Journaliste, historienne.
Finalement, il semble que tout dépende de la manière dont on regarde l'Histoire, n'est-ce pas ?
C'est certain. Dès le début, dans le film, on voit le personnage de Robert Langdon psalmodier toute l'Histoire n'est que fiction. Ce thème est récurrent dans le roman et le film, et avec plusieurs sens :
• D'une part, on n'est jamais sûr de ce qui s'est réellement passé jadis parce que tout est perçu à travers le prisme de l'interprétation personnelle.
• D'autre part, les événements d'autrefois sont rapportés par les vainqueurs qui présentent leur version en fonction de leurs enjeux politiques.
Par conséquent, la version des vaincus, qui est tout aussi valide, se perd. Sur la publicité pour son roman, Dan Brown dit expressément : "Depuis que l'on a commencé à écrire l'Histoire, elle a été rapportée par les "vainqueurs" (c'est-à-dire les sociétés et systèmes de croyances des conquérants, qui ont survécu). Malgré le parti pris évident de cette méthode, nous continuons à mesurer la "vérité historique" d'un concept donné en le confrontant aux sources historiques existantes. De nombreux historiens maintenant pensent, tout comme moi, que, lorsqu'on évalue la vérité historique d'un concept, on devrait d'abord se poser la vraie question de fond : jusqu'à quel point l'Histoire elle-même est-elle historiquement fiable?"
(Extrait de www.danbrown.com/novels/davinci_code/faqs.html)
N'est-ce pas vrai ?
Comme souvent avec le Da Vinci Code, la réponse est oui et non. Pour reconstituer les événements du passé, les historiens doivent, évidemment, prendre en compte des sources de toutes sortes et de tous bords. L'approfondissement des connaissances peut amener à modifier l'interprétation de historique, disons, par exemple, des causes précises de la chute de l'Empire Romain ou des origines de la guerre de Sécession. Mais dans ce que dit Dan Brown, il ne s'agit pas de ce genre de discussions et de débats, sur les raisons d'être des événements.
Mais ce que Dan Brown insinue, c'est que le récit primitif des origines du christianisme est contestable parce que l'histoire aurait été écrite par les "vainqueurs", sans doute ce "parti de Pierre", dont il parle si souvent, le camp qui serait déterminé à abattre Marie-Madeleine. Toute son histoire est fondée sur cette hypothèse que l'Église aurait dissimulé la vérité sur les débuts du Christianisme. En fait, la conclusion du roman et du film renvoie à la première série des interrogations que nous avons soulevées. C'est comme si la réponse à tout était un haussement d'épaules, assorti d'un "mais, qu'est-ce que ça peut faire?". Hé, peut-être bien que Marie-Madeleine était une épouse et une déesse... ou peut-être pas.
Mais ce genre d'interrogation surgit souvent dans les discussions sur le Da Vinci Code c'est pourquoi il est important de les susciter. Des gens disent "On ne peut pas savoir ce qui s'est réellement passé. Cela fait trop longtemps. Les sources sont insuffisantes. Différentes personnes interprètent les faits de différentes manières. L'Histoire est écrite par les vainqueurs. Alors, qui peut savoir ?" Maintenant si c'était le cas, voilà la conclusion qu'il faudrait en tirer, au bout du compte : comme on ne peut absolument pas connaître le passé, tout peut être vrai. Ou rien n'est vrai. N'importe quelle version est la bonne. Et c'est tout simplement absurde.
Mais il y a bien une part d'interprétation dans l'Histoire, n'est-ce pas ?
Bien sûr. Et il est parfois difficile, c'est certain, de discerner ce qui s'est réellement passé. Mais cela ne veut pas dire que n'importe quoi puisse être vrai. Or, telle