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L'Amour de Dieu
M. l'abbé Francis Paul Cappiello

Les merveilles de son amour miséricordieux

« Le premier et le plus important précepte de l'Évangile, celui qui résume, pour le Christ, avec le pré­cepte de l'amour du prochain, toute la Loi et les Pro­phètes, est l'amour de Dieu en quatre expressions superlatives : Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit et de toute ta force» (Paul VI . Me 12.2930). A l'amour de Dieu pour nous, il faut répondre par l'amour.

Aimons Dieu d'un amour d'adoration. L'adoration nous fait reconnaître le mystère de la transcendance de Dieu, le mystère de sa majesté souveraine et notre absolue dépendance à son égard. Elle nous fait procla­mer que Dieu est le Premier, la valeur suprême, le Créa­teur et le Souverain Maître de toutes choses. « Adorons le Seigneur qui nous a faits ». dit le psalmiste (Ps 94.6). Prononçons toujours le Saint Nom de Dieu avec res­pect et vénération, et soumettons-nous totalement et amoureusement à Dieu.

Aimons Dieu d'un amour souverain. Dieu doit occu­per la première place dans notre cœur et être le Premier servi. « Je suis le Seigneur ton Dieu, dit Yahvé... Tu n'auras pas d'autres dieux que Moi » (Ex. 20.2 3). Dieu veut être aimé par-dessus tout (cf. Mt. 10,37-39). Pour posséder Dieu et être possédé par Lui, il faut se déta­cher de soi-même et de tout ce qui est moindre que Dieu (cf. Me. 8,34). Dieu contient tous ceux que nous aimons et tous les biens aimables, c'est en le possédant que nous les aimons tous.

Aimons Dieu d'un amour de bienveillance, c'est-à-dire pour Lui-même, pour sa valeur absolue, ses perfec­tions infinies, son amabilité suprême, son Amour Misé­ricordieux.

Aimons Dieu d'un amour de reconnaissance, pour tous les bienfaits reçus (cf. Le. 17.12 19), d'un amour de réparation aussi, pour tous les péchés commis (cf. Le. 13.5).

Aimons Dieu d'un amour de confiance et de saint abandon. La confiance et l'abandon sont une preuve de notre amour. Celui qui met toute sa confiance, toute son espérance dans le Seigneur, celui-là est l'enfant béni du Cœur de Jésus (cf. PS. 61).

Aimons Dieu d'un amour filial. « Vraiment, Je vous le dis, déclare Jésus : si vous ne changez pas pour deve­nir comme les enfants, vous n'entrerez pas dans le Royaume des cieux » (Mt. 18.3). «Laissez venir les enfants, ne les empêchez pas de venir à Moi. car le Royaume des cieux est à ceux qui leur ressemblent » (Mt. 19.14). « Le plus petit d'entre vous tous, c'est lui qui est grand » (Le. 9.48). Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus a mis en lumière la voie évangélique de l'enfance spirituel­le, qui est une voie toute d'amour basée sur l'humilité, avec un caractère spécial de confiance en Dieu, d'aban­don, de simplicité et de joie, rappelant ce que l'on voit chez les tout petits enfants, qui sont dépendants, pau­vres, sans méfiance et simples en tout. L'enfance spiri­tuelle n'est pas la puérilité (cf. I Cor. 13,11). Sainte

Thérèse s'est rendue enfant selon la grâce, mais d'une enfance qui était inséparable d'une réelle force d'âme.

Exprimons notre amour à Dieu par la présence et le don, par l'union intime et permanente avec Lui.

L'amour tend à l'union parfaite. « Si quelqu'un m'aime, dit Jésus, il gardera ma parole, et mon Père l'aimera et nous viendrons à lui, et nous ferons chez lui notre demeure » (Jn 14.23). « Demeurez en Moi, comme Moi en vous... Demeurez en mon amour » (Jn. 15.4 9). Pour atteindre un haut degré d'amour, il faut la pureté d'in­tention dans l'action petite ou grande, et l'union intime avec le Cœur de Jésus. La perfection consiste à faire ses actions communes et ordinaires en intime union avec le Seigneur.

Aimons le Seigneur, non pas uniquement d'un amour sensible, mais aussi et surtout d'un amour de volonté, et d'un amour de sacrifice. En Dieu, l'Amour est au-dessus de tout le créé. Sa façon de s'exprimer s'adapte à la condition de chacun. Dieu se rend accessible aux tout petits de toute condition aussi bien qu'aux esprits supérieurs. La ferveur, la sensibilité, les sentiments de tendresse peuvent alimenter l'amour, rendre l'âme plus réceptive aux exigences de l'amour. Mais, les senti­ments n'ont-de valeur que s'ils proviennent d'un amour vrai. Nous aimons bien si nous aimons « en esprit et en vérité ». si nous savons nous oublier nous-mêmes et cherchons le Bon Plaisir divin, si nous sommes fidèles à la Sainte Volonté de Dieu et à tous ses commande­ments.

L'amour sensible est utile, mais il n'est cependant pas indispensable au développement de la vie intérieure. Dans la vie spirituelle, le véritable amour de Dieu ne rejaillit pas toujours sur la sensibilité. Il se concentre alors dans la volonté. Si notre volonté donne son plein consentement aux commandements de Dieu et les met en pratique, indépendamment de toute sensibilité, nous aimons vraiment Dieu, et cet amour de volonté est bon, désintéressé et gratuit. Souvenons-nous qu'être privé de consolation n'est pas être privé de grâce. La présence du Seigneur, qu'elle soit sensible ou non, est réelle. Lorsque le Seigneur semble loin, II est en réalité près de nous et nous enseigne. Lorsque nous ne pouvons aimer sensiblement, aimons volontairement. Aimons le Sei­gneur lorsqu'il semble éloigné, tout autant que dans sa possession sensible.

L'amour de Dieu n'est pas uniquement un amour de jouissance, mais aussi et surtout un amour de sacrifice librement consenti et d'oubli de soi. Celui qui s'engage sur le chemin de l'amour sans faire le sacrifice de lui-même, n'ira pas loin. Aimer, c'est donner non seule­ment ce qui est facile, mais ce qui coûte. Si notre amour est fait de renoncement et de sacrifice, il est vrai. Il faut à l'amour « ses preuves », et celles-ci sont dans « les épreuves » supportées avec la tendresse d'un cœur aimant et fidèle. L'épreuve mûrit les cœurs et prouve au Seigneur le degré de notre amour. L'amour quand il est vrai, profond et total, est toujours héroïque. Les saints sont profondément heureux, parce que leur amour s'est dépassé et a donné toute sa mesure.

Aimons Dieu en cherchant son Bon Plaisir, en accomplissant sa Sainte Volonté, en étant fidèles à tous ses commandements. Quand on aime, on cherche avant tout la satisfaction de l'être aimé. On désire ne plus faire qu'un même esprit, un même cœur, une même volonté avec celui qu'on aime. Notre rencontre d'amour avec Dieu ne peut se faire qu'en la Volonté de Dieu. Unir notre volonté à la très Sainte Volonté de Dieu, voilà toute la perfection de l'amour divin (cf. I Sam. 15.22 23 ; Héb. 10.5-7 : Jn. 4.34). « Vous êtes mes amis, dit Jésus, si vous faites ce que Je vous commande » (Jn.15.14). La Volonté de Dieu, c'est notre devoir de tout instant. A chaque instant, faisons non ce qui plaît à la nature, mais ce que nous devons faire, quoi qu'il en coûte, et faisons-le de notre mieux avec une intention d'amour, en cherchant le Bon Plaisir divin.

Aimons Dieu d'un amour d'imitation. L'amour doit nous porter à ressembler à Jésus, à reproduire en nous ses sentiments et ses vertus. « Ayez entre vous, dit saint Paul, les mêmes sentiments qui furent dans le Christ Jésus » (Phil. 2.5). Il n'y a pas de plus sûr moyen de trouver le Seigneur que d'être charité comme Dieu est charité.

Aimons Dieu en travaillant à la venue de son Règne.

« Le précepte de la charité, qui est le plus grand com­mandement du Seigneur, presse tous les chrétiens de travailler à la gloire de Dieu par la venue de son Régne, et à la communication de la vie éternelle à tous les hommes, pour 'qu'ils connaissent le seul vrai Dieu et Celui qu'il a envoyé, Jésus-Christ » (Vat. Il : cf. Jn. 17.3).

La charité, répandue dans nos cœurs par l'Esprit Saint, nous fait aimer Dieu et tout ce que Dieu aime. La charité est un don de Dieu, une participation à la Vie d'Amour de la Trinité Sainte. Elle ne signifie pas seule­ment amour « envers Dieu », mais amour « avec Dieu ». La charité nous fait aimer Dieu et tout ce que Dieu aime. Elle est donc le plus vaste de tous les amours puisqu'elle n'oublie rien de ce qui mérite d'être aimé, rien de ce qui peut l'être. La chanté embrasse tout, le ciel et la terre. Elle nous fait vivre en communion avec notre Dieu, avec notre Mère du ciel, avec les anges et les saints, avec les âmes du Purgatoire, avec nos frères de la terre, avec l'Oeuvre entière de Dieu.

Dans la charité, il y a donc l'amour qui monte vers Dieu et l'amour qui descend vers les frères, c'est le double battement du cœur, la condition de la vie, son va et vient nécessaire.

Pour vivre dans la charité, nous avons besoin d'un cœur autre que le nôtre. Nous avons besoin du Cœur du Christ. Avec le Cœur de Jésus, nous aimerons Dieu avec l'amour dont II s'aime Lui-même, et nous aime­rons tous nos frères avec l'amour dont II les aime.