De toutes les fêtes qui jalonnaient l'année Israélite, la plus sainte, la plus fervente était la Pâque. Depuis Moïse elle rappelait la délivrance du Peuple de Dieu de la servitude égyptienne et les marques de bienveillance insigne que le Seigneur, en cette occasion, avait données aux siens. C'était en souvenir des événements rapportés au livre de l'Exode qu'on immolait l'agneau « pascal », qu'on aspergeait de son sang, avec une branche d'hysope, le linteau et les montants des portes et des maisons, qu'on mangeait la chair de l'animal avec des pains azymes.
Jésus décida de monter à Jérusalem pour y célébrer la Pâque : c'était, pour un Juif, marque de piété. Les évangélistes ont rapporté le fait, en précisant tous les quatre que la mort de Jésus eut lieu le vendredi où commençaient, la nuit venue, les cérémonies de la Pâque (par exemple Jean, XVIII. 28). Comme il était légal que la Pâque fût célébrée le quatorzième jour du mois (lunaire) de Nisan, la rencontre d'un vendredi et du 14 nisan s'étant produite en l'année 30 on peut assez vraisemblablement fixer au 7 avril 30 le vendredi tragique, le « vendredi saint » de la tradition chrétienne.
La dernière semaine que Jésus allait passer sur la terre s'ouvrit donc le dimanche 2 avril. Singulièrement remplie, cette semaine, mystérieusement marquée d'une succession de parties lumineuses et de ténèbres, pour aboutir à la nuit du Golgotha et du Sépulcre, puis à l'illuminante matinée de la Résurrection. C'est elle que, suivant pas à pas le récit évangélique, la liturgie accompagne des admirables cérémonies de la « Semaine Sainte ». Le Christ est encore présent sur la terre pour quelques jours; il reprend plusieurs des thèmes essentiels de son message ; il manifeste encore sa puissance ; il lance quelques terribles avertissements. Mais surtout il marche vers le sacrifice total qu'il a voulu, qu'il a prédit, celui qui donnera à sa mission sur terre son sens plénier.
La semaine commence de façon éclatante. Installé sans doute à Béthanie, Jésus se met en route vers Jérusalem le dimanche matin. Ses disciples sont avec lui, et nombre de ses fidèles. Sur la route il rencontre des gens de la ville, venus, selon le vieil usage, au-devant des pèlerins de la Pâque. Cela fait déjà un petit monde.
Peu avant d'arriver au sommet du Mont des Oliviers, Jésus s'arrête. Il y a là un village, Bethphagé, « la maison des figues », et c'est jour de marché. « Qu'on aille, ordonne Jésus, détacher une ânesse qu'on y trouvera avec son ânon, et qu'on l'amène. Si quelqu'un soulève une objection, répondez que le Seigneur en a besoin et aussitôt on vous laissera emmener les bêtes. » (Matt., XXI. 1. 7 ; Marc, XI. 1.7; Luc, XIX. 29. 35.) L'ordre paraît assez bizarre au lecteur moderne ; mais beaucoup moins aux Juifs qui entouraient Jésus. Même si la façon d'emprunter l'ânesse était insolite, ne pouvait-on pas y pressentir une signification prophétique ? Zacharie n'avait-il pas dit : « Voici que ton roi vient, plein de douceur, monté sur un âne, sur un ânon, le petit de l'ânesse. » (IX. 9.) C'était une entrée messianique qui se préparait.
Et de fait, c'est bien comme telle que se déroule la scène. « L'heure, dit Romano Guardini, appartient aux puissances de l'Esprit. » Jésus arrive, dans la belle lumière du printemps palestinien, en vue de la Ville. Ses amis, son entourage l'acclament, et c'est bientôt toute une foule qui se presse : qu'on n'oublie pas qu'il y a alors autour de Jérusalem des centaines de mille de pèlerins qui campent. « Qui est-ce ? demandent des badauds. — Jésus, le prophète de Nazareth en Galilée ! » Et les Hosanna de retentir, et les branches coupées aux palmiers de se dresser, enthousiastes,