La Mission de Jésus en Judée n'avait pas tardé à provoquer des réactions. Ce n'était plus dans une région écartée qu'il répandait sa paradoxale doctrine, au milieu d'un peuple qui avait la réputation de n'être pas très averti des choses religieuses ni très solide sur ses bases doctrinales. A Jérusalem et aux alentours, bien connaître la Loi, minutieusement s'y soumettre, était la fierté d'un grand nombre. Un non-conformiste devait fatalement susciter discussions et ripostes.
Le IV évangile, particulièrement précis sur les événements de cette période, montre bien comment l'opposition à Jésus se noua, grandit, pour aboutir à la décision meurtrière de se débarrasser de lui. Cela commence par des discussions sur son compte entre ceux qui sont attirés par lui et ceux qui restent méfiants. « Les uns, qui l'avaient entendu, disaient : — C'est vraiment un Prophète ! D'autres : — C'est le Messie ! A quoi d'autres répliquaient : — Est-ce donc de Galilée que doit venir le Messie ? L'Ecriture ne dit-elle pas qu'il sera de la race de David, du bourg de Bethléem, d'où était originaire le Roi ? » (Jean, VII. 40.43.).
Les dirigeants de la Communauté juive sont sur le qui-vive ; une partie de l'opinion s'étonne qu'ils laissent parler librement le prophète : l'auraient-ils reconnu comme Messie ? (Jean, VIL 26.) Il faut agir, mais comment ? S'il s'agit d'un petit agitateur, un de ces soi-disant inspirés comme l'espèce en abonde, une minime opération de police pourra suffire : quelques policiers du Temple mêlés à l'assistance trouveront bien le moyen de constater un flagrant délit et d'arrêter l'orateur. Mais voilà que l'opération échoue, les argousins revenant si impressionnés par Jésus qu'ils n'ont pas osé porter la main sur lui. (Jean, VII. 46.)
De semaine en semaine, la tension grandit et, de toute évidence, Jésus ne fait rien pour éviter qu'elle ne grandisse.
Dans l'enseignement de Jésus, il y avait bien d'autres points qui devaient susciter mécontentement, colère. Sur d'autres questions aussi, il prenait le contre-pied non seulement de l'enseignement traditionnel, mais, à ce qu'il semblait, de la Loi mosaïque même. Ainsi, sur le mariage ; le divorce était autorisé, quelques garanties seulement étant prises sur le sort de la femme répudiée. Jésus, lui, proclamait que « l'homme ne devait pas séparer ce que Dieu avait uni » (Matt., XIX, 36; Marc, X, 9; Luc, XVI. 18). Etait-ce donc cela qu'il entendait quand il parlait d' « accomplir la Loi > ?
Il était dit que tout, dans le message de Jésus, serait fait pour heurter la susceptibilité des traditionalistes. La Judée depuis des siècles, se considérait comme le bastion du nationalisme israélien le plus fier et de la fidélité religieuse la plus ombrageuse ; ce qui revenait au même. Quelle étrange insistance mettait donc Jésus à suggérer que le Peuple Elu n'aurait pas seul accès au Royaume des Cieux. Pourquoi parlait-il tant de ces fils prodigues, de ces brebis égarées qui avaient autant de droits à l'amour du Maître que les bons fidèles ? Pourquoi