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Quand j'aurai été élevé ...
Henri Daniel-Rops

Brève histoire de Jésus-Christ

Au Nord-Ouest, le rempart de Jérusalem dessinait un redan, en face de la pente du Gareb. La porte d'Ephraïm y était percée, qui menait vers Jaffa, et, un peu plus loin vers l'Est, la porte de la Poissonnerie d'où partait la route du lac par Samarie. Selon l'usage antique, des tombeaux s'alignaient, le long des voies. Le lieu était sinistre, hanté de chiens errants et de vautours. Car il y avait souvent de la pâture pour eux.

C'était là, en effet, que se dressaient les bois patibulaires où devaient mourir les condamnés à la peine capitale. Une butte de calcaire pelé, — le « crâne chauve » disait le populaire, en araméen Golgotha, Galvarius en latin, — où demeuraient plantés en perma­nence des fûts hauts de deux mètres cinquante auxquels il suffisait de fixer une poutre transversale pour avoir l'instrument classique pour l'exécution des esclaves fugitifs ou criminels, des bandits et des rebelles : la croix.

« Tuez les faux prophètes aux jours de grandes cérémonies », disait la Loi. Que leur mort soit publique « afin que le peuple voie et tremble » (Deut., XIII. 11). Ces corps accrochés au bois, tous les pèlerins arrivant de Césarée, de Jaffa, de Galilée, les verraient : leçon terrible... Ce fut à la butte chauve qu'on mena donc Jésus.

Pour conduire un homme à la mort, les Juifs avaient tout un cérémonial. Un héraut marchait en avant du cortège, rappelant le crime qui avait motivé l'arrêt ; des étudiants en religion escortaient le condamné, l'exhortant à la repentance, un délégué du Sanhédrin surveillait les opérations. On n'a pas l'impression que, pour Jésus de Nazareth, on ait fait tant. En revanche, le Procurateur fit contrôler l'exécution par un centurion et un peloton de soldats.

Avant que le cortège se mette en marche, Pilate donna l'ordre de faire rédiger un écriteau. C'était encore un usage romain que d'afficher au-dessus de la tête du supplicié la cause de sa condamnation. Mais que mettre pour Jésus ? Sans doute le fonctionnaire avait-il tremblé inté­rieurement quand la foule avait fait une allusion très claire à une possible dénonciation : il tenait sa revanche. 

« Jésus, le Roi des Juifs » ; tous les passants pourraient lire cette inscription en latin, en grec, en hébreu. La raillerie était lourde, mais les malins politiques qui avaient accusé Jésus d'avoir voulu se faire roi étaient pris à leur piège. Toutes leurs protestations se heurtèrent à un refus amusé.

La sixième heure commençait au moment où le cortège se mit en marche (Jean, XIX. 14), c'est-à-dire environ onze heures et demie. Il sortit de l'Antonia et par les voies à degrés, lentement, se dirigea vers le rempart. Tel fut le premier de ces « chemins de Croix » que la piété chrétienne aimera à commémorer par une liturgie simple et poignante, au long des traditionnelles « quatorze stations ». Tout ne sera pas historique dans cette tradition : ni les « trois chutes » du Christ, ni la rencontre avec sa mère, ni le geste, si symboliquement beau, d'une femme du peuple, Véronique, essuyant, d'un linge miséricordieux, la face outragée et ensanglantée de Jésus. L'essentiel, que les évangélistes rapportent, est déjà en soi assez poignant. Le malheureux, épuisé par une nuit de veille et la flagellation, portant sur l'épaule le lourd madrier destiné à son supplice, buttant, tombant, si évidemment à bout de force que le centurion du service d'ordre réquisitionne pour l'aider un passant, — un Juif de Cyrène, nommé Simon. « Voie dolereuse », diront les pèlerins chrétiens du Moyen Age qui viendront la suivre à genoux ; « porte dolereuse », diront-ils pour désigner celle par laquelle ils croyaient que le cortège sortit de la ville (En fait ce fut plutôt par la porte d’Ephraïm). Ce n'était pas hier que le prophète avait annoncé que le Messie offert pour la rédemp­tion du monde serait l'homme de douleurs (Isaïe, LIII).

La croix n'était pas un 

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