Les événements qui marquèrent la nuit du jeudi au vendredi, puis la matinée du second jour, ont été rapportés par les quatre évangélistes (Malt., XXVI. XXVII ; Marc, XIV. XV ; Luc, XXII. XXIII ; Jean, XVIII. XIX.), avec une simplicité, une force de persuasion extraordinaires. On sent que, des années après, ces hommes, en écrivant, étaient encore si marqués par les événements qu'il leur était impossible de ne pas en donner un récit concret, direct, dépourvu de tout commentaire. Tous le montrent résigné, livré à la méchanceté, vraiment offert comme une victime, plus poignant, — et plus inquiétant, — dans cette attitude qu'un accusé qui se débat et contre-attaque. Tout est simplement, épouvantablement, humain.
Par la voie à gradins, une troupe descend : cliquetis d'armes, torches et lanternes ; valets, gardes du Temple, quelques scribes, des auxiliaires de l'armée romaine aussi peut-être, pour veiller sur l'ordre. Ils arrivent au clos des Oliviers ; Jésus y est bien, n'ayant près de lui que le minime peloton des intimes ; l'arrestation sera facile ; le traître a bien travaillé.
Le voici qui s'approche de Jésus, le salue, le baise, — à la main sans doute comme faisaient les disciples d'un rabbi. Un mot de tristesse échappe à Jésus : « Judas, c'est par un baiser que tu trahis ton maître... » Puis, s'avançant vers les argousins : « Qui cherchez-vous ? — Jésus de Nazareth. — C'est moi. Laissez aller les autres. » A ce moment, Simon-Pierre, l'impétueux Simon-Pierre, bondit, l'épée au poing. D'un mot, Jésus l'arrête. Et il se livre à ceux qui l'entraînent. « Votre heure est venue, leur dit-il, l'heure de la puissance des ténèbres. » Tous les moyens humains sont inutiles. Ce n'est point par eux que la puissance des ténèbres sera vaincue.
Ainsi commence ce qu'on a bien souvent appelé « le procès de Jésus ». Singulier procès et où les règles juridiques seront si outrageusement violées que, de nos jours, on verra des Juifs honnêtes réclamer la cassation de la décision inique auquel il aboutit.
C'est chez Anne d'abord qu'on mène Jésus. Pourquoi Anne ? De toute évidence parce qu'il était la cheville ouvrière de l'affaire. Ancien grand prêtre lui-même, chef d'une famille pontificale dont sept membres devaient accéder à la mitre et au pectoral, c'était une personnalité influente. « L'auteur véritable de ce drame terrible... » dit Renan. Il ne semble pas pourtant, à lire les évangiles, que ce soit lui qui ait avec Jésus l'entretien décisif. Sans doute suffirait-il à cet homme qui savait distinguer le vrai pouvoir de ses apparences, d'avoir vu l'adversaire devant lui, à sa merci.
L'affaire