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L'église de Saint Sulpice
Amy Welborn

Journaliste, historienne.


09/05/2006
Et qu'en est-il de l'église Saint-Sulpice ? Existe-t-elle ?
Oui, l'église Saint-Sulpice existe vraiment, à Paris, et on y trouve bien la  Ligne Rose dont il est question dans le Da Vinci Code. Le problème, et ce n'est pas surprenant, c'est qu'il fait une description erronée de l'origine et de la fonction de la Ligne Rose. Le roman et le film déclarent que cette fine bande de laiton incrustée dans le sol a des origines païennes et qu'elle pointe vers les secrets du Graal cachés dans l'église.
Bien sûr, c'est faux. Il n'y a pas de secret du Graal caché dans l'église, et les lettres “P” et “S” sur l'un des vitraux ne se rapportent pas au Prieuré de Sion mais à Pierre et Sulpice, les deux saints patrons de l'église.
Le roman affirme que la ligne a une sorte de fonction païenne. La sœur qui garde l'église la décrit comme un “gnomon … instrument astronomique païen”.
C'est comme si on disait que le théorème de Pythagore est une idée païenne. Un nombre considérable de notions, concepts et outils sont issus de cultures païennes, mais ce n'est pas pour cela que leur usage dénote une dévotion à des religions païennes. C'est pourtant ce que prétend le roman.
Non, la réalité est, en fait, bien plus intéressante : la Ligne Rose ou gnomon, ou, comme on l'appelait plus couramment, le méridien, se trouvait dans beaucoup des grandes églises catholiques des septième et huitième siècles. Pourquoi ? Parce qu'en ces jours-là se manifestait un intérêt croissant pour les sciences, et c'était avant que l'invention des grands télescopes ne permette des mesures exactes et cohérentes. Mais on avait découvert que les églises pouvaient être très utiles à cet égard.
Comment ? Grâce à une ligne placée à un certain endroit sur le sol, et à un orifice dans le toit, on pouvait suivre les mouvements de la terre autour du soleil, tout au long de l'année, au fur et à mesure qu'un mince filet de lumière, perçant à travers cet orifice, se déplaçait le long d'une trajectoire sur le sol. 
Le rayon de soleil touchant certains points aux solstices et aux équinoxes, permettait aux observateurs, non seulement de mieux comprendre les relations entre la terre et le soleil, mais aussi de déterminer avec précision la date de Pâques.
Ces églises se trouvaient, de fait, être les premiers observatoires solaires, et parmi celles-ci on compte, non seulement Saint-Sulpice, mais aussi Sainte-Marie-des-Anges à Rome, où le méridien fut construit sur ordre du Pape en personne. Pas mal pour une Église soi-disant vouée à décourager toute recherche de la connaissance et de la vérité.
Peut-être que le mot de la fin sur ce thème devrait être ce que les vrais responsables de Saint-Sulpice ont écrit en réponse aux foules de visiteurs du Da Vinci Code :
“Contrairement aux allégations fantaisistes contenues dans un récent roman à succès, la ligne méridienne de Saint-Sulpice n'est pas un vestige d'un temple païen qui aurait existé à cet endroit. On ne l'a jamais appelée Ligne Rose. Elle ne coïncide pas avec le méridien de l'Observatoire qui sert de référence aux cartes où les longitudes sont données en degrés ou grades  à l'est ou à l'ouest de Paris. La seule manière de conférer un sens religieux à cet instrument d'astronomie est de reconnaître en Dieu le Créateur et le Maître du Temps.”