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Sous le souffle de l'esprit
Henri Daniel-Rops

Brève histoire de Jésus-Christ

Le chemin leur était familier : ils l'avaient pris bien souvent avec lui. Sortant de la Ville, la voie à gradins descendait jusqu'au Cédron boueux pour remonter, de l'autre côté du torrent, assez raide, au flanc de cette colline qu'on appelait le Mont des Oliviers. Gethsémani était tout proche, l'enclos du pressoir à huile, associé dans leur mémoire à tant d'images douloureuses. Sans doute plusieurs évoquèrent-ils en eux-mêmes ces souvenirs, cependant qu'ils gravissaient la pente. Mais, pour l'heure, c'était vers le haut qu'il les menait, vers la pleine lumière de la cime, vers cette terrasse aérienne d'où la vue est si belle sur Jérusalem, d'ambre et de nacre sous le soleil de mai.

Qui étaient-ils ? Combien étaient-ils ? Un très petit peloton sans doute. Les onze, ceux qui avaient été choisis par lui et constitués ses témoins, les légataires de son message. Le douzième manquait : son corps achevait de s'en aller en morceaux au bec vorace des vautours charognards. A lire les textes qui rapportent l'événement (Marc XVI. 19. 20 ; Luc XXIV. 50.52 ; Act. I. 9.12 ; et aussi Jean XX. 31 et XXI. 25) on a l'impression d'une très petite troupe, formée de ceux-là seuls à qui le mystère pouvait signifier autre chose qu'une nouvelle manifesta­tion bizarre d'un incompréhensible pouvoir. Beaucoup ont pensé que la mère du Maître était là aussi, qu'il convenait de voir associée à la gloire comme elle l'avait été à la déréliction. Et peut-être ces quel­ques femmes encore que l'amour et la foi avaient rendues si simple­ment héroïques qu'à l'heure où les hommes perdaient cœur, elles avaient su demeurer, seules, dans la fidélité.

Quand ils furent arrivés au sommet de la colline, il s'arrêta. Tous firent halte à son signe et s'assemblèrent autour de lui. Sans doute croyaient-ils qu'une fois de plus il allait prendre la parole, leur délivrer un peu plus encore de son message. Mais cette fois ce fut en silence qu'il leva la main, les bénit. 

.. Alors se produisit un événement prodi­gieux, que les textes saints rapportent comme un fait d'histoire et qui, cependant, est transcendant à toute histoire, engagé dans l'Eternité.

« Tandis qu'il les bénissait, il s'éleva vers le ciel devant eux : une nuée bientôt l'enveloppa et le déroba à leurs yeux. »

Quel ciel ? Quel genre de nuées ? Le ciel réel, à prendre les textes au pied de la lettre, le ciel qui s'étend au-dessus de la terre, l'espace sidéral ; et une nuée toute semblable à celles que le vent d'automne lance de l'Ouest à l'assaut des Monts de Juda. Mais on peut penser aussi que cette nuée était la même que, par deux fois, des privilégiés avaient vue, lors du baptême du Maître et de sa Transfiguration, la même encore d'où était sortie la voix qu'entendit Moïse sur le Sinaï retentissant. Et que le ciel où disparut la forme humaine était aussi celui dont saint Paul dit que « la lumière incréée y réside » (7 Tim. VI. 16), le ciel de l'intimité sacrée de Dieu.

Quoi qu'il en fût, les témoins de l'événement en furent comme frappés de stupeur. Ils restèrent là, immobiles, les yeux levés vers le mystérieux abîme au-dessus de leurs têtes, où s'était dissoute la Pré­sence. Il fallut une manifestation surnaturelle, l'intervention de deux anges, pour les ramener à la réalité, et à leurs devoirs.

Ainsi se terminait pour eux tous l'extraordinaire aventure dans laquelle, depuis environ trente mois, ils avaient été engagés. Appelés par lui, désignés par lui, chacun par un mot particulier et que seul le fond de son cœur connaissait, tous l'avaient suivi, Celui qui venait devant eux de disparaître. Ils l'avaient suivi sur les chemins de la Terre Sainte où il avait marché pour aller porter son message à tous ceux qui voudraient l'écouter. Ils l'avaient entendu, ce message, si sublime et si persuasif qu'ils en avaient été, sur le moment, transformés. Ils 

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