Célébrer la Pâque était, pour les Juifs, une absolue obligation. Nul ne pouvait s'y dérober. Au point même que les pauvres, s'ils n'avaient pas de quoi acheter ce qui était nécessaire pour la fête, avaient le droit de le réclamer à la Communauté. Dans la journée du Jeudi, les disciples demandèrent à Jésus où il pensait célébrer le repas rituel. A quoi il leur répondit d'une façon singulière. Deux d'entre eux, Pierre et Jean, iraient à la ville. Ils y rencontreraient un homme portant une cruche d'eau. — La chose n'était pas si courante qu'on pourrait le penser, car aller puiser de l'eau était tâche de femme. — Ils le suivraient jusqu'à une maison. Là ils préviendraient le propriétaire de son arrivée, afin qu'il mît à leur disposition un grand cénacle orné de tapis. C'est là qu'ils feraient les préparatifs. (Matt., XXV. 18. 19; Marc, XIV. 12. 16; Luc, XXII. 7. 13.). Ici encore les puissances de l'Esprit étaient évidemment au travail.
Ce « grand cénacle » était vraisemblablement une de ces vastes pièces qui, dans les maisons riches, occupaient tout le premier étage ou à peu près ; on les réservait aux hôtes de passage ; un escalier extérieur ordinairement y menait. Une tradition ancienne localise celle de la suprême Pâque du Christ dans la partie sud-ouest de la ville haute, pas très loin du Palais des Grands Prêtres. Lorsque la nuit tomba, — vers dix-sept heures et demie, — c'est-à-dire à l'instant où, selon la façon juive de compter les jours, allait commencer le 14 nisan, la cérémonie débuta.
Les rites en étaient minutieusement fixés. Le traité Pesahim du Talmud les rapporte en détail. Durant l'après-midi, on était allé au Temple acheter l'agneau sans défaut ni tache exigé par la Loi et on l'avait présenté aux sacrificateurs. Un coup de trompette donnait le signal de chaque sacrifice. Les entrailles et les graisses étaient brûlées ; la chair était rapportée à la maison. Là, elle était rôtie, et non bouillie. Aucun os ne devait être brisé.
Cependant, cette ultime Pâque prise avec leur Maître devait laisser dans l'esprit des Apôtres un souvenir plus inquiétant que joyeux. D'emblée, Jésus ne leur avait-il pas annoncé que ce serait la dernière qu'il prendrait avec eux avant la Pâque éternelle du Ciel ? (Luc, XXII. 14. 16.) N'avait-il pas ajouté aux rites légaux un cérémonial très inattendu, se mettant lui-même, accroupi, à leur laver les pieds à tous, l'un après l'autre, malgré la protestation chaleureuse qu'en leur nom avait élevée Simon-Pierre, pour leur rappeler à tous, — il l'avait expressément dit, — qu'ils devaient se considérer comme les plus humbles (Jean, XIII. 8. 16), qu'au contraire des ambitions terrestres, leur seul désir à eux devait d'être « comme le dernier », « comme celui qui sert ». Etait-ce donc cela le Royaume où il les recevrait à sa table, où, assis sur des trônes, ils jugeraient les douze tribus d'Israël ? (Luc, XXII, 24. 29 ; Malt., XX. 25 ; Marc, X. 42. 45.) D'emblée, ils étaient entrés dans le mystère, un mystère qu'ils étaient encore loin de pénétrer.
Et puis, il y avait eu l'incident de Judas. A deux reprises, le Christ avait fait allusion à l'un d'entre eux, l'un des Douze, d'une façon bien inquiétante. Quel était donc celui « qui