christicity.com Bibliothèque Le monde actuel L'antichristianisme La révocation de l'Edit de Nantes
La situation avant l'Edit de Nantes
René Pillorget

Source : La Nef n°82 - avril 1998

Depuis le XIVème siècle, il existe dans la Chrétienté occidentale un fort courant d’opinion en faveur d’une réforme générale de l’Eglise. Tous les synodes s’en préoccupent, à partir du 15e Concile général tenu à Vienne (1311-1312). Un peu avant que se réunisse celui de Bâle, en 1436, le cardinal Cesarini signale au pape la nécessité absolue de « réformer l’Eglise dans le chef et dans les membres ». De nombreuses voix s’élèvent contre la fiscalité pontificale : annates ou droit équivalent à une année de revenu que payait le nouveau titulaire d’un bénéfice (abbaye, évêché ou cure); réserves ou droit réservé au pape de nommer à de nombreux bénéfices; expectatives ou désignations des titulaires futurs avant toute vacance, ces deux sortes de nominations étant faites par les papes contre argent. Il est certain que de nombreux fidèles sont outrés du comportement de nombreux ecclésiastiques : clercs simoniaques achetant de la curie pontificale des nominations ou des démissions de titulaires; haut-clergé cumulant les bénéfices, évêchés et abbayes; évêques de mœurs fastueuses ou dépravées, jouissant de leurs revenus en princes et négligeant leurs devoirs; bas-clergé ignorant et grossier; dans certains pays, bénéfices accaparés par des étrangers; papes scandaleux, enfin, comme Alexandre VI Borgia (1492-1503).Cependant, il ne faudrait pas pousser le tableau trop au noir, et s’imaginer que les institutions ecclésiastiques de ce temps sont complètement corrompues et mûres pour la dissolution. Il est parmi les prélats des hommes de grande foi et de devoir. D’autre part, si justifiées sont-elles, les doléances formulées par les synodes n’analysent que rarement les causes profondes du mal. Or, c’est là un fait majeur, les élites laïques portent une part de responsabilité dans les faiblesses du clergé. A partir du XIVème siècle, et surtout au cours du XVème, de nombreux souverains laïques ont réussi à substituer leur pouvoir à celui des autorités ecclésiastiques, en particulier en ce qui concerne les nominations aux sièges épiscopaux et aux abbayes. 

De là, celles de personnages indignes, choisis en fonction de critères complètement étrangers à la religion. Le même fait se retrouve à un niveau inférieur : la nomination du curé est souvent le fait du seigneur de la paroisse. Comme il n’existe pas encore de séminaires pour former les prêtres, les connaissances théologiques de ceux-ci laissent, en général, à désirer. Seuls quelques-uns peuvent étudier dans les Universités. La majorité d’entre eux doit se contenter de rudiments transmis par des clercs plus anciens. Il existe un prolétariat ecclésiastique qui scandalise souvent les fidèles par des occupations accessoires inconvenantes, quand ce n’est pas par la recherche de l’argent, l’ivrognerie ou le concubinage. Enfin, les monastères ne sont que trop souvent des institutions d’accueil pour des cadets ou des cadettes de la noblesse, le plus souvent dépourvus de toute vocation véritable.

Décadence morale ?
En ce qui concerne la masse des laïcs, il apparaît bien difficile de dire s’il existe vraiment une décadence morale généralisée aux XIVème et XVème siècles. En effet, les prédicateurs, comme les auteurs satiriques, tracent toujours des tableaux très noirs de leur époque. Ceci dit, il apparaît certain que la piété de certains chrétiens semble superficielle, routinière, puis, de temps à autre, brusquement portée à une exaltation démesurée. Insuffisamment contrôlée par la doctrine, certaine pratique tend à rechercher les sensations faciles et prête le flanc à l’exploitation commerciale. En particulier, par les accumulations de reliques étranges ou absurdes, par les abus de la prédication des indulgences et des pèlerinages. Toutefois, il convient, là aussi, de se garder des généralisations abusives. Si la doctrine chrétienne est souvent mal connue et mal comprise, si le clergé ne lutte pas suffisamment contre la superstition, les hommes de la fin du Moyen Age 
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