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Les Miracles de Jésus
M. l'abbé Francis Paul Cappiello


Le miracle proprement dit, est un fait sensible, extraordinaire et divin.

Le miracle est un fait, un événement qui se passe dans le temps et dans l'espace, qui est dans le cours de l'histoire. C'est un fait sensible, c'est-à-dire qui tombe sous les sens, un fait qu'on peut observer, contrôler, enregistrer dans notre monde de faits humains. Un fait extraordinaire ; il est en-dehors du cours ordinaire des choses. Il a une qualité de merveilleux. Un fait divin ; c'est-à-dire qu'on ne peut attribuer qu'à la Puissance de Dieu agissant par Lui-même, comme ce fut le cas de Notre Seigneur, ou agissant par l'intermédiaire des créatures, comme ce fut le cas des saints qui ont fait des miracles.

Il est à remarquer que les démons peuvent accomplir certains prodiges, pour tenter les hommes et les détour­ner de la voie du salut en Jésus-Christ et en l'Église qu'il a instituée. Dieu permet les tentations, afin que nous en triomphions avec le secours de la grâce, et qu'ainsi nous pratiquions les vertus et acquérions des mérites pour le paradis. Jésus nous met en garde contre les faux prophètes : « II surgira des faux Christs et des faux prophètes, qui produiront des signes et des prodi­ges considérables, capables d'abuser si possible, même les élus. Ainsi, vous voilà prévenus» (Mt. 24,23). Les œuvres du démon trahissent toujours leur origine, soit dans les instruments qu'il emploie, soit dans le but qu'il poursuit. Pour reconnaître les vrais miracles qui vien­nent de Dieu, nous avons souvent le jugement de l'Égli­se qui nous guide d'une manière sûre.

« Les miracles que Notre Seigneur a faits, dit saint Augustin, sont des œuvres divines qui avertissent l'intel­ligence humaine, de s'élever vers Dieu par le moyen de signes visibles. En effet. Dieu est d'une telle nature que nos yeux ne peuvent le voir ; et ses merveilles, par les­quelles il régit le monde entier et prend soin de toutes les créatures, deviennent banales par leur fréquence, au point que presque personne ne daigne s'arrêter à ces prodiges remarquables et étonnants qui s'opèrent dans chaque grain de semence. Aussi, dans sa miséricorde, s'est-il réservé certaines œuvres qu'il accomplit en temps opportun, en dehors des lois et du cours ordinai­re de la nature, afin que la vue de choses qui ne sont pas plus grandes, mais inhabituelles, frappe ceux pour qui les quotidiennes étaient devenues banales. Car, c'est un plus grand prodige de gouverner le monde entier que de rassasier cinq mille hommes avec cinq pains. Et cependant, personne ne s'étonne du premier prodige, mais on admire le second, non parce qu'il est plus grand, mais parce qu'il est rare ». Les miracles sont des appels de Dieu, pour nous rendre attentifs à sa Présence et à sa Parole.

Le miracle est un fait d'ordre religieux. Il est toujours produit dans un contexte religieux. Il a une significa­tion religieuse. Le miracle n'est pas seulement une incursion de Dieu dans les lois de la nature, mais aussi une incursion dans la vie de l'homme. Le miracle res­semble non à une chose, mais à un geste. Il est un lan­gage, communication d'un message. C'est Dieu qui nous fait signe, en vue de notre salut. Le miracle est un signe de l'Alliance que Dieu scelle avec les hommes. Il est comme la signature de Dieu.

L'Église enseigne que les miracles sont des « signes très féconds, et capables de s'accommoder à tous les esprits, de la vérité divine » (1er Concile du Vatican).

L'Évangile nous montre Jésus accomplissant de nombreux miracles. Jésus agit miraculeusement sur la nature. A sa voix, l'eau est changée en vin, aux noces de Cana. Avec quelques pains, il nourrit des milliers de personnes dans le désert. Il marche sur l'eau comme sur la terre ferme. A sa parole, la mer et les vents s'apaisent. A ses apôtres découragés d'un travail infructueux, il ordonne de jeter leurs filets à la mer, et tout à coup, ils sont remplis jusqu'à se rompre.

Jésus agit miraculeusement sur les maladies. Un mot de Lui, et voici que les sourds entendent, les aveugles voient, les lépreux sont guéris. Partout où II va, on dépose des infirmes sur son passage. « Au coucher du soleil, dit saint Luc, tous ceux qui avaient des malades atteints de maux divers les lui amenèrent, et Lui, impo­sant les mains à chacun d'eux, II les guérissait »(4,40).

Jésus agit miraculeusement sur la mort. A la veuve qui suit le cortège funèbre, à la porte de Naïm, Jésus rend son fils unique. Il vient dans la maison de Jaïre et dit à l'enfant décédé « Lève-toi ». Aux deux sœurs Mar­the et Marie. Il rend leur frère Lazare, enterré depuis quatre jours. Enfin, après sa mort, Jésus accomplit le plus grand des miracles en se ressuscitant Lui-même.

Jésus commande aussi aux démons. Les cas de pos­session diabolique étaient fréquents au temps de Notre Seigneur. Jésus guérit les possédés en chassant les démons.

Les ennemis de Jésus reconnaissent qu'il fait beau­coup de miracles et s'en inquiètent. Les grands prêtres et les pharisiens se réunissent et se demandent : « Que faisons-nous ; cet homme accomplit beaucoup de signes. Si nous le laissons faire, tous croiront en Lui » (Jn. 11,47-48).

Jésus accomplit les miracles d'une manière divine. Le premier caractère des miracles de Jésus, c'est la sponta­néité de la Toute-Puissance. Les miracles sont comme le rayonnement naturel de son Être, de sa Personne. Il fait des miracles avec un calme admirable, une maîtrise parfaite, une souveraineté toute-puissante. Quand II le veut, un mot, un geste lui suffisent. Il parle et le vent s'apaise. Il bénit cinq pains et ces pains se multiplient. Il impose les mains et les paralysés marchent et les aveugles voient. Il dit au lépreux : « Je le veux : sois guéri ». Il dit au paralytique : « Lève-toi et marche ». Il dit à l'aveugle de Jéricho : « Va, ta foi t'a sauvé », et tous ces hommes sont immédiatement guéris. En s'ap­prochant du cercueil du fils de la veuve de Naïm, Jésus dit : « Jeune homme, Je te l'ordonne, lève-toi », et le mort revient à la vie. Il dit à Lazare : « Sors du tom­beau », et Lazare ressuscite. On reconnaît à considérer Jésus, le Maître de la nature et de la vie.

Bien plus, sa parole agit à distance aussi bien que de prés. La chananéenne ne lui amène pas sa fille qui est affreusement tourmentée par le démon, et Jésus, touché par la prière confiante de cette femme, lui dit : « qu'il te soit fait comme tu veux », et sa fille est guérie à l'heure même (Mt. 15.28). Le centurion ne conduit pas Jésus auprès du lit de son serviteur malade, et cependant celui-ci est guéri (Mt. 8.13).

Les miracles sont des signes divins qui garantissent l'authenticité de la Révélation de Dieu. Les miracles de Jésus sont comme des paroles en actes qui viennent préciser et confirmer les paroles de sa bouche. Ainsi, la guérison de l'aveugle-né met en valeur cette parole de Jésus : « Je suis la Lumière du monde ». La résurrection de Lazare confirme la parole de Jésus : « Je suis la Résurrection et la Vie ».

Les miracles de Jésus sont les symboles ou les pré­curseurs de quelque bienfait supérieur. Le changement de l'eau en vin est l'image d'une transformation mystérieuse qui doit nous donner son Sang comme breuvage. La multiplication des pains représente le pain descendu du ciel, sa chair vivifiante, qui doit se multiplier à l'infi­ni sans cesser d'être une, pour nourrir dans tous les lieux et dans toute la suite des âges, les générations chrétiennes. Les miracles de Jésus apportent la preuve que le Royaume de Dieu est déjà venu sur la terre (cf. Le. 11.20).

Les miracles manifestent que Jésus est le Messie, le Fils de Dieu. Aux disciples envoyés par saint Jean Bap­tiste, qui demandent à Jésus : « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? » Le Sei­gneur répond : « Allez rapporter à Jean ce que vous entendez et voyez : Les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds enten­dent, les morts ressuscitent, et la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres » (Mt. 11,3-5). « Les œuvres que Je fais au Nom de mon Père, dit Jésus, me rendent témoi­gnage »(Jn. 10,25).

Saint Pierre, dans son premier discours aux juifs, le jour même de la Pentecôte, fait appel au témoignage des miracles : « Hommes d'Israël, écoutez ces paroles. Jésus le Nazaréen, cet homme auquel Dieu a rendu témoignage par les miracles, prodiges et signes qu'il a opérés par Lui au milieu de vous, ainsi que vous le savez vous-mêmes, cet homme qui avait été livré selon le dessein bien arrêté et la prescience de Dieu, vous l'avez pris et vous l'avez fait mourir en le clouant à la croix par la main des impies. Mais Dieu l'a ressuscité » (Ac. 2.22 24).

A la fin de son Évangile, saint Jean nous dit : « Jésus a accompli en présence des disciples encore bien d'au­tres signes, qui ne sont pas relatés dans ce livre. Ceux-là l'ont été pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et qu'en croyant vous ayez la vie en son Nom » (20.30 3l).

Les miracles annoncent la splendeur jaillissante du JOUR où tout reprendra vie. Ces plaies purulentes qui instantanément se ferment, ces os brisés qui se soudent net, ces morts qui ressuscitent, sont les signes avant-coureurs de la tornade de vie qui déferlera dans l'Univers, quand Dieu marquera l'achèvement du monde. Les miracles de Jésus, ceux d'autrefois et ceux d'au­jourd'hui accomplis dans l'Église, sont les signes des temps nouveaux et du Royaume nouveau ou Dieu sera tout en tous.

Les miracles sont des œuvres de Bonté et de Miséri­corde. Ils nous manifestent l'Amour du Christ pour soulager les misères humaines. Ses miracles servent à son œuvre de Bonté et de Salut. Et ils ouvrent le che­min de la grâce qui saisit les âmes et les transforme.

Les miracles de Jésus ont pour but la sanctification des âmes. Jésus ne pense pas seulement à la guérison du corps. En ouvrant les yeux du corps, II donne aussi la lumière de la foi. Avant de rendre aux membres paralytiques leur vigueur et leur souplesse, II brise les liens qui enchaînent l'âme au péché. En guérissant la chair lépreuse, il purifie aussi l'âme de la lèpre spirituel­le. En faisant parler les bouches muettes, il invite les âmes à louer Dieu. Le Seigneur est heureux de dire : « Confiance, mon enfant, tes péchés sont remis ». « Te voilà guéri, va en paix et ne pèche plus ». Pour Jésus, sa puissance sur la maladie est le signe visible d'une autre victoire invisible, sa victoire sur le péché.

Les miracles que Jésus a accomplis sont liés à la Foi.

Certains miracles incitent à croire. A la fin des noces de Cana, saint Jean conclut : « Tel fut le premier des signes de Jésus... Il manifesta sa gloire et ses disciples crurent en Lui » (Jn. 2,11).

Mais souvent aussi, Jésus accomplit un miracle en réponse à la foi manifestée. Ainsi, la foi admirable du centurion, la foi de la chananéenne, celle du paralyti­que, celle de Jaïre ont obtenu des miracles.

Jésus accomplit ses miracles lorsqu'ils sont dans l'ordre de sa Mission. Il est à remarquer que Jésus s'est toujours refusé à opérer certains miracles, par exemple, ceux que réclamait la vaine curiosité, ou ceux qui auraient eu un caractère de vengeance. Au désert, Jésus refuse à Satan de changer les pierres en pain, ou de se jeter du haut du Temple. Lorsque les pharisiens deman­dent à Jésus d'accomplir un signe dans le ciel, le Sei­gneur s'y refuse, parce qu'il ne trouve pas dans les âmes les dispositions requises (cf. Mt. 16,1). Après le mauvais accueil d'un village de Samarie, Jacques et Jean demandent au Seigneur : « Veux-tu que nous ordonnions au feu de descendre du ciel et de les consumer ?« (Le. 9.54). Jésus répond négativement et les réprimande.

Devant les miracles, il y a des attitudes différentes : il y a ceux qui croient, et ceux qui refusent de croire. Le miracle ne force pas l'assentiment, il le facilite. L'hom­me peut, hélas ! refuser la foi. Dieu veut qu'on vienne à Lui librement. Le miracle ne contraint pas à croire, Jésus Lui-même nous en avertit dans une parabole. Le mauvais riche qui est mort et qui souffre les douleurs de l'enfer, demande que le pauvre Lazare revienne sur terre avertir sa famille des réalités de l'au-delà. Abra­ham lui répond : « Ils ont Moïse et les prophètes : qu'ils les écoutent ! » Mais le riche insiste : « Non, père Abra­ham, mais si quelqu'un de chez les morts va les trouver, ils se convertiront ». Mais Abraham lui dit : « Du moment qu'ils n'écoutent ni Moïse ni les prophètes, même si quelqu'un ressuscite d'entre les morts, ils ne seront pas convaincus » (Le. 16,27-31).

Attristé de voir que tant de signes divins, tant de bienfaits, tant d'amour n'ont pu triompher de l'obstina­tion de beaucoup d'hommes, Jésus déclare à ses apô­tres : « Si Je n'avais pas fait parmi eux des œuvres que nul autre n'a faites, ils n'auraient pas de péché ; mais maintenant ils ont vu et ils nous haïssent, Moi et mon Père. Mais, c'est pour que s'accomplisse la parole écri­te dans leur loi : ils m'ont haï sans raison » (Jn. 15,24-25).

Dans l'Évangile, saint Jean nous rapporte, avec des détails nombreux et intéressants, la guérison de l'aveugle-né (cf. Jn. 9). Mais cette guérison miraculeuse suscite les réactions de ceux qui refusent de croire en Jésus. Après avoir procédé à une enquête minutieuse, et devant la certitude des faits, les pharisiens préfèrent fer­mer les yeux à la lumière. Ils s'irritent contre le miracu­lé qui leur répond avec sagesse, et finissent par le jeter dehors. Jésus apprit qu'ils l'avaient expulsé. Alors, II vint le trouver et lui dit : « Crois-tu au Fils de l'homme ? » II répond : « Et qui est-il, Seigneur, pour que je croie en lui ? » Jésus lui dit : « Tu le vois, et c'est lui qui te parle ». Il dit : « Je crois, Seigneur », et il se prosterne devant Lui. Que cette attitude de foi soit aussi la nôtre. Sachons reconnaître les signes de Dieu, et ouvrir notre âme à la Lumière de la FOI, pour une Vie de CHARITÉ .