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Que penser du phénomène Da Vinci Code
Amy Welborn

Journaliste, historienne.


09/05/2006
Quand je parcours le pays pour parler du Da Vinci Code, les mêmes questions semblent revenir sans cesse. J'ai abordé une bonne partie d'entre elles dans ce livre. Mais il y en encore trois qui méritent, pour finir, un bref chapitre à part.

Est-ce que je dois lire ce livre ou aller voir le film ? Tout le monde en parle, alors il faut bien que je puisse en discuter.
C'est à vous de décider. Mais, moi je m'inquièterais de deux choses :

• D'abord c'est gaspiller pour une ineptie, une partie du temps déjà trop court que j'ai à passer sur terre.

• Ensuite c'est remplir les poches de ceux qui ont produit une pareille mascarade

Et franchement, contrairement à ce que d'aucuns essayeront de vous faire croire, il n'y a pas besoin de lire le livre ni de voir le film pour en discuter les thèmes.

Ceux-ci sont très clairs et facilement identifiables, il suffit de regarder la table des matières de ce livre. Il n'y a rien dans l'action, l'écriture, le jeu des acteurs ou la mise en scène qui puisse éclairer les points en question. Ce n'est pas une écriture ou une mise en scène particulièrement subtile qui les fait apparaître. Ils sont exposés par les personnages dans les tirades qu'ils échangent, avant de passer d'une scène à l'autre.

Des ouvrages comme Da Vinci, la grande mystification proposent un résumé de l'action et avec le présent petit livret, ils suffisent à dégonfler la baudruche. En tout cas, n'hésitez pas à engager des discussions sur ce film. C'est une excellente occasion d'explorer la vérité sur l'Histoire des débuts du christianisme. N'ayez surtout pas peur de ces discussions. Mais en ce qui concerne le livre et le film, eux-mêmes ? Comme je l'ai déjà dit : la vie est courte.

J'aime la fiction. Je suis curieux de fictions traitant de thèmes spirituels ou religieux. Y a-t-il autre chose que le Da Vinci Code que je puisse lire ?
Il y en a, c'est certain. Et honnêtement, nous serions dans une meilleure situation si nous prenions, ne serait-ce que la moitié du temps passé sur le Da Vinci Code, pour lire certaines de ces autres œuvres et en discuter. Ce sont des écrivains qui se saisissent de vrais problèmes de foi, et ne font pas de la pseudo histoire, creuse et provocante. Les questions de foi sont si fondamentales pour la vie de l'homme qu'elles fournissent des thèmes percutants à un nombre incalculable d'écrivains et cinéastes sérieux.

Quelle est la plus grande erreur du Da Vinci Code ?
Il y en a tellement qu'il est difficile d'en choisir une en particulier. La liste des points sur lesquels ce roman dit vrai est beaucoup plus courte que celle de ses erreurs.

Cependant, il y en a une qui est probablement la "pire", une assertion qui sous-tend toute l'œuvre, et qui peut effectivement provoquer des dégâts : tout au long du roman et du film, on affirme que les écrits gnostiques présentaient un Jésus plus humain mais que l'Église était résolue à le faire disparaître au profit de son modèle divin-et-éternel, et ceci, soi-disant, pour consolider le pouvoir de cette institution.

Alors, comme ça, le Jésus des gnostiques serait plus humain que celui des Évangiles et de l'Église ? Vraiment ? Si vous y croyez, alors c'est que vous n'avez jamais lu les Évangiles. Si vous y croyez, alors c'est que vous n'avez jamais mis les pieds dans une église catholique. Pourquoi ? Parce que, comme on l'a vu plus haut, le personnage qu'on trouve dans les écrits gnostiques est à peine humain, c'est l'être le plus éthéré, abstrait, et franchement ennuyeux, qui se puisse imaginer. Il se promène et il parle et il parle et il parle. Il ne souffre pas et il ne meurt certainement pas non plus. Mais si vous prenez effectivement le temps de lire l'Évangile, que voyez-vous ? Ou plutôt, qui voyez-vous ?

Vous rencontrez un homme qui est né d'une femme, et qui, d'après l'Évangile de Luc (2, 52) "croissait en sagesse". Il mange avec ses amis, il rend visite à des personnes, il discute, il doit parfois s'éloigner de la foule, il pleure et il a même peur. Et il meurt. Sur une croix, après avoir agonisé, il meurt. Et vous allez me dire que tout cela n'est pas humain ? Pensez aussi à l'iconographie chrétienne. Quelles sont les deux représentations de Jésus les plus courantes, depuis deux mille ans d'art religieux, de la part d'une Église qui s'efforce, soi-disant, de dissimuler l'humanité de Jésus ? Un enfant sur les genoux de sa mère et un homme dans les affres de la mort. Et vous allez me dire que ce n'est pas humain ? Alors oui, ceux qui sont captivés et fascinés par le Da Vinci Code et qui croient ses mensonges, se laissent abuser. Car la vérité est exactement l'inverse de que cet ouvrage veut faire croire : c'est bien l'Église chrétienne qui, dans un mystérieux mais nécessaire équilibre, a préservé l'humanité pleine et entière de Celui dont elle proclame également qu'il est Seigneur.

Je me demande parfois pourquoi les gens sont aussi passionnés par le Jésus du Da Vinci Code. Pourquoi ignorent-ils résolument le Jésus qu'on rencontre dans les Évangiles et dans l'Église ? Pourquoi ne veulent-ils pas le prendre au sérieux ? Pourquoi le dédaignent-ils pour se focaliser sur des discours ésotériques, abstraits et verbeux sur la lumière intérieure, prononcés par un pantin sans substance.

Et puis je reviens aux Évangiles et je lis : "Vends tout ce que tu as et donne-le aux pauvres... Aimez vos ennemis... Donnez à manger à ceux qui ont faim... Habillez ceux qui sont nus...Visitez les prisonniers... Bienheureux les pauvres... Bienheureux les artisans de paix... Ce que vous faites au plus petit d'entre les miens, c'est à moi que vous le faites... Les premiers seront les derniers..." Évidemment. Ce n'est pas étonnant. Il ne faut pas se demander pourquoi on ne veut pas qu'il soit le vrai Jésus. Ce n'est pas étonnant du tout.