guérir par lui. » Telle est bien l'impression qu'on a à lire les récits de cette période galiléenne : l'impression d'une réussite. Dans cette terre heureuse, la bonne semence tombe et semble aisément germer. Les oppositions ne sont pas encore si déclarées qu'elles puissent gêner sensiblement l'action de la rayonnante présence. C'est un moment de bonheur et d'espoir.
Et quelles figures d'admirable confiance voit-on alors auprès de Jésus ! Non seulement les apôtres, les premiers disciples, qui ont tout quitté pour le suivre, menant avec lui une existence de hasard, sans feu ni gîte, dépendant de la générosité de tous. Non seulement ces femmes dévouées qu'on devine dans sa suite, s'occupant des tâches matérielles. Mais ces nombreux, ces anonymes qui passent des heures à guetter sa venue, puis à l'écouter, qui marchent sur ses pas jusqu'au lointain des collines, oubliant l'heure, n'ayant même pas pris le temps, on le verra, de faire des provisions. C'est tout un mouvement de ferveur qui semble porter les cœurs vers le jeune Messie, annonce de celui qu'au cours des siècles suscitera dans les âmes la figure sublime de Jésus.
De l'ensemble, plusieurs se détachent dont la foi en Jésus reçut sa récompense sur-le-champ. Au long des épisodes évangéliques on les rencontre, malades, désespérés qui tournent vers lui le regard, parents, amis, qui tremblent pour la vie d'un être cher, ou, plus humblement, pécheurs ayant atteint le fond de la misère humaine et qui n'ont plus de recours qu'en celui qu'ils reconnaissent pour le Maître du pardon. Voici Jaïre, ce chef de synagogue, dont la fille se meurt et qui, dans sa détresse, se tourne vers le nouveau prophète surgi en Israël. Voici cette femme hémorroïsse, atteinte d'un flot de sang, qui n'ose pas venir exposer son pénible cas au Maître, mais qui se glisse, subrepticement, convaincue que si elle arrive à toucher la frange de son manteau, elle sera guérie, et qui l'est.
Deux sont particulièrement admirables, et célèbres, parmi ces âmes de grande foi. Le centurion de Capharnaüm, celui en qui Ernest Psichari reconnaîtra la plénitude des vertus militaires et leur perfection. Le serviteur de cet officier subalterne est en danger de mort ; l'officier a fait appel au prophète qui guérit ; mais, pris de scrupules, il a renvoyé auprès de Jésus d'autres messagers pour lui dire qu'il n'est pas besoin de se déranger : qu'il donne de loin un ordre, et, il est sûr, lui le soldat qui connaît la puissance des ordres, que les puissances surnaturelles obéiront. Sublime confiance, et que Jésus lui-même admire et propose en modèle. Comment cette attente confiante ne serait-elle pas comblée ? (Luc., VII. I. 10 ; Matt., VIII. 5. 13.)
Et l'autre, plus touchante figure encore, à vrai dire la plus émouvante de l'Evangile, après Marie, en quelque situation qu'on la rencontre : la pécheresse publique, la fille de Magdala, que les gens bien se montrent en ricanant, qui a le front de se glisser dans la salle où Jésus prend son repas chez un hôte respectable, uniquement pour pleurer à ses pieds, et verser sur eux du parfum, et que le Christ accueille avec toute sa miséricorde. (Luc, VII. 36. 50.) Scène si belle, et qui éveille en chacun tant de résonances, que le pape saint Grégoire le Grand en disait : « Quand je la contemple, je désire me taire et pleurer. »
Du retentissement de la Mission de Jésus, une confirmation